L’Argentine traverse une zone de turbulences inédite, où la foi et la politique s’entrechoquent violemment. Alors que le pays est secoué par des manifestations massives, les relations entre l’Église d’Argentine et Milei sont scrutées à la loupe. Le mercredi 11 février 2026 restera gravé comme le symbole d’un divorce, ou du moins d’un malaise profond, entre la hiérarchie catholique et les mouvements sociaux. Tandis que les gaz lacrymogènes inondaient les abords du Parlement, la communication officielle des évêques semblait regarder ailleurs, créant une onde de choc au sein du « francisquismo ».
Le silence de la CEA : une diplomatie de la prudence ?
Le contraste est saisissant. Au moment même où des milliers de travailleurs manifestaient contre la suppression des congés payés et des indemnités de licenciement, le compte X de la Conferencia Episcopal Argentina (CEA) partageait une photo protocolaire. On y voyait Pablo Quirno, émissaire du gouvernement, se recueillir sur la tombe du Pape François à Rome.

Ce geste, perçu par beaucoup comme une allégeance malvenue, a mis le feu aux poudres. Pour la première fois, l’Église d’Argentine semble divisée sur la stratégie à adopter : faut-il privilégier le dialogue institutionnel avec la présidentielle ou se faire l’écho prophétique des périphéries ?
Un tweet qui fragilise l’unité de l’Église
La gestion de la communication par le père Máximo Jurcinovic est ouvertement critiquée par la base militante. En relayant un membre du gouvernement de Javier Milei au plus fort de la contestation sociale, la CEA a donné l’impression d’ignorer la détresse des travailleurs. Pour les observateurs, ce « geste public » pour un fonctionnaire n’ayant eu qu’un salut fugace avec le Saint-Père pose question sur l’indépendance de l’épiscopat.
Fractures internes : L’épiscopat en ordre dispersé
L’analyse de la situation montre que l’Église d’Argentine ne forme pas un bloc monolithique. Si la direction nationale de la CEA reste discrète, d’autres voix s’élèvent vigoureusement.
- La Pastorale Sociale de Santa Fe : Elle a publié un document intitulé « La réforme du travail à la lumière du magistère de la Église », rappelant que la dignité humaine doit primer sur les intérêts financiers.
- Les évêques du Nord-Est (NOA) : Sous l’impulsion du cardinal Vicente Bokalic, ils ont exprimé leur vive inquiétude face à l’impact social des mesures de dérégulation.
- L’exception castrense : À l’inverse, l’évêque Santiago Olivera semble apporter un soutien explicite à certaines mesures sécuritaires, comme la baisse de l’âge de la responsabilité pénale à 14 ans, au grand dam des organisations comme Caritas.
Réforme du travail : L’appel désespéré des syndicats
La Confédération Générale du Travail (CGT) ne cache pas son amertume. Julio Piumato, leader des travailleurs judiciaires, a interpellé directement la hiérarchie : « Si le Pape François était vivant, il se serait exprimé contre cette réforme esclavagiste ! ». Ce sentiment de solitude des syndicats face à la réforme est le signe d’une rupture de confiance historique entre les corps intermédiaires et certains prélats.
L’héritage de François et la « peur » des évêques
Juan Grabois, figure de proue des mouvements populaires et proche du défunt Pontife (décédé en avril 2025 selon le calendrier de cette crise), livre une analyse sans concession. Pour lui, certains évêques subissent un « terrorisme psychologique » de la part du gouvernement Milei.
« Ils ont peur d’être étiquetés comme communistes ou péronistes s’ils défendent la justice sociale », explique-t-il. Cette crainte du lynchage médiatique paralyserait une partie de la hiérarchie, là où Jorge Bergoglio n’aurait jamais hésité à monter au créneau. Pour Grabois, l’Église d’Argentine sont dans un rapport de force où le silence est interprété comme une validation.
Malgré les tensions, l’ombre de François plane toujours. Les mouvements populaires préparent un hommage géant pour l’anniversaire de son départ, espérant transformer ce moment de recueillement en une démonstration de force pour la justice sociale. Ce sera l’ultime test pour la CEA : se rangeront-ils du côté du peuple ou resteront-ils dans les salons du pouvoir ?





















