Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, un immeuble de la rue du Pont-Neuf à Alençon, dans l’Orne, a été réduit en cendres. L’incendie s’est déclaré peu après que des débordements ont suivi la victoire du Paris Saint-Germain, dans un climat de soulèvement incontrôlée qui a rapidement tourné au chaos. Le bâtiment, situé au numéro 17, n’est pas un lieu anodin pour les catholiques attachés à l’histoire spirituelle de la France. Il s’agit de l’ancienne demeure familiale de Louis Martin, père de la grande sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face.
Ce lieu, chargé de mémoire, abritait autrefois la bijouterie et horlogerie tenue par Louis Martin lui-même. C’est là que la famille Martin a vécu, que ses enfants ont vu le jour – tous, à l’exception de Thérèse qui naîtra plus tard, à Alençon également, mais dans une autre maison. Cet immeuble représentait bien plus qu’un simple bâtiment ancien : il était une trace vivante de la présence terrestre de ceux qui ont donné à l’Église l’une de ses saintes les plus rayonnantes.
Le feu a tout ravagé après qu’une voiture a percuté la façade, provoquant un sinistre impressionnant. Les flammes ont tout emporté, du rez-de-chaussée, aujourd’hui transformé en cabinet d’assurance, jusqu’aux logements situés à l’étage. Ce drame n’est pas seulement un fait divers : c’est une blessure infligée au patrimoine chrétien, et en particulier au patrimoine thérésien, profondément enraciné à Alençon.
L’historien Jean-David Desforges, spécialiste reconnu du patrimoine local, a rappelé avec justesse combien ce site était précieux :
« Le patrimoine thérésien, qui est un vecteur économique d’Alençon, perd un site. »
Car au-delà de la dévotion, ce sont aussi les pèlerinages, la mémoire vivante des saints, et l’attachement populaire à Sainte Thérèse qui font vivre cette ville normande, humble mais fière de ses racines chrétiennes.
La maison avait été acquise par Louis Martin le 9 novembre 1850. Elle appartenait alors à un ensemble de bâtisses édifiées au XVIIIe siècle dans le prolongement du Pont-Neuf. Ce quartier, jadis animé par les artisans et les commerçants, avait vu s’installer la famille Martin en toute simplicité, dans une vie de prière, de travail et d’humilité.
Aujourd’hui, ce pan de mémoire est parti en fumée, dans une époque qui semble décidément de plus en plus étrangère au respect des choses saintes. Que les autorités civiles aient laissé dégénérer une soirée de fête en déchaînement de violence interroge. Il ne s’agit pas ici d’un simple accident matériel : il s’agit d’un symbole de plus de l’effacement progressif de ce qui nous rattache à nos racines chrétiennes, à notre histoire, à nos saints.
À l’heure où l’on piétine volontiers les églises, les croix, les traditions catholiques au nom d’une société de consommation débridée et d’un divertissement sans frein, cet incendie résonne douloureusement. La maison de Louis Martin, désormais réduite à un tas de décombres, rappelle que nous avons un devoir de mémoire, mais surtout un devoir de vigilance.
Que Sainte Thérèse, du haut du Ciel, veille sur Alençon et sur la France, et qu’elle nous aide à protéger ce qui reste encore de sacré dans nos villes.





