La décision du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) de réactiver le parlement régional élu en 2020 a ravivé de vives inquiétudes quant à une possible reprise des hostilités dans le nord de l’Éthiopie. L’annonce, diffusée par le comité central du mouvement sur les réseaux sociaux, intervient dans un climat de tensions persistantes autour de l’application de l’Accord de paix de Pretoria.
Le scrutin régional contesté de 2020, qui avait mobilisé environ 2,8 millions d’électeurs selon le TPLF, avait été l’un des éléments déclencheurs de la guerre dévastatrice ayant opposé les forces fédérales éthiopiennes aux autorités du Tigré entre 2020 et 2022. Ce conflit meurtrier a causé la mort d’au moins 600 000 personnes et plongé la région dans une crise humanitaire dramatique.
Dans sa publication, le comité central du TPLF justifie le rétablissement de l’Assemblée du gouvernement du Tigré en affirmant que celle-ci avait été « suspendue au nom de la paix ». Un haut responsable du Front, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat auprès des médias locaux, a précisé que cette mesure était une réaction directe aux violations présumées de l’Accord de Pretoria par le gouvernement fédéral. « Le gouvernement fédéral viole l’Accord de Pretoria sans que nous ayons été consultés », a-t-il déclaré.
L’Accord de cessation permanente des hostilités, signé le 2 novembre 2022 en Afrique du Sud sous l’égide de l’Union Africaine, prévoyait la mise en place d’une administration provisoire dans la région septentrionale. Celle-ci, établie par le dialogue entre les parties, devait assurer la transition jusqu’à l’organisation de nouvelles élections et remplacer les autorités issues du scrutin non reconnu par Addis Abeba.
Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, le TPLF, qui a dominé la vie politique éthiopienne durant trois décennies, n’est plus un parti enregistré légalement. Il conserve néanmoins une influence significative dans la région du Tigré. Le geste posé par le comité central est perçu par les observateurs comme un défi majeur à l’autorité fédérale et à l’équilibre fragile instauré par les accords de paix.
Sur le terrain humanitaire, la situation demeure critique. Les organisations internationales estiment que près de 80 % de la population du Tigré nécessite une assistance d’urgence. La précarité des financements et les difficultés d’accès pèsent lourdement sur un système de santé déjà exsangue. Au plus fort de la crise, plus de 1 300 décès ont été directement liés au manque de nourriture et de médicaments, un bilan qui illustre l’ampleur des besoins non satisfaits.
Alors que le spectre d’une nouvelle escalade de violence plane sur la Corne de l’Afrique, les signaux envoyés par les différentes parties rappellent la fragilité d’une paix obtenue au prix de centaines de milliers de vies.





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