Le gouvernement nationaliste hindou de New Delhi vient de franchir une nouvelle étape dans le contrôle des institutions recevant des financements internationaux. Selon de nouvelles directives, les organisations non gouvernementales et les communautés religieuses indiennes font désormais l’objet d’un encadrement drastique de leurs activités, une mesure qui va jusqu’à l’interdiction stricte de toute œuvre missionnaire.
D’après les informations relayées par le quotidien national Indian Express, le nouveau cadre réglementaire redéfinit de manière très restrictive le champ d’action autorisé pour les entités bénéficiant de dons étrangers. Le texte stipule que toute forme d’évangélisation est formellement prohibée. La loi exclut également de manière explicite toute tentative de « revitalisation » des pratiques religieuses anciennes propres aux populations autochtones. En cas d’infraction à ces directives, les autorités prévoient des sanctions particulièrement sévères : le refus systématique de l’enregistrement étatique, un sésame indispensable à leur fonctionnement légal, voire la saisie pure et simple de leurs biens. En revanche, le gouvernement autorise toujours l’utilisation de ces fonds internationaux pour la construction, la rénovation et l’entretien matériel des lieux de culte, qu’il s’agisse d’églises, de temples hindous, de mosquées, de synagogues, de monastères ou de sanctuaires sikhs.
Cette offensive législative s’inscrit dans un contexte de surveillance administrative et financière déjà très pesant pour la société civile. Avant même l’adoption de ces nouvelles mesures, les ONG et les groupes religieux étaient tenus de déclarer rigoureusement aux autorités l’origine et l’affectation de chaque aide internationale, en justifiant leur bonne utilisation. De surcroît, l’ensemble de ces flux financiers doit obligatoirement transiter par la Banque d’État de l’Inde. Ces contraintes logistiques frappent de plein fouet les structures ecclésiales, englobant les diocèses, les congrégations religieuses, les établissements d’enseignement, les hôpitaux ainsi que les nombreuses associations caritatives catholiques œuvrant sur le territoire.
Face à l’imminence de ce tour de vis, la Conférence épiscopale indienne avait exprimé sa vive inquiétude dès le mois de mai dernier. Les évêques catholiques avaient fermement rejeté ce projet de loi, dénonçant une violation de la Constitution nationale et une entrave intolérable aux droits fondamentaux des minorités religieuses du pays, dont la liberté de culte et de témoignage public se trouve aujourd’hui directement menacée par la loi.
Cette limitation juridique de l’action missionnaire contraste singulièrement avec le poids social et spirituel de l’Église dans le sous-continent. Si les 18 millions de catholiques ne représentent qu’une infime minorité — moins de 2 % — de la population indienne estimée à 1,38 milliard d’habitants, leur rayonnement au service du bien commun est immense. Les institutions catholiques assurent en effet un cinquième de l’offre éducative nationale, prennent en charge un quart des programmes de soutien aux veuves et aux orphelins, et dispensent près d’un tiers des soins médicaux destinés aux malades de la lèpre et du sida. L’Inde demeure par ailleurs, à l’échelle mondiale, le pays suscitant le plus grand nombre de vocations sacerdotales ; une vitalité ecclésiale florissante qui devra désormais s’exercer dans un périmètre légal de plus en plus contraint.





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