En marge du consistoire extraordinaire qui vient de s’achever à Rome, le cardinal François-Xavier Bustillo s’est exprimé sur les grands enjeux qui traversent l’Église contemporaine. Lors d’un entretien accordé au quotidien italien Il Giornale, l’évêque d’Ajaccio a abordé avec franchise la question sensible de la liturgie traditionnelle, la menace d’un schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et le renouveau spirituel qu’il perçoit en France, à l’aube de la visite du pape Léon XIV prévue pour le mois de septembre.
L’horizon des ordinations épiscopales illicites annoncées par la FSSPX suscite une vive inquiétude chez le prélat franco-espagnol. Face à ce passage à l’acte imminent, le cardinal Bustillo n’a pas caché sa gravité, redoutant une véritable et douloureuse fracture pour l’Église si ces consécrations devaient avoir lieu malgré les efforts de dialogue. Il a tenu à rappeler les gestes paternels posés par le passé, notamment la levée des excommunications par Benoît XVI, qu’il qualifie de témoignage puissant de la maternité de l’institution ecclésiale. Une rupture formelle serait d’autant plus tragique, souligne-t-il, qu’elle interviendrait un peu plus d’un an après l’inauguration d’un pontificat profondément axé sur les notions de paix et d’unité.
Ce désir de communion irrigue également sa réflexion sur la place de la messe célébrée selon le missel ancien. Loin des postures de méfiance, le cardinal estime que la liturgie dans sa forme traditionnelle ne constitue nullement une atteinte à l’unité de l’Église. S’appuyant sur la coexistence pacifique des rites oriental, ambrosien ou mozarabe, il considère cette sensibilité priante comme l’expression d’une diversité légitime. Le péril, prévient toutefois l’évêque, ne réside pas dans le rite lui-même, mais survient lorsque la quête de radicalité se fige en rigidité et que l’idéal se transforme en idéologie. Dans cette perspective, il incombe aux évêques d’apporter des réponses pastorales fondées sur la cohésion ecclésiale et non sur des tensions idéologiques, la liturgie devant demeurer par essence un principe d’unité.
Interrogé sur un éventuel assouplissement des restrictions imposées à l’ancienne liturgie par le motu proprio Traditionis Custodes, le cardinal a fait preuve de prudence et de sens ecclésial. Refusant d’opposer les pontifes, il a expliqué qu’il serait dangereux de renvoyer l’image d’un pape François qui aurait eu tort face à un pape Léon XIV qui viendrait régler les problèmes. Privilégiant la continuité et le perfectionnement inhérents au magistère de l’Église, il s’est dit confiant dans la capacité de Léon XIV, bien au fait des difficultés réelles rencontrées notamment sur le terrain français, à formuler une réponse qu’il espère juste et ajustée.
Cette réflexion romaine s’est achevée sur un regard empreint d’espérance concernant l’avenir du catholicisme en France. Le prélat, qui profitait de son séjour pour présenter son dernier ouvrage paru aux éditions San Paolo (La necessità di riparare), constate un véritable frémissement spirituel. Sans crier victoire prématurément, il perçoit au sein de la société une authentique soif de Dieu, particulièrement vive chez les plus jeunes. Cet élan exige selon lui des pasteurs une grande proximité, car c’est du temps offert et de cette présence que naît l’autorité véritable.
C’est dans ce climat de renouveau que l’Hexagone attend avec impatience la venue du pape Léon XIV, perçu comme une autorité morale indispensable. Dressant un parallèle audacieux, le cardinal Bustillo conclut que le Souverain pontife exerce aujourd’hui un leadership éthique et spirituel unique, réveillant l’Occident tout comme saint Jean-Paul II avait su éveiller l’Orient. Une manière de rappeler à des sociétés sécularisées qu’avoir mis Dieu de côté, particulièrement depuis les bouleversements de 1968, ne les a finalement pas rendues meilleures.





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