Ce 20 mars 2025, une célébration liturgique en apparence ordinaire a secoué les fondements de la communion ecclésiale. À Marie, Mère de la Lumière, église maronite de Tequesta (Floride), Mgr Joseph Strickland, évêque émérite de Tyler (Texas), a présidé une messe publique aux côtés de prêtres controversés, dont le P. James Altman, suspendu depuis 2021 par son diocèse de La Crosse (Wisconsin). Un acte perçu comme une provocation envers l’autorité romaine, dans un climat de tensions croissantes entre certains cercles traditionalistes et le Saint-Siège.
Des figures marginales en quête de visibilité
Mgr Strickland, destitué par le pape François en novembre 2023 pour ses prises de position hostiles au Synode sur la synodalité, incarne une frange réactionnaire de l’Église américaine. Son refus de se soumettre au successeur de Pierre s’est illustré par son soutien public à Donald Trump, notamment lors d’un événement « Catholics for Catholics » organisé à Mar-a-Lago. Quant au P. Altman, son exclusion du ministère actif découle de son adhésion au sédévacantisme, niant la légitimité du pontife régnant. Selon le Code de droit canonique (can. 1364), cette position schismatique entraîne une excommunication latae sententiae, bien qu’aucun décret public n’ait été émis.
Une stratégie canonique contestable
L’organisateur de l’événement, Willy Guardiola, a justifié le choix de l’église maronite — dépendante de l’éparchie Saint-Maron de Brooklyn — en invoquant une « interdiction totale » des évêques latins de Floride à l’encontre de Mgr Strickland. Selon ses dires, Mgr Barbarito (Palm Beach) aurait interdit à l’évêque destitué de célébrer les sacrements ou même de pénétrer dans les paroisses du rite romain.
Le choix d’une église catholique maronite comme lieu semble être une tentative superficielle de justifier la messe illicite par des nuances canoniques. Marie, Mère de la Lumière relève de l’éparchie de Saint-Maron de Brooklyn, dirigée par l’évêque Gregory Mansour, et adhère au rite maronite, une tradition catholique orientale avec ses propres rites liturgiques et sa gouvernance en vertu du Code des Canons des Églises orientales. Contrairement aux diocèses de rite romain de Floride, l’éparchie maronite fonctionne indépendamment des évêques de rite latin de l’État, ce qui explique potentiellement pourquoi cet événement a pu avoir lieu malgré les interdictions apparentes de Strickland et Altman. Mais la messe célébrée par Strickland semblait suivre le rite romain contemporain – des hymnes comme « N’aie pas peur » et « Me voici, Seigneur » accompagnés de guitare et d’harmonica – plutôt que la liturgie syriaque distinctive du rite maronite, soulevant des questions sur la conformité liturgique et les intentions derrière le cadre de l’événement.
Le P. Altman, théoriquement confiné à des messes privées sans ornements sacerdotaux publics, a contrevenu à ses restrictions en concélébrant en aube et étole violette, puis en prononçant une allocution en soutane devant une assistance d’une centaine de personnes. Une bravade ouverte envers son évêque diocésain, qui avait pourtant réitéré en 2023 l’interdiction de toute activité pastorale publique.
Le rôle trouble d’une paroisse maronite
Le P. Gary George, prêtre rédemptoriste et curé de la paroisse hôte, opère sous double juridiction : l’éparchie maronite et sa congrégation religieuse. Aucune sanction ne pèse contre lui, malgré son rôle facilitateur. Reste à savoir si Mgr Mansour (Brooklyn) ou les supérieurs rédemptoristes réagiront à cet usage détourné des lieux.
Cette messe, au-delà des querelles liturgiques ou disciplinaires, symbolise une dérive inquiétante : l’instrumentalisation de fractures canoniques pour servir un agenda politico-religieux hostile au magistère pontifical. En s’alliant à des clercs suspendus, en méprisant les interdictions épiscopales, les organisateurs sapent l’unité de l’Église, préférant l’affrontement médiatique à la communion hiérarchique.
Si Mgr Strickland, canoniste de formation, connaît les risques encourus — sanctions renforcées, isolement accru —, son geste semble calculé pour alimenter un récit de « persécution », séduisant une minorité militante. Mais à quel prix ? L’Église, Corps mystique du Christ, ne saurait être réduite à un champ de bataille idéologique. « Que tous soient un » (Jn 17,21) : cet impératif évangélique rappelle que la fidélité véritable passe par l’obéissance, même dans l’épreuve.






