Au nord de l’Éthiopie, la reprise de Mekele par les forces alliées au gouvernement fédéral ne signifie pas le retour de la paix. Les combattants du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) se sont retirés de la capitale régionale début octobre, alors que le contrôle de l’aéroport faisait l’objet de violents affrontements. Les liaisons aériennes commerciales ont repris le 11 octobre, mais les tensions avec l’Érythrée et la fragilité de l’accord de paix de 2022 entretiennent la crainte d’un nouvel embrasement.
Photographie d’archives : la croix de Choma à Mekele ; cette image n’illustre pas les combats actuels.
Un contrôle militaire retrouvé, mais une sécurité incertaine
Selon Associated Press, les forces favorables au gouvernement d’Addis-Abeba ont repris Mekele après le retrait des combattants du TPLF le 3 octobre. L’aéroport Alula Aba Nega, enjeu stratégique des opérations, a changé de contrôle au cours de l’escalade. Des témoignages recueillis par les agences font état de tirs et de pillages, dans un contexte où les communications et l’accès indépendant à certaines zones demeurent difficiles.
La reprise des vols d’Ethiopian Airlines le dimanche 11 octobre a constitué un signe de rétablissement partiel des transports. Elle ne prouve toutefois pas que toutes les conditions de sécurité sont revenues. Un ancien dirigeant du Tigré, devenu conseiller du Premier ministre Abiy Ahmed, a promis des changements visibles dans la région. Ces déclarations doivent encore être jugées sur leurs conséquences pour les habitants.
Le spectre de la guerre de 2020 à 2022
Le Tigré a déjà connu une guerre dévastatrice entre 2020 et 2022. L’accord conclu à Pretoria devait ouvrir une phase de désarmement et de réconciliation. La reprise des combats rappelle la fragilité de ce processus : rivalités internes, ressentiments anciens et affrontements entre forces rivales continuent de menacer les populations.
La confrontation dépasse les seules frontières régionales. Le gouvernement éthiopien accuse l’Érythrée de soutenir ses adversaires, ce que celle-ci conteste. Ces accusations ne doivent pas être présentées comme des faits démontrés en l’absence de vérification indépendante. Dans la Corne de l’Afrique, les alliances changeantes peuvent toutefois transformer rapidement une crise intérieure en conflit régional.
La priorité doit rester la protection des populations
Les habitants du Tigré ne peuvent être ramenés à une carte des positions militaires. La guerre détruit des familles, arrache des enfants à leurs écoles, interrompt les soins et prive les communautés de leurs lieux de culte. Les fidèles catholiques et les autres communautés chrétiennes partagent les souffrances de leurs voisins ; leur sécurité et leur liberté de pratiquer leur foi ne peuvent dépendre des fluctuations du front.
La doctrine sociale de l’Église rappelle les devoirs des autorités envers la dignité humaine et le bien commun. La recherche de la paix exige davantage qu’une victoire tactique : protection des civils, accès humanitaire, justice, dialogue et respect des engagements pris. LeCatho refuse la banalisation des crimes contre les innocents, quelle qu’en soit l’origine.
La vigilance portera maintenant sur la solidité du cessez-le-feu, la situation humanitaire et le comportement des forces présentes à Mekele. Le retour d’avions commerciaux ne saurait, à lui seul, tenir lieu de réconciliation.





Conversation des fidèles
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