La couverture en bronze du monumental Livre de l’Apocalypse, réalisée par Salvador Dalí, a été dérobée dans la nuit du 4 au 5 octobre au Centre d’art contemporain C. Karoutzos, à Issoire dans le Puy-de-Dôme. Le parquet de Clermont-Ferrand a ouvert une enquête.
L’œuvre volée pèse à elle seule environ 150 kilos. Elle est ornée d’or, de pierres précieuses et de coquillages. Elle recouvrait un ouvrage unique inspiré de l’Apocalypse de saint Jean, conçu à partir de 1958 par l’éditeur d’art Joseph Forêt.
Une œuvre unique autour de l’Apocalypse de saint Jean
Le projet de Joseph Forêt réunissait quatorze artistes et écrivains du XXe siècle, parmi lesquels Salvador Dalí, Jean Cocteau, Bernard Buffet, Jean Giono, Léonard Foujita et Ossip Zadkine. L’ensemble, composé de grands parchemins calligraphiés et illustrés, atteint environ 210 kilos.
Dalí avait conçu et sculpté la couverture en bronze. Le choix de l’Apocalypse n’était pas décoratif : l’ouvrage cherchait à confronter des créateurs modernes au dernier livre du Nouveau Testament, texte de combat spirituel, d’espérance et de jugement qui a profondément marqué l’art chrétien européen.
Un vol qui frappe aussi le patrimoine religieux français
L’affaire relève évidemment du vol d’œuvre d’art, mais elle touche aussi un objet directement enraciné dans la culture biblique. Le patrimoine chrétien ne se limite pas aux églises anciennes : il irrigue également la peinture, la sculpture, la littérature et l’édition d’art modernes.
Dans une France qui peine souvent à mesurer ce qu’elle doit au christianisme, la disparition d’une œuvre de cette nature rappelle que la Bible demeure l’une des grandes matrices de notre civilisation artistique. Même un artiste aussi singulier que Dalí n’a cessé de dialoguer avec les grands thèmes chrétiens.
Une enquête confiée aux gendarmes
Le parquet de Clermont-Ferrand a qualifié la pièce d’« exceptionnelle et unique ». Les investigations doivent déterminer les circonstances précises du vol et la manière dont une pièce aussi lourde a pu être emportée.
Le propriétaire de l’ouvrage, Christian Karoutzos, avait acquis l’ensemble en 2003 après une période durant laquelle il avait été conservé à l’étranger. Le livre avait auparavant été présenté dans de nombreuses expositions à travers le monde.
La priorité est désormais double : retrouver la couverture et préserver l’intégrité d’un ensemble artistique qui ne peut être traité comme une simple marchandise. Une œuvre inspirée de saint Jean appartient aussi à une mémoire spirituelle et culturelle qu’il serait irresponsable de laisser se disperser.





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