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Les dons du Saint-Esprit et les béatitudes

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Par les dons du Saint-Esprit, l’âme juste devient comme un instrument de musique dont le Maître intérieur peut tirer des accords merveilleux :

« instrumentum musicum a Spiritu pulsatum, divinamque gloriam et potentiam canens. »

L’âme chante ainsi la gloire de Dieu ; c’est ce que nous montre à chaque page la vie des saints.

Le juste est aussi comparé par l’Écriture à un arbre planté sur le bord des eaux et qui donne ses fruits en son temps :

« Les fruits de l’Esprit-Saint, dit saint Paul, sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la douceur, la foi, la modestie, la continence et la chasteté. »

En quoi ces fruits se distinguent-ils des vertus et des dons? Comme l’explique saint Thomas, ce sont non pas des habitudes, mais des actes qui procèdent en nous de l’influence du Saint-Esprit et dans lesquels l’homme se délecte. Ils s’opposent ainsi à ce qu’on peut appeler les fruits de la raison.

Supérieures encore sont les béatitudes. On désigne par ce nom certains actes de la vie présente, qui par suite de leur perfection toute particulière sont le gage, la cause méritoire et comme les prémices de la béatitude parfaite :

« A raison de leur perfection, on les attribue plutôt aux dons qu’aux vertus. »

« Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! » La vertu de pauvreté peut inspirer le détachement qui fait user avec modération des biens de la terre, mais c’est le don de crainte qui en inspire le mépris, en comparaison des biens supérieurs.

« Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » C’est le don de science qui montre la fragilité, la vanité des biens qui passent, la gravité du péché, comme mal de l’âme et offense à Dieu… Heureux celui qui verse les larmes d’une sainte contrition.

« Bienheureux les doux, parce qu’ils posséderont la terre. » La vertu de douceur nous fait bien surmonter l’impétuosité de la colère, mais c’est surtout le don de piété qui donne le calme, la sérénité, la parfaite possession de soi, l’entière soumission à la volonté de Dieu.

Ces trois béatitudes sont celles de la fuite et de la délivrance du péché. Les deux suivantes, dit saint Thomas, sont celles de la vie active du chrétien, qui, dégagé du mal, se porte au bien de tout l’élan de son cœur :

« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » Désirer la justice, l’ordre parfait, c’est l’effet des vertus, mais en avoir faim et soif, être travaillé par cette faim, c’est le fruit d’une inspiration supérieure.

Cette soif de la justice ne doit pas devenir un zèle amer à l’égard des coupables, c’est pourquoi il est dit :

« Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » ; attentifs aux souffrances d’autrui, ceux-là peuvent donner le conseil qui ranime et qui relève. Aussi l’esprit de conseil correspond-il à cette béatitude. Cette union de la justice et de la miséricorde est un des signes les plus frappants de la présence de Dieu dans une âme, car lui seul peut intimement concilier des vertus en apparence si contraires.

Viennent enfin les béatitudes de la vie contemplative :

« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. » Un cœur vraiment pur est comme une fontaine limpide où dès ici-bas Dieu se reflète, et le don d’intelligence nous fait entrevoir la beauté divine d’autant mieux que notre intention est plus pure.

« Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. » Cette béatitude correspond, disent saint Augustin et saint Thomas, au don de sagesse, qui nous fait voir comme expérimentalement toutes choses en Dieu, car tout bien provient de Lui, et le mal n’arrive que s’il est permis en vue d’un bien plus grand. Le don de sagesse nous révèle ainsi l’ordre admirable du plan providentiel. Or la paix est la tranquillité de l’ordre. Non seulement l’âme contemplative la possède, mais elle peut la communiquer aux autres. Dans sa partie supérieure, elle ne se laisse pas troubler par les événements pénibles, inattendus ; elle reçoit tout de la main de Dieu, comme un moyen ou une occasion d’aller à Lui.

