C’est dans un climat de guerre civile étouffant que le père Luke Jumu, humble curé de la paroisse d’El-Fasher au Soudan, a remis son âme à Dieu. Le 12 juin, un obus est venu frapper le presbytère où il résidait. Deux personnes sont mortes sur le coup. Le prêtre, grièvement blessé aux jambes, n’a pas survécu à ses blessures et s’est éteint le lendemain, à 55 ans. Un témoignage douloureux de plus dans ce pays ensanglanté, où l’Église du Christ continue pourtant de se tenir debout.
Dans un hommage bouleversant, Mgr Edward Hiiboro, évêque du diocèse de Tombura-Yambio, a salué son frère dans le sacerdoce en ces termes :
« Son sacrifice, enduré par amour du Christ et de son peuple, est un témoignage sacré de la dévotion sacerdotale au cœur du conflit. »
Ces mots traduisent l’héroïsme discret mais puissant de ce prêtre, pasteur resté fidèle à son troupeau jusqu’au bout, dans une zone meurtrie du Darfour du Nord.
L’Église catholique au Soudan, bien qu’assaillie de toutes parts, refuse de céder à la peur. Pourtant, les attaques sont nombreuses et ciblées. En décembre dernier déjà, l’évêque Yunan Tome et un diacre qui l’accompagnait ont été tués dans une embuscade tendue par les miliciens des Forces de Soutien Rapide (FSR), toujours plus violentes à l’égard des civils comme des hommes de Dieu.
Depuis le 15 avril 2023, la République du Soudan s’est enfoncée dans une guerre civile sanglante opposant les Forces Armées Soudanaises aux FSR. Ce conflit, aux relents de haine fratricide, a déjà causé la mort de 150.000 innocents et poussé près de 14 millions de personnes à l’exil. Ce désastre humanitaire se double d’un refus obstiné des FSR d’ouvrir l’accès aux aides humanitaires, aggravant encore la souffrance des populations abandonnées.
Devant tant de douleur, le pape Léon XIV n’a pas gardé le silence. Ce 15 juin, lors de l’Angélus, il a tenu à manifester sa proximité spirituelle :
« Je pense également à la République du Soudan, dévastée par la violence depuis plus de deux ans. J’ai appris la triste nouvelle du décès du Père Luke Jumu, curé d’El Fasher, victime d’un bombardement. Alors que je prie pour lui et pour toutes les victimes, je renouvelle mon appel aux combattants pour qu’ils cessent les hostilités, protègent les civils et engagent un dialogue pour la paix. J’exhorte la communauté internationale à intensifier ses efforts pour fournir au moins l’aide essentielle à la population durement touchée par la grave crise humanitaire.»
Le successeur de saint Pierre appelle à la conversion des cœurs. Son cri, lancé depuis la loggia du Vatican, s’élève comme un écho aux larmes des veuves, des orphelins, des blessés oubliés. Il ne s’agit pas d’un discours politique ou diplomatique, mais d’un appel paternel, enraciné dans la charité du Christ.
Le martyr du père Luke Jumu n’est pas un fait divers. C’est une semence de foi, plantée dans une terre de sang. Que son offrande ne soit pas vaine. Que les puissants de ce monde écoutent enfin le cri du peuple soudanais. Et que le nom de ce prêtre courageux reste gravé dans notre mémoire, comme un modèle de fidélité, de courage et d’abandon à la volonté de Dieu.





