Dans la pénombre recueillie de la basilique Saint-Pierre, le cardinal Claudio Gugerotti a présidé ce Vendredi Saint la liturgie solennelle de la Passion du Seigneur, en tant que délégué du pape François, toujours en convalescence. Jour unique dans l’année liturgique où n’est célébrée aucune messe, l’Église s’est rassemblée autour des trois piliers de ce rite sacré : la proclamation de la Passion selon saint Jean, l’adoration de la Croix glorieuse et la communion aux espèces consacrées la veille.
Dans son homélie, le père Roberto Pasolini, capucin et prédicateur de la Maison pontificale, a souligné le caractère paradoxal de ce jour :
« Entre la lumière du Jeudi saint et la gloire de Pâques, la Croix se dresse, rouge comme le sang versé. Elle ne raconte pas une défaite, mais révèle la victoire de l’Amour qui se donne. »
Face à une époque fascinée par l’intelligence artificielle et la prédiction des algorithmes, il a opposé la « logique cruciforme » du Christ :
« Ce n’est pas une raison qui calcule, mais un cœur qui aime. Loin des compétitions humaines, elle restaure notre liberté la plus profonde : celle de choisir Dieu, même dans la nuit. »
Trois cris qui transpercent le ciel
Appuyé sur l’Épître aux Hébreux — « Le Christ, par ses larmes, fut exaucé » —, le prédicateur a médité trois instants décisifs de la Passion :
- « Je suis » (Jn 18,5) : Dans l’angoisse de Gethsémani, Jésus ne subit pas. Il avance, affirmant sa divinité. « Personne ne me prend la vie : je la donne librement. »
- « J’ai soif » (Jn 19,28) : Ce cri, nota le capucin, « révèle un Dieu vulnérable, qui mendie notre affection. Le vrai amour n’est pas autosuffisant : il s’abandonne. »
- « Tout est accompli » (Jn 19,30) : Ultime parole non de désespoir, mais de confiance totale. « Jésus ne retient rien. Il remet tout : son corps, son esprit, son histoire. »
Comment croire, interrogea le père Pasolini, que le Père ait « exaucé » son Fils alors qu’Il mourait sur le bois ? « La réponse est dans l’abandon même du Christ : Dieu n’a pas épargné la souffrance à Jésus, mais Lui a donné la force de l’embrasser librement. » Une leçon pour nos vies :
« Dans l’épreuve, nous ne sommes pas appelés à tout comprendre, mais à nous jeter dans les bras du Père, comme des enfants. »
En écho à l’appel du pape François pour le Jubilé 2025, l’homélie a rappelé que « le chrétien ne fuit pas la Croix : il y puise l’espérance. » « Approchons-nous donc, comme nous y invite l’Écriture, avec assurance du trône de la grâce. » La vénération solennelle du Crucifix qui suivit ne fut pas un simple rite, mais un choix radical :
« Celui qui embrasse le bois sacré décide de suivre le chemin de Dieu — non pour supprimer la souffrance, mais pour L’y rencontrer. »
En conclusion, des paroles réconfortantes : « Si nos forces manquent, l’Esprit Saint dépose en nous la douceur de l’Amour divin. Nous pouvons aimer — nos proches, nos ennemis — car Lui nous a aimés le premier. » Alors que les fidèles quittaient la basilique, portant en eux le goût du vin mêlé de myrrhe, offrande ultime du Golgotha, restait cette certitude : sur l’autel du monde, Dieu continue de murmurer que la vraie puissance est dans le don de soi.
Ce Vendredi Saint, l’Église n’a pas adoré un symbole, mais embrassé un Mystère : celui d’un Roi dont le trône est une croix, et le sceptre, un roseau rappelle que l’Amour véritable ne triomphe pas par la force, mais par la douceur blessée qui ressuscite au troisième jour.