La Sagesse donne une paix rayonnante, elle nous porte à aimer nos ennemis ; elle est la marque des vrais enfants de Dieu, qui ne perdent pour ainsi dire pas un instant la pensée de leur Père du ciel. Au début de sa vie, l’âme, entachée d’égoïsme, était souvent préoccupée d’elle-même, et ramenait peut-être tout à soi, maintenant c’est la pensée de Dieu qui la possède, et elle ramène tout à Lui. Cette paix, fruit du don de sagesse, et que le monde ne peut donner, ne se trouve pleinement ici-bas que dans la vie mystique caractérisée précisément par la prédominance de ce don, uni à une charité parfaite et à une foi très vive.

C’est ce qui fait écrire à saint Paul aux Philippiens, iv, 4 :

« Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien ; mais en quelque état que vous soyez, présentez à Dieu vos demandes par des supplications et des prières accompagnées d’action de grâces. El que la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde vos cœurs et vos esprits en Jésus -Christ. »

Tel est le fruit de cette sagesse dont il est dit :

« Je l’ai préférée aux royaumes…, auprès d’elle tout l’or n’est qu’un peu de sable, et l’argent n’est que de la boue. Je l’ai plus aimée que la santé et que la beauté ; j’ai résolu de la prendre pour ma lumière, parce que sa clarté ne peut être jamais éteinte. Tous les biens me sont venus avec elle ; j’ai reçu de sa main des richesses innombrables, je me suis réjoui en les possédant, parce que la sagesse marchait devant moi, et je ne savais pas qu’elle était la mère de tous ces biens. Je l’ai recherchée sincèrement pour l’amour d’elle seule, j’en fais part aux autres sans envie, je ne cache point les richesses qu’elle renferme.

Elle est un trésor infini pour les hommes, et ceux qui en ont usé sont devenus les amis de Dieu… Si quelqu’un désire la profondeur de la science, c’est elle qui sait le passé, qui juge l’avenir, qui pénètre ce qu’il y a de plus subtil dans les discours et de plus difficile à démêler dans les paraboles… J’ai donc résolu de la prendre avec moi pour la compagne de ma vie… Dieu de miséricorde,… donnez-moi cette sagesse, qui est auprès de vous, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants… Envoyez-la du ciel, pour qu’elle soit avec moi, opère avec moi, et que je sache ce qui vous est agréable…

Car qui est l’homme qui puisse connaître les desseins de Dieu ? ou qui pourra pénétrer ses volontés… Qui pourra connaître votre pensée, ô mon Dieu, si vous ne donnez vous-même la sagesse et si vous n’envoyez votre Esprit-Saint du haut des cieux? »

Quelle plus belle prière pour demander à Dieu avec humilité et confiance cet esprit de sagesse, principe de la contemplation et source de la paix!

A la béatitude des pacifiques s’ajoute la dernière qui est la confirmation et la manifestation des autres :

« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. » Quand l’homme est affermi dans la pauvreté spirituelle, la douceur, l’amour de la justice et les autres béatitudes, la persécution est impuissante à le détacher de ces biens, à lui enlever la paix et la joie intérieures. Ainsi l’âme est marquée à l’effigie du Christ crucifié, par les dernières épreuves qu’elle subit pour arriver à la sainteté. Elle comprend alors pratiquement la parole de Jésus :

« Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux. » N’est-ce pas ces paroles qui ont fait naître dans le cœur des saints la soif de la souffrance et celle du martyre ?

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Ainsi, les dons du Saint-Esprit qui sont en toute âme juste et qui se développent normalement, à titre d’habitus infus, avec la charité, nous disposent progressivement aux actes les plus élevés, les plus héroïques de la vie spirituelle.

Celle-ci à ce degré d’intimité avec Dieu mérite le nom de vie mystique. Dans certaines âmes parfaites, se manifestent surtout les dons de la contemplation, chez d’autres ceux de l’action. Mais même chez ces dernières, c’est l’esprit de sagesse qui dirige la vie, et sa lumière diffuse éclaire tout. C’est de l’appel à cette vie mystique que nous devons parler maintenant.

Source : Perfection chrétienne et contemplation selon saint Thomas d’Aquin et saint Jean de la Croix – 1923 – père Garrigou Lagrange & Réginald

Publié par Napo

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