En la solennité de saint Jean-Baptiste, patron du Souverain Ordre de Malte, le Saint-Père Léon XIV s’est adressé aux membres de l’Ordre dans un message empreint de foi, de clarté et de profondeur spirituelle. Loin des discours mondains ou des flatteries creuses, il a rappelé le cœur de la mission maltaise : servir les pauvres tout en défendant la foi catholique, dans un esprit de prière, de discernement et de fidélité à l’Évangile.
Le pape a d’abord remis les choses à leur juste place : l’Ordre de Malte n’est pas une simple ONG, ni une entreprise philanthropique, mais un ordre religieux à vocation spirituelle, enraciné dans la devise historique « Tuitio fidei et obsequium pauperum » – défendre la foi et secourir les pauvres. Une charité déconnectée de la foi devient stérile, une foi sans la charité s’éteint. L’une nourrit l’autre.
Dans une parole forte, Léon XIV affirme que l’amour du pauvre est un chemin d’union à Dieu :
« Si tu te penches avec amour sur celui qui est rejeté, ce n’est pas un abaissement humiliant, c’est une joie. Car cet amour, que tu donnes, il te revient dans sa gratitude. Et cette gratitude, loin d’être une fierté humaine, est un reflet de l’amour même de Dieu. »
Dans son message, le Saint-Père est revenu sur les réformes en cours au sein de l’Ordre, avec l’adoption d’une nouvelle Charte constitutionnelle. Il a salué ce travail de restructuration, mais en a rappelé la condition essentielle : une réforme sans conversion intérieure n’est qu’un changement administratif. Toute transformation véritable, surtout dans un ordre religieux, doit commencer par la prière, le silence, la vie intérieure. Autrement dit : c’est le cœur qu’il faut réformer, avant les statuts.
C’est dans cette perspective que Léon XIV a mis en lumière le rôle crucial des profès – les membres de Première Classe – appelés à vivre radicalement les conseils évangéliques. Il les exhorte à refuser la tiédeur, à fuir les illusions du monde et à demeurer fidèles à leur vocation religieuse :
« Le risque de la sécularisation est réel. Ce n’est pas un mot vide. C’est une manière de vivre sans le Christ, même dans les structures qui Lui sont pourtant consacrées. »
Le pape a aussi mis en garde contre un danger plus subtil : celui de faire le bien, mais sans Dieu. Une sorte d’efficacité mondaine, une charité laïque, qui oublie le véritable moteur de l’action catholique : le Saint-Esprit. Il a mis en garde contre les « apparences du bien » qui peuvent cacher l’orgueil, la recherche de soi ou la compromission avec le monde. Pour éclairer cela, il a rappelé la tentation du Christ au désert, quand Satan Lui promet les royaumes du monde en échange d’un seul geste d’adoration. « Jésus ne transige pas. Il ne pactise pas avec le monde. Il reste fidèle au Père, au prix de tout. »
Ce discernement – savoir si l’on agit sous l’inspiration de Dieu ou sous l’influence d’un autre esprit – est, selon Léon XIV, une priorité. Il invite les membres de l’Ordre à prier l’Esprit Saint, à rester vigilants, et à se demander à chaque étape :
« Est-ce que je sers Dieu, ou est-ce que je me sers moi-même ? »
Enfin, le Saint-Père a exprimé sa joie en voyant la vitalité renaissante de l’Ordre : la présence de nouveaux novices, le retour à une vie communautaire plus authentique, des frères désireux de vivre la radicalité de leur vocation. Cette jeunesse spirituelle, cette renaissance des vocations religieuses au sein de l’Ordre, est selon lui un signe d’espérance, mais aussi un défi : former les cœurs, non seulement les têtes.
Il encourage donc les formateurs à mettre la prière au centre de tout : une prière personnelle et communautaire, soutenue par le silence, la liturgie, l’adoration, et la vie fraternelle vécue au concret. Car c’est dans ce creuset que se forment les âmes capables de témoigner, avec force et douceur, de la miséricorde divine.





