Médecin de formation et membre de la prélature de l’Opus Dei, Mgr Joseph Maria Bonnemain a pris les rênes du diocèse suisse de Coire il y a un peu plus d’un an. Plongé dans une réalité pastorale complexe, le prélat de 73 ans dresse aujourd’hui un premier bilan de son épiscopat, marqué par de profonds défis internes et des débats sociétaux récurrents. Loin de se dérober, l’évêque aborde avec franchise la question de l’ordination des femmes, les tensions diocésaines et sa vision de l’œcuménisme, en s’appuyant sur une fidélité inébranlable à l’enseignement de l’Église.
Interrogé par le portail protestant reformiert.info sur la possibilité de voir des femmes accéder à la prêtrise dans les cinquante prochaines années, l’évêque de Coire s’est montré catégorique. Rappelant la conviction séculaire de l’Église, il a souligné que la volonté du Christ s’est manifestée différemment, Jésus ayant délibérément choisi des hommes pour le ministère sacerdotal. Si l’évêque reconnaît volontiers que l’ordination confère un pouvoir d’agir au nom du Christ, il rappelle que le sacerdoce ministériel demeure avant tout au service du sacerdoce commun de tous les baptisés. À ses yeux, l’Église a d’ailleurs un besoin croissant de femmes qui vivent pleinement ce sacerdoce baptismal.
Face aux objections sur la répartition des responsabilités, Mgr Bonnemain salue les avancées récentes impulsées par le pape Léon XVI, qui a promulgué des décrets permettant la nomination de femmes aux plus hautes instances du Vatican, des fonctions jusqu’alors strictement réservées aux cardinaux. Quant à sa position intime sur le sacerdoce féminin, le prélat refuse toute démarche individualiste : rappelant que l’Église catholique et l’ensemble de l’orthodoxie considèrent l’ordination exclusivement masculine comme un principe de foi fondamental, il affirme ne pas vouloir cultiver d’opinion personnelle, choisissant de faire corps avec la conviction de l’Église universelle.
Cette volonté d’unité et de pacification guide également son action au sein de son diocèse, historiquement traversé par de vives tensions entre fidèles conservateurs et sensibilités plus progressistes. Fort de son expérience médicale, l’évêque compare la situation de l’Église de Coire à une maladie de peau insidieuse : les blessures qui semblent guéries nécessitent des soins constants sous peine de se rouvrir. Il accepte cependant ces meurtrissures comme faisant partie intégrante du Corps du Christ, rappelant que le Seigneur ressuscité portait lui-même ses plaies.
Ce délicat processus de guérison s’est récemment heurté aux remous provoqués par la mise en place d’un code de conduite de trente pages, élaboré conjointement avec l’Église catholique du canton de Zurich pour prévenir les abus spirituels et l’exploitation sexuelle. Si la nécessité de protéger les plus vulnérables fait l’unanimité, certains passages du texte ont suscité l’inquiétude du cercle sacerdotal de Coire. Ces prêtres conservateurs ont pointé du doigt une clause demandant de renoncer aux évaluations négatives fondées sur l’orientation sexuelle, y voyant une contradiction avec la clarté du Catéchisme de l’Église catholique. La polémique s’est enflammée lorsque la chargée de prévention, Karin Iten, a déclaré que le code visait à s’éloigner d’une « morale sexuelle discriminatoire ». Soucieux de préserver l’intégrité de la doctrine, Mgr Bonnemain a publiquement regretté, auprès du portail Kath.net, que sa collaboratrice se soit prononcée sur des questions proprement théologiques, s’attirant en retour les critiques de la présidente du conseil synodal zurichois. L’évêque maintient néanmoins le cap : ce code vise avant tout à transformer la culture de l’Église pour que le pouvoir soit vécu comme un service et non comme un outil de domination. Il refuse d’ailleurs de l’imposer par la menace, préférant miser sur la persuasion.
Lors de sa première année d’épiscopat, l’évêque a été profondément marqué par l’administration du sacrement de confirmation aux jeunes, mais aussi par ses visites pastorales dans les périphéries. Accompagné de Sœur Ariane, il a ainsi arpenté la Langstrasse, le quartier rouge de Zurich, la veille de Noël et le Vendredi saint, bouleversé par ses rencontres avec des réfugiés, des prostituées et des toxicomanes.
C’est cette même profondeur spirituelle qu’il appelle de ses vœux dans le dialogue œcuménique. S’il se réjouit de la bonne collaboration pratique avec l’église réformée, Mgr Bonnemain regrette un manque cruel de mystique dans ces échanges. Refusant de se contenter d’une simple « diversité réconciliée », l’évêque de Coire exhorte les chrétiens à cultiver la nostalgie de l’unité véritable. Pour le prélat, l’œcuménisme ne doit pas se limiter à l’action commune, mais s’enraciner dans l’être, et singulièrement dans le mystère eucharistique. Il invite ainsi tous les croyants à s’interroger sur leur foi en la présence réelle et concrète de Jésus-Christ, clef de voûte de la communion véritable à laquelle le Christ appelle ses disciples.





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