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Nigeria : un prêtre demande le retour des chrétiens déplacés sur leurs terres ancestrales

Nigeria : un prêtre demande le retour des chrétiens déplacés sur leurs terres ancestrales

Dans l’État de Benue, au centre du Nigeria, l’Église catholique appelle les autorités à ne pas installer durablement les familles chrétiennes déplacées loin de leurs villages, mais à créer les conditions de leur retour sur leurs terres ancestrales. Le père Remigius Ihyula, du diocèse de Makurdi, estime que la sortie de crise passe par la sécurité, la restitution effective des terres et la possibilité pour les familles de reprendre leur activité agricole.

Son appel intervient alors que de nombreuses communautés de la « Middle Belt » nigériane vivent depuis des années sous la menace d’attaques armées, avec des conséquences humaines, économiques et pastorales considérables. Dans le Benue, territoire fortement agricole, les déplacements forcés ont privé de nombreuses familles de leurs maisons, de leurs champs et de leurs moyens de subsistance.

Sortir de la logique des camps

Interrogé par l’Aide à l’Église en détresse et cité le 8 août par le Catholic Herald, le père Remigius Ihyula insiste sur la nécessité de dépasser une situation d’assistance permanente. Pour le prêtre, maintenir indéfiniment les déplacés dans des camps ne peut constituer une solution durable : il faut leur permettre de retrouver une vie autonome, enracinée dans leurs communautés et leur activité agricole.

Le prêtre appelle donc l’État à garantir un retour réellement sécurisé. L’enjeu n’est pas seulement humanitaire. Dans une région où l’agriculture structure une grande partie de la vie familiale et économique, l’impossibilité de cultiver les terres accentue la pauvreté, la dépendance à l’aide et la désorganisation sociale.

Une question de sécurité, mais aussi de justice

L’Église locale s’inquiète des projets de réinstallation qui éloigneraient durablement certaines familles de leurs villages d’origine. Selon le père Ihyula, une telle solution risquerait de figer les conséquences des violences en laissant les terres abandonnées ou occupées, au lieu de rendre possible le retour de ceux qui en ont été chassés.

Le Catholic Herald rapporte que les responsables ecclésiaux du Benue dénoncent depuis longtemps les attaques de groupes armés issus notamment de communautés peules radicalisées. Il convient toutefois de distinguer cette violence des communautés peules dans leur ensemble : les tensions du centre du Nigeria mêlent insécurité, criminalité, conflits fonciers, affrontements entre agriculteurs et éleveurs et, dans de nombreux cas documentés, une dimension religieuse touchant durement des populations chrétiennes.

Le père Ihyula connaît directement la situation des personnes déplacées. Il dirige la Foundation for Justice, Development and Peace du diocèse de Makurdi et travaille depuis plusieurs années avec les camps et communautés d’accueil. Des partenaires catholiques comme l’Aide à l’Église en détresse soutiennent sur place l’aide alimentaire, l’accompagnement pastoral, la scolarisation et le soutien psychosocial.

Des familles exposées à une profonde désagrégation sociale

Le prêtre alerte également sur les conséquences de l’exil prolongé. Il évoque le décrochage scolaire, l’absence de structures de santé suffisantes, les traumatismes non pris en charge et le développement de mécanismes de survie dangereux pour les plus vulnérables.

Les données disponibles sur le nombre exact de déplacés varient fortement selon les sources et les périodes. Le Catholic Herald, s’appuyant sur des éléments de l’Église locale, évoque plus de deux millions de personnes chassées de leurs villages dans le Benue. Un récent travail de Premium Times, citant l’Organisation internationale pour les migrations, avançait de son côté une estimation d’environ 480 000 déplacés internes dans l’État. Cette différence invite à la prudence sur les chiffres, sans remettre en cause l’ampleur de la crise humanitaire.

L’agriculture au cœur du retour

Le gouvernement de l’État du Benue a lancé un programme pluriannuel destiné à relancer la production agricole. Pour l’Église locale, cette relance ne pourra cependant être complète si les agriculteurs déplacés ne peuvent pas regagner leurs propres terres dans des conditions sûres.

La question est particulièrement sensible dans une région souvent considérée comme l’un des greniers agricoles du Nigeria. L’insécurité a éloigné de nombreux cultivateurs de leurs champs, réduit les récoltes et fragilisé des circuits économiques déjà précaires.

Une Église qui demande un retour digne et durable

L’appel du père Remigius Ihyula ne se limite donc pas à une demande de secours supplémentaire. Il place au centre la dignité des familles chrétiennes déplacées : pouvoir rentrer chez elles, travailler, élever leurs enfants et pratiquer leur foi dans leurs communautés d’origine.

Pour le diocèse de Makurdi, la réponse à la crise suppose à la fois la protection des populations, la justice foncière, le retour des services essentiels et la reconstruction de villages durablement marqués par la violence. Après plus d’une décennie de déplacements dans certaines zones, l’enjeu est désormais d’éviter que les camps ne deviennent une situation permanente.


Sources principales :
Catholic Herald – Nigerian priest calls for displaced Christians to return to ancestral lands
Premium Times – The Missing Millions: Fiscal accountability failures entrench IDP crisis in Benue
Aid to the Church in Need – Church caring for displaced people in Nigeria’s Middle Belt

Conversation des fidèles

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