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Écosse : un monastère traditionaliste rompt avec Rome après une consécration épiscopale illicite

Écosse : un monastère traditionaliste rompt avec Rome après une consécration épiscopale illicite

Sur la petite île de Papa Stronsay, dans l’archipel écossais des Orcades, une communauté religieuse autrefois réconciliée avec Rome vient de franchir un seuil décisif. Le père Michael Mary, supérieur des Fils du Très Saint Rédempteur, a été consacré évêque le 25 juillet 2026 sans mandat du pape Léon XIV, au terme d’un processus que le diocèse catholique d’Aberdeen avait publiquement dénoncé comme illégitime et gravement contraire à la communion de l’Église.

Cette consécration marque la rupture ouverte d’une communauté connue sous le nom de Rédemptoristes transalpins. Elle intervient dans un contexte particulièrement troublé : le monastère a été éprouvé au printemps par la disparition puis la mort de Justin Evans, 24 ans, appelé frère Ignatius Maria en religion. Un article publié le 4 août par le magazine britannique Searchlight rapporte en outre des accusations de mauvais traitements, de harcèlement et d’abus au sein de la communauté. Ces allégations ne sont pas, à ce stade, publiquement établies par une décision judiciaire ou canonique accessible.

Une consécration sans mandat pontifical

Dès le 18 juin, Mgr Hugh Gilbert, évêque d’Aberdeen, avait averti les fidèles que le père Michael Mary projetait de recevoir l’ordination épiscopale le 25 juillet sur Papa Stronsay. Le prélat précisait que la cérémonie devait être accomplie sans mandat du pape par des évêques refusant de reconnaître Léon XIV comme souverain pontife.

Le diocèse avait alors qualifié le projet d’« acte grave de désobéissance » séparant de la communion avec l’Église ceux qui y prendraient directement part. Il avait aussi demandé aux catholiques de ne pas assister à la cérémonie. Quelques jours avant la date annoncée, Mgr Gilbert avait fait célébrer dans son diocèse des messes pour l’unité de l’Église.

La consécration a finalement été annoncée par la communauté elle-même. Selon les documents publiés sur son site, le père Michael Mary a reçu l’épiscopat de Pierre Roy, présenté comme évêque par un courant sédévacantiste. Pour l’Église catholique, une consécration épiscopale accomplie sans mandat pontifical est illicite et constitue une atteinte directe à l’unité ecclésiale.

Une communauté revenue dans la communion de Rome en 2008

Les Fils du Très Saint Rédempteur sont issus du milieu traditionaliste lié à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. Fondée à la fin des années 1980, la communauté s’était installée sur Papa Stronsay, une île isolée des Orcades, où elle avait développé une vie monastique centrée sur la liturgie traditionnelle.

En 2008, sous le pontificat de Benoît XVI, ses membres avaient retrouvé la pleine communion avec le Saint-Siège. La communauté avait alors reçu une reconnaissance canonique tout en conservant sa spiritualité et sa liturgie propres. La décision de 2026 inverse donc un chemin de réconciliation engagé dix-huit ans plus tôt.

Les textes récents publiés par le groupe ne se limitent plus à une critique de certaines orientations conciliaires. Ils mettent en cause la légitimité des papes ayant gouverné l’Église depuis le concile Vatican II. Cette position, généralement appelée sédévacantisme, considère que le siège de Pierre serait vacant parce que les pontifes récents ne seraient pas de véritables papes.

La mort de frère Ignatius a profondément ébranlé le monastère

La rupture survient quelques mois après la mort de Justin Evans, un jeune Néo-Zélandais entré dans la communauté sous le nom de frère Ignatius Maria. Il avait été vu pour la dernière fois dans le monastère dans la nuit du 11 avril. Les secours avaient alors engagé d’importantes recherches en mer autour de Papa Stronsay.

Le 6 mai, un corps avait été retrouvé dans les eaux proches de Stronsay. La police écossaise a ensuite confirmé qu’il s’agissait du jeune religieux et indiqué ne pas retenir de circonstance suspecte, tout en transmettant un rapport au procureur fiscal selon la procédure habituelle.

Le diocèse d’Aberdeen avait exprimé sa tristesse et décrit frère Ignatius comme un homme connu pour son humilité et sa charité. Il avait également indiqué que la communauté faisait déjà l’objet d’un processus canonique en raison de déclarations et de comportements jugés préoccupants.

Des accusations graves qui doivent être distinguées des faits établis

Searchlight affirme que des accusations de torture, d’abus et de harcèlement ont été formulées à l’encontre de responsables de la communauté et qu’elles auraient attiré l’attention des autorités ecclésiastiques. Le magazine rapporte aussi que plusieurs membres auraient quitté l’île dans les semaines suivant la disparition du jeune moine.

Ces affirmations sont graves. Elles ne doivent toutefois pas être confondues avec les éléments officiellement confirmés. Les déclarations publiques du diocèse d’Aberdeen mentionnent un processus canonique et des faits préoccupants, mais ne détaillent pas publiquement les accusations ni leurs conclusions. Aucune décision de justice accessible ne permet actuellement d’affirmer que les mauvais traitements allégués ont été établis.

La séparation d’avec Rome, en revanche, est documentée par les déclarations de la communauté et par les avertissements du diocèse. Elle résulte directement de la consécration épiscopale accomplie sans mandat pontifical et du rejet public de l’autorité du pape Léon XIV.

Une blessure pour l’unité de l’Église

Dans sa lettre pastorale précédant la consécration, Mgr Hugh Gilbert avait replacé cette crise dans une perspective spirituelle. L’autorité du pape, rappelait-il, n’est pas un élément secondaire de la foi catholique : elle sert l’unité de l’Église et protège la transmission de l’Évangile contre la constitution de communautés autonomes jugeant seules de l’orthodoxie de toute l’Église.

Le cas de Papa Stronsay montre ainsi comment une contestation doctrinale peut conduire progressivement à une rupture visible. La communauté qui avait retrouvé la communion avec Rome en 2008 refuse désormais l’autorité du pape régnant et s’est donné un évêque en dehors de la succession canonique reconnue par le Saint-Siège.

Au-delà des procédures et des controverses, cette situation demeure une épreuve pour les fidèles, les familles des religieux et l’Église locale. Le diocèse d’Aberdeen a choisi d’appeler à la prière pour l’unité et pour le retour à la communion de ceux qui s’en sont séparés.


Sources principales :
Searchlight – “Traditionalist” Catholic Orkney monastery breaks with Rome amid death and abuse claims
Diocèse d’Aberdeen – Statement on the Proposed Episcopal Consecration of Father Michael Mary
Diocèse d’Aberdeen – Sons of the Most Holy Redeemer
Diocèse d’Aberdeen – Disappearance of Brother Ignatius
Papa Stronsay – Site de la communauté

Conversation des fidèles

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