À peine arrivé dans les salles françaises à la fin de septembre 2026, le documentaire Libera nos, diffusé sous le titre Délivre-nous du mal, suscite un désaccord entre des catholiques convaincus de son intérêt et le Bureau national des exorcistes (BNE), qui déconseille de l’utiliser comme support pédagogique. L’affaire mérite mieux qu’une polémique sommaire : elle touche à la réalité du combat spirituel, à l’autorité des évêques et au discernement des situations humaines.
Photographie d’illustration : crucifix. Cette image n’est pas extraite du documentaire.
Ce que reproche le Bureau national des exorcistes au film
Dans un avis signé sous la responsabilité de Mgr Pascal Roland, évêque référent du BNE, le bureau présente plusieurs réserves. Ses membres estiment notamment que le documentaire donne trop de place aux manifestations extraordinaires, qu’il met parfois insuffisamment en évidence les étapes de l’écoute et du discernement et qu’il présente certaines opinions pastorales particulières sans les distinguer assez clairement de l’enseignement de l’Église.
Le BNE critique également une représentation jouée d’exorcisme susceptible, selon lui, de produire une inquiétude excessive chez certains spectateurs. Sa réserve la plus délicate concerne la place accordée à la Vierge Marie dans la fin du film : le bureau craint une formulation susceptible d’obscurcir le fait que le Christ est l’unique Sauveur. Il ne s’ensuit pas que le BNE nierait officiellement l’existence du diable, ni qu’il condamnerait la dévotion mariale authentique. De telles accusations nécessiteraient des preuves qui ne ressortent pas de son communiqué.
Pourquoi des exorcistes et des catholiques soutiennent le documentaire
Les réalisateurs italiens mettent en avant un travail de longue durée et le concours de l’Association internationale des exorcistes (AIE). Le film rassemble des interventions de prêtres, de théologiens et de professionnels de santé. Plusieurs défenseurs y voient un outil pour rappeler une vérité souvent oubliée : la foi catholique affirme l’existence des anges déchus, la réalité du mal spirituel et, surtout, la victoire du Christ.
L’adhésion ou l’accompagnement d’une association spécialisée ne constitue cependant pas à elle seule un acte du Magistère imposant au public de regarder le film. Inversement, les réserves prudencielles d’un bureau national sur la valeur pédagogique d’un documentaire ne signifient pas une remise en cause de tous les témoignages de ses intervenants. La distinction entre appréciation cinématographique, doctrine et jugement pastoral doit rester nette.
La foi catholique refuse la négation du démon comme l’obsession du démon
Le Catéchisme enseigne que Satan et les autres démons sont des anges créés bons par Dieu et devenus mauvais par leur propre choix. Leur pouvoir n’est pas infini : ils demeurent des créatures et ne peuvent empêcher l’accomplissement du dessein de Dieu (voir les numéros 391 à 395). Le christianisme ne propose donc ni un dualisme où Dieu affronterait un rival égal à lui, ni un simple langage symbolique où toute réalité spirituelle serait niée.
Le ministère de l’exorcisme est soumis à la discipline de l’Église. Le canon 1172 du Code de droit canonique interdit de pratiquer légitimement des exorcismes sur les possédés sans une permission spéciale et expresse de l’Ordinaire du lieu, donnée à un prêtre répondant aux conditions requises. Cette prudence protège les fidèles contre l’amateurisme spirituel. Les troubles médicaux et psychiatriques exigent aussi une évaluation compétente : la foi ne dispense jamais d’un discernement sérieux.
Marie conduit au Christ, elle ne prend pas sa place
Le débat sur la place de Marie appelle une précision doctrinale incontournable. L’Église vénère la Mère de Dieu et invoque son intercession, mais l’adoration n’est due qu’à Dieu. Le concile Vatican II, dans Lumen gentium, situe explicitement le rôle maternel de Marie dans l’unique médiation du Christ, dont il dépend entièrement. Toute expression qui laisserait croire le contraire devrait être corrigée ; toute accusation d’idolâtrie devrait, elle aussi, être fondée avec rigueur et non lancée comme une invective.
LeCatho défend à la fois la réalité de l’exorcisme catholique, la dévotion au Rosaire et la nécessité de rester en communion avec les évêques. Le cœur de l’annonce chrétienne ne réside jamais dans les récits spectaculaires, mais dans la Passion et la Résurrection du Sauveur. C’est à cette mesure que les spectateurs pourront juger l’utilité spirituelle du documentaire et la pertinence des critiques qui lui sont adressées.





Conversation des fidèles
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