L’annonce d’un accord historique entre les États-Unis et l’Iran suscite un espoir prudent, intimement mêlé de tristesse, au pays du Cèdre. Alors qu’un mémorandum visant à mettre un terme au conflit au Moyen-Orient doit être officiellement signé ce vendredi, les habitants de Tyr, grande ville côtière du sud du Liban autrefois prisée pour ses étés idylliques, découvrent avec effroi l’ampleur des destructions causées par les récents bombardements.
La diplomatie internationale s’efforce d’imposer le silence des armes dans une région exsangue. Le pape Léon XIV a chaleureusement salué cette avancée, tout en restant lucide sur la complexité des questions en suspens. S’exprimant mardi dernier au moment de quitter la résidence pontificale de Castel Gandolfo après son repos hebdomadaire, le Saint-Père a rendu grâce à Dieu pour la conclusion de ce mémorandum. Reconnaissant qu’il restait encore plusieurs points à établir, le pontife a tenu à rappeler avec fermeté qu’il est toujours préférable d’avancer par le dialogue et la négociation plutôt que de retourner à la guerre. Cette espérance en faveur d’un dialogue continu a été réitérée par l’évêque de Rome dès le lendemain, lors de son audience générale du mercredi.
Les contours concrets de cet accord pour le Liban demeurent toutefois incertains, d’autant que ni Israël ni le mouvement chiite Hezbollah n’en sont signataires. Si Téhéran exige le retrait de l’armée israélienne de la vaste zone qu’elle occupe dans le sud du pays, le texte intermédiaire se contente de garantir formellement l’intégrité territoriale du Liban, sans mentionner explicitement ce retrait. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, n’a d’ailleurs pas encore réagi à l’accord. L’État hébreu avait précédemment promis de maintenir ses soldats sur le sol libanais, tandis que le Hezbollah a réaffirmé son engagement à la résistance. Les affrontements, qui se poursuivaient encore mercredi dans plusieurs localités méridionales, menacent de faire dérailler ce fragile compromis. Jeudi matin, l’Agence nationale d’information libanaise a ainsi rapporté de nouvelles frappes de drones israéliens, dont l’une a pulvérisé une voiture dans la ville de Kfar Tebnit, faisant un mort et un blessé grave, sans susciter de commentaire immédiat de la part d’Israël.
Le bilan humain de ce conflit est accablant. Selon les autorités libanaises, près de 3 900 personnes ont perdu la vie et plus d’un million d’habitants ont été jetés sur les routes. Du côté israélien, le bureau du Premier ministre fait état de deux civils tués dans le nord du pays, ainsi que d’une trentaine de soldats et d’un sous-traitant de la défense tombés dans le sud du Liban ou à ses abords.
À Tyr, une semaine après les ordres d’évacuation israéliens suivis de frappes massives visant les positions du Hezbollah, les déplacés rentrent pour constater les dégâts. Résidant en Allemagne mais habitué à passer ses étés au Liban, Adnan Kaour a retrouvé son appartement familial, qui surplombait la Méditerranée, réduit à un amas de gravats et de verre brisé. Par chance, sa famille se trouvait à l’étranger lors des bombardements. Contrairement aux bâtiments voisins totalement rasés, son immeuble, qui abrite au rez-de-chaussée une pâtisserie populaire et un magasin d’électronique, tient encore debout. Soulagé d’avoir eu la vie sauve, il confie son espoir de voir la paix s’installer définitivement pour que chacun puisse regagner son foyer, assