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Possessions involontaires par contagion dans l’histoire

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De longue date, à toutes les époques peut-être, une affection démoniaque se promène sur l’Europe à la manière des épidémies, et se communique par contagion dans les lieux où le premier germe a pu éclore.

Nous ne doutons pas que cette maladie ne soit toute physique dans son principe, à la manière des autres, du choléra, par exemple, ou de la peste, qui sévissent isolément ou par masses ; mais elle a cela de particulier, de donner accès au démon.

Cette maladie n’est pas la démonomanie ou folie démoniaque, qui ne produit rien de plus que des extravagances, mais une véritable possession, accompagnée de tous les symptômes extranaturels qui peuvent servir à la caractériser.

La possession du couvent de Prémontré, au temps même de saint Norbert, est un des plus anciens exemples que nous ayons recueillis. C’était en 1124 ; saint Norbert était en cours de missions, lorsqu’il apprit que le plus grand désordre régnait dans sa maison de Prémontré : la plupart des religieux étaient devenus extatiques, visionnaires, prophètes, enthousiastes ; la maison était remplie de fantômes contre lesquels ils se battaient le jour et la nuit, comme des insensés, avec le glaive et le bâton ; quelques-uns, doués de la vue à distance, se contentaient de considérer ce qui se passait en des lieux éloignés.

Norbert quitta sa mission, revint et guérit ses moines par le jeûne, la prière, les exorcismes et l’imposition des mains. En remontant-plus haut, on trouverait plusieurs faits analogues dans l’histoire des solitaires et des ascètes de l’Égypte et de l’Orient, beaucoup trop méprisée, parce qu’elle est trop peu approfondie. En nous rapprochant de quatre siècles, un des événements les plus saillants qui se présentent, est la danse d’Epternach, en 1374.

Elle se manifesta d’abord en cette ville, disent à la fois la chronique de Spanheim, la chronique du Limbourg et la grande chronique belge, et se répandit le long du Rhin et de la Moselle. Les malheureux malades dansaient avec frénésie, sautant fort haut, sans respect pour les lois de la modestie, chantant les litanies du diable, par troupes de plusieurs centaines ; un seul danseur mettait tous les autres en mouvement.

Après cela, ils tombaient dans les plus affreuses convulsions ; il fallait leur mettre le ventre et la poitrine à la presse, ou les lier fortement avec des cordes ; en cet état, ils entraient en extase, avaient des visions et prophétisaient. Un attrait indéfinissable les attirait vers les villes d’Aix-la-Chapelle et de Liège. On en vit à Liège plus de deux mille à la fois pendant les mois de septembre et d’octobre.

Un grand nombre d’habitants de la ville furent pris eux-mêmes de la contagion. Le bruit se répandit que le mal provenait de ce que le peuple avait été mal baptisé, l’ayant été par de mauvais prêtres ; il en résulta une haine furieuse contre le clergé, des complots et des résolutions qui ne tendaient à rien moins qu’à l’extermination des prêtres et des moines et à la destruction des églises. Mais les prêtres se mirent tous, sans distinction d’âge ou de rang, à exorciser individuellement les malades. Ils s’en trouvaient soulagés, plus tôt ou plus tard, mais tous sans exception, et tous s’en retournaient guéris. Cependant, à mesure que ceux-ci quittaient le pays, il en revenait de nouveaux, et le concours dura près de quatre années.

Si nous nous rapprochons d’un siècle, nous trouvons l’épidémie des nonains, contagion pareille qui envahit les couvents de femmes dans une grande partie de l’Allemagne, principalement dans la Saxe, le Brandebourg et la Hollande. Il suffisait qu’une seule religieuse fût attaquée dans une communauté, pour que la maladie gagnât une partie de ses compagnes.

Les malheureuses grimpaient aux murs, couraient sur les toits, s’agitaient comme des bacchantes, imitaient les cris de tous les animaux. Elles parlaient les langues étrangères, pénétraient la pensée, dévoilaient les secrets des consciences, voyaient à distance.

En 1490, le couvent de Quercy, dans la Belgique, était en pleine possession, et la possession dura quatre ans. Les religieuses étaient emportées dans les airs comme les corps légers sont emportés par le vent ; elles grimpaient aux murs avec une étonnante facilité ; elles voyaient ce qui se passait à de grandes distances, pénétraient tous les secrets. Elles furent exorcisées par l’évêque de Cambrai, assisté de Gilles Nettelet, doyen de la cathédrale.

Peu après, la possession se déclara dans le couvent de Kentorp, non loin de Ham ; l’accès d’une des possédées se communiquait aux autres, et bientôt toutes se trouvaient à l’unisson. La maladie s’étendit, en dehors du couvent, à plusieurs villes et villages d’alentour. La sœur cuisinière du couvent, possédée elle-même, était censée être l’auteur de la possession par suite d’un maléfice ; elle l’avouait, le désavouait, pour l’avouer encore dans ses moments de frénésie. On eut plus égard à ses aveux qu’à ses rétractations ; elle mourut en prison.

Bientôt la possession apparut au couvent de Wertet, dans le comté de Hoorn. Une dame de la ville, pieuse et sainte, la bienfaitrice des pauvres, qui avait apporté un chat aux religieuses, lequel disparut presque aussitôt de la maison et ne se retrouva plus, fut accusée de maléfice, dénoncée par toutes les possédées en état de crise comme l’auteur de la possession. Elle mourut à la question. La possession dura trois ans. Cette épidémie plana pendant plus d’un siècle sur la Belgique, la Hollande, le Luxembourg et le Brabant.

Jean Wier fut député, vers 1560, par ses confrères, sur le théâtre de ces étranges événements, pour en étudier la nature et donner ses soins aux malades, et c’est ce qui lui fournit l’occasion de composer son livre des Prestiges du démon, œuvre capitale, à part quelques défauts, remarquable pour le temps et digne d’une grande attention.

Les possessions qui se passèrent dans l’intérieur des couvents, n’eurent pour spectateur qu’un public le moins nombreux possible. Mais il n’en fut pas de même de la maladie des orphelins d’Amsterdam, en 1565. Ces malheureux enfants, au nombre de 70, de l’un et de l’autre sexe, élevés séparément dans l’asile de cette ville, étaient affreux à voir ; leur aspect était tout à la fois repoussant et effrayant, et toute la ville en fut témoin.

Ils forçaient les clôtures, parcouraient la ville par bandes, s’introduisaient partout, reprochaient aux plus grands personnages leurs méfaits les plus secrets, révélaient les affaires et les résolutions des particuliers et du conseil de la commune ; ils tombaient à l’envi les uns des autres dans des crises affreuses ; ils entendaient et parlaient des langues étrangères. Tous s’accordaient à signaler une pauvre vieille, nommée Bamétie, pieuse et sainte, qui passait son temps dans les églises, fort laide, mais que du reste, ils n’avaient peut-être jamais vue, comme l’auteur de leur possession.

Nous annotons ce fait d’un personnage saint ou éminent, toujours impliqué dans ces sortes de cas à titre d’auteur, et comme complément satanique de scandale, parce que nous le retrouverons en France. Ce royaume fut envahi lui-même par l’épidémie des nonains.

Vers 1515, le monastère de Saint-Pierre de Lyon était en pleine possession. Le père Adrien de Montalembert, capucin, aumônier de François Ier, fut envoyé pour y mettre ordre. La possession ne céda que lentement, et le calme ne commença à revenir qu’après plusieurs mois d’exorcismes persévérants.

Le démon, qui parlait par la bouche de la principale de toutes les possédées, nommée Antoinette de Groslée, jeune religieuse de 18 ans, déclarait être l’âme d’une des religieuses de la maison, morte récemment ; il réclamait des messes et des prières ; à la fin, il se déclara satisfait, délivré des peines du purgatoire, mais non encore admis au ciel. Nous signalons ce fait, parce que nous le retrouverons à l’occasion des tables tournantes.

Satan est toujours semblable à lui-même, et n’a pas besoin de changer de mensonges, puisque les mêmes lui suffisent pour abuser perpétuellement la pauvre humanité. Le P. de Montalembert, sans se demander si ce dogme d’une âme qui en possède une autre, et qui, après son jugement, n’est ni au ciel, ni en enfer, ni en purgatoire, est conforme à la foi chrétienne et à la droite raison, fit un livre de tout cela, aussi effrayant que ce qu’il avait vu, et aussi peu raisonnable que ce qu’il avait entendu de la bouche des possédées, et ce livre, dramatique et émouvant, fut répandu et dévoré, comme objet de piété, dans tous les monastères, où il prédisposa par la peur les imaginations à recevoir la contagion démoniaque.

À partir de ce moment, les possessions se multiplièrent en France, mais beaucoup plus d’une manière isolée. La plus remarquable et la plus fameuse de toutes ces possessions individuelles fut celle de Nicole Aubry, de Vervins, en 1566.

Nicole Aubry, priant sur la tombe de son père, crut voir le fantôme du mort sortir de terre et s’incorporer à elle. Elle éprouva des convulsions terribles ; sept ou huit hommes des plus robustes ne suffisaient pas à contenir ses mouvements ; elle entendait les langues étrangères, connaissait les pensées, manifestait les secrets les plus impénétrables, voyait à distance. Elle était possédée par l’âme de son père. Les exorcismes duraient déjà depuis longtemps, avec des succès toujours transitoires, lorsque Jean Dubourg, évêque de Laon, alla l’exorciser lui-même, afin de mieux constater son état.

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Convaincu de la sorte et par sa propre expérience que la plupart des phénomènes qui se produisaient, étaient d’un ordre extra-naturel, il l’emmena à la ville épiscopale, afin de l’exorciser en public avec un grand appareil, et établir ainsi une démonstration manifeste de la vérité du catholicisme. Un théâtre fut dressé par ses ordres dans la cathédrale ; on accourut au spectacle de tous les points de la France et même de l’étranger.

Un grand nombre de protestants, parmi lesquels le célèbre Florimond de Rémond, auteur de l’Histoire de l’hérésie, se convertirent en effet à la vue de phénomènes si extraordinaires, et surtout de la guérison de la possédée, qui fut obtenue au bout de trois mois d’exorcismes publics.

Source : Histoire de Satan – Abbé Lecanu – 1861

Publié par Napo

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