À l’approche du cinquième centenaire des apparitions mariales de 1531, le pape Léon XIV a adressé un message soulignant les fondements d’une authentique inculturation de l’Évangile. S’adressant aux participants du Congrès théologico-pastoral sur l’événement guadalupéen, réuni à Mexico du 24 au 26 février 2026, le pontife a mis en garde contre toute tentation de sacraliser les cultures, proposant la Vierge de Guadalupe comme le modèle achevé de la pédagogie divine.
Cet événement international, organisé conjointement par la Commission pontificale pour l’Amérique latine, la Conférence de l’épiscopat mexicain, les Chevaliers de Colomb et l’Académie pontificale mariale internationale, s’inscrit dans la préparation du grand jubilé de 2031. À travers son message, le pape vient poser les jalons théologiques et pastoraux de la mission de l’Église, une préoccupation familière pour Léon XIV qui, le 12 décembre 2025, s’était longuement recueilli devant la « Morenita » après avoir présidé la messe en son honneur dans la basilique Saint-Pierre.
Dans sa réflexion, le Saint-Père rappelle d’emblée que Dieu a choisi de se révéler en entrant progressivement dans l’histoire et en dialoguant avec la liberté humaine, plutôt qu’en imposant une vérité de l’extérieur. L’évangélisation consiste fondamentalement à rendre Jésus-Christ présent et accessible, afin d’introduire chaque personne dans une relation vivante avec lui. Dès lors, l’annonce chrétienne s’inscrivant toujours dans une réalité concrète, l’inculturation ne saurait être perçue comme une simple stratégie pastorale ou une concession secondaire. Le pape y voit une exigence intrinsèque de la mission, qui implique d’assumer les langues, les symboles et les sensibilités des peuples, considérés comme des lieux réels de l’action de la grâce.
Toutefois, Léon XIV prend soin de délimiter rigoureusement ce processus pour éviter les dérives. Il souligne avec fermeté que l’inculturation ne signifie en aucun cas une sacralisation des cultures ni une accommodation relativiste. Aucune réalité culturelle, aussi précieuse soit-elle, ne peut s’ériger en critère ultime de la foi. Le pontife avertit du danger de légitimer des visions du monde, des structures ou des pratiques qui contrediraient l’Évangile et la dignité humaine. Toute culture nécessite d’être illuminée et transformée par la grâce issue du mystère pascal.
Le véritable processus d’inculturation, ajoute-t-il, est exigeant et purificateur. Il s’agit de discerner les « semina Verbi » – les semences du Verbe – présentes dans les traditions, de les libérer de ce qui les défigure et d’élever leurs valeurs authentiques, en trouvant dans le Christ leur plénitude absolue.
C’est dans cette perspective exigeante que les événements du Tepeyac prennent tout leur sens. Pour le pape, sainte Marie de Guadalupe illustre parfaitement cette pédagogie divine. Loin de canoniser ou d’absolutiser les catégories de l’époque, et sans pour autant les mépriser, la Vierge les a assumées et transfigurées pour en faire un lieu de rencontre avec le Christ. Par son approche respectueuse et son langage intelligible, elle conduit le peuple avec fermeté et délicatesse vers le fruit béni de son sein. Le message pontifical précise ainsi que l’événement guadalupéen est un critère permanent pour la mission de l’Église : annoncer le vrai Dieu sans l’imposer, tout en refusant de diluer la radicale nouveauté de sa présence salvatrice.
Le pape a achevé son message en confiant cette vaste tâche pastorale et la route vers le cinquième centenaire à l’intercession de grandes figures de la sainteté américaine, invoquant saint Toribio de Mogrovejo, saint Junípero Serra, le bienheureux Sebastián de Aparicio, sainte Mama Antula, sainte Mariana de Jésus et saint Francisco Solano. En appelant enfin sainte Marie de Guadalupe, Étoile de la nouvelle évangélisation, à inspirer chaque initiative de l’Église, le pontife réaffirme la vocation missionnaire inaltérable du continent.





















