Depuis le 1er novembre 2026, des milliers d'ouvriers du textile manifestent pour obtenir une augmentation de leur salaire minimum. Dans un entretien accordé à l'Agence Fides ce mercredi 4 novembre, Mgr Subroto Boniface Gomes, évêque auxiliaire de Dacca, dénonce les conditions de vie de ces travailleurs, qui peinent à subvenir aux besoins de leurs familles malgré leur emploi. Certains ne parviennent même plus à financer la scolarité de leurs enfants !
Les manifestants demandent une augmentation du salaire minimum mensuel, actuellement fixé à 12 500 takas (89€), pour atteindre 30 000 takas (214€). Ce montant n'a pas été revalorisé depuis décembre 2023, alors que les prix de l'alimentation, des loyers, des transports et des soins de santé ont fortement augmenté. En septembre dernier, l'inflation annuelle atteignait encore 8,34 % au Bangladesh. Selon Mgr Gomes, le salaire minimum actuel ne permet plus à de nombreuses familles de couvrir leurs dépenses essentielles.
La mobilisation a pris une ampleur considérable autour de la capitale ! À Gazipur, Savar, Ashulia et Mirpur, des milliers de travailleurs ont bloqué des routes et interrompu la production textile. Des affrontements ont éclaté avec les forces de l'ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser certains rassemblements. Des blessés et des arrestations ont été signalés. Selon les organisations professionnelles, près de 700 usines ont suspendu leurs activités ou fermé temporairement leurs portes en une seule journée. Le gouvernement a annoncé la création d'une commission de six membres chargée de réexaminer les salaires, mais les protestations se poursuivent.
Il faut dire que le textile représente une part considérable de l'économie du Bangladesh ! Le secteur emploie environ quatre millions de personnes, majoritairement des femmes, et génère plus de 80 % des recettes d'exportation du pays. Le Bangladesh est aujourd'hui le deuxième exportateur mondial de vêtements derrière la Chine. Pourtant, selon les estimations de l'organisation Global Living Wage Coalition citées par Fides, une famille vivant à Dacca aurait besoin d'environ 30 000 takas par mois pour vivre dignement, soit plus du double du salaire minimum actuel.
Et Mgr Gomes ne se contente pas d'interpeller les autorités bangladaises ! L'évêque dénonce également les pressions exercées par les grandes marques internationales de vêtements, qui cherchent à obtenir des prix de fabrication toujours plus bas. Selon lui, cette course aux vêtements bon marché se répercute directement sur les ouvriers, notamment à travers les chaînes de sous-traitance. Il rappelle également la terrible catastrophe du Rana Plaza, le 24 avril 2013, lorsque l'effondrement d'un immeuble abritant plusieurs ateliers textiles avait provoqué la mort de plus de mille personnes. Depuis, des progrès ont été réalisés pour la sécurité des bâtiments, mais les salaires restent insuffisants.
Pour l'évêque, les grandes entreprises doivent accepter de payer leurs fournisseurs à des prix plus équitables afin que ceux-ci puissent rémunérer correctement leurs salariés. Il appelle également les consommateurs à prendre conscience des conditions dans lesquelles leurs vêtements sont fabriqués. Même si les chrétiens sont minoritaires parmi les ouvriers du textile, l'Église catholique locale entend défendre la dignité de tous les travailleurs, sans distinction de religion.
Cette intervention rejoint directement l'enseignement social de l'Église catholique. Dans Rerum Novarum, le pape Léon XIII rappelait déjà qu'un ouvrier devait recevoir une rémunération suffisante pour vivre dignement, et non simplement le salaire le plus bas qu'un employeur pouvait lui imposer. Le travail doit permettre à un homme de faire vivre sa famille, et non le condamner à la pauvreté malgré ses efforts.
Source : Agence Fides, Paolo Affatato, 4 novembre 2026.







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