Aux États-Unis, de nombreux couples catholiques confrontés à la douloureuse épreuve de l’infertilité trouvent un réconfort et une espérance inattendus en se tournant vers la Vierge Marie. Alors que l’Église a célébrée ce 31 mai la fête de la Visitation, rappelant la grossesse de la Mère du Christ, les sanctuaires dédiés à Notre-Dame du Lait et à Notre-Dame de Guadalupe deviennent des lieux privilégiés de prière, de consolation et de guérison spirituelle pour les époux en espérance d’enfant.
L’histoire de Rusty et Julie Ingram illustre cette démarche de foi profonde. Mariés en 2007, ils ont été rapidement confrontés à une infertilité inexpliquée. Soucieux de rester fidèles à l’enseignement doctrinal de l’Église catholique, ils ont refusé la fécondation in vitro (FIV) qui leur était proposée par le corps médical. Le couple a préféré s’en remettre à Dieu, s’engageant à se rendre chaque semaine, depuis leur domicile de Jacksonville, au sanctuaire national de Notre-Dame du Lait en Floride. Cette constance, explique Rusty, reposait sur un abandon total : la certitude que si Dieu les appelait à la parentalité, Il en ouvrirait le chemin. Ce pèlerinage régulier a d’abord transformé le cœur de Julie, l’ouvrant patiemment à l’idée de l’adoption. Mais peu après cette acceptation intime, le couple a conçu naturellement une fille, Rebecca, aujourd’hui âgée de 14 ans, suivie d’un garçon, Joshua, 11 ans. Parents de quatre enfants sur terre et de quatre autres au ciel à la suite de fausses couches, ils poursuivent leurs visites d’action de grâce et envisagent désormais l’adoption.
Ce sanctuaire floridien a été fondé en 1609, il s’agit du plus ancien sanctuaire marial des États-Unis. La dévotion à Notre-Dame du Lait et de l’Heureux Accouchement, la deuxième plus ancienne dévotion mariale après celle de Notre-Dame du Pilier, s’enracine dans les premiers temps de l’Église. Le site de la Mission Nombre de Dios, où s’élève la chapelle historique, revêt une dimension fondatrice : c’est là que l’amiral espagnol Pedro Menendez a débarqué le 8 septembre 1565, jour où fut célébrée la première messe catholique sur le territoire américain. Ce lieu chargé d’histoire a d’ailleurs été choisi comme point de départ du grand pèlerinage eucharistique national de 2026, entamé le dimanche de la Pentecôte.
Une autre grande figure mariale attire particulièrement ces couples : Notre-Dame de Guadalupe. Apparue visiblement enceinte en 1531 au paysan saint Juan Diego sur la colline de Tepeyac, au Mexique, la Vierge a laissé son effigie miraculeuse imprimée sur la tilma du voyant. Si la basilique principale se dresse à Mexico, les fidèles américains peuvent se tourner vers le sanctuaire national d’Allentown, en Pennsylvanie, ou celui de La Crosse, dans le Wisconsin.
Directeur de la communication du sanctuaire de La Crosse, Becket Ghioto porte lui-même, avec son épouse Christina, la lourde croix de l’infertilité. Mariés le 12 décembre 2016, en la fête de Notre-Dame de Guadalupe, ils ont perdu deux enfants par fausse couche. Conscient que son rôle d’époux est d’accompagner sa femme dans cette épreuve, Becket médite sur la présence silencieuse de Marie au pied de la Croix. Transformant leur souffrance en fécondité spirituelle, le couple a initié une conférence catholique annuelle sur l’infertilité au sanctuaire. Une démarche couronnée de grâces, puisque trois couples y ayant participé l’an dernier ont conçu un enfant, dont l’un après douze longues années de mariage. Puisant sa paix dans l’événement de Guadalupe, Christina rappelle que saint Juan Diego était veuf et vraisemblablement sans enfants, et s’approprie les paroles consolantes que lui adressa la Vierge : « Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère ? N’es-tu pas dans les plis de mon manteau ? ».
Cette mystérieuse grâce mariale s’étend également à la basilique du sanctuaire national de Marie, Reine de l’Univers, située à Orlando en Floride. Fondé par le regretté Mgr Joseph Harte, l’édifice abrite une chapelle latérale abritant une mosaïque des apparitions de Guadalupe. C’est là qu’en 2002, lors de vacances familiales, Gail Coniglio est venue s’agenouiller pour demander la grâce d’un troisième enfant. Sur le chemin du retour, elle a ressenti le besoin irrésistible de placer une statue de la Vierge dans son jardin, en signe de reconnaissance. Le lendemain matin, à sa grande stupéfaction, sa voisine s’est présentée à sa porte pour lui offrir spontanément une statue mariale reléguée dans son garage depuis dix ans. Profondément bouleversée par ce signe, Gail est tombée enceinte peu après de sa fille, Gianna Marie, née en septembre 2004. L’été suivant, obéissant à l’élan de son cœur, elle est revenue avec son enfant s’agenouiller dans cette même chapelle d’Orlando, versant des larmes de pure gratitude.
À travers ces bouleversants témoignages de vies, guéries ou rendues physiquement fécondes, l’Église perçoit l’œuvre maternelle et délicate de la Vierge. Pour les époux confrontés au mystère insondable de l’infertilité, l’accueil inconditionnel trouvé au sein des sanctuaires mariaux offre un rempart contre le désespoir, rappelant que l’attente silencieuse, unie à celle de la Mère de Dieu, porte toujours un fruit d’éternité.





Conversation des fidèles
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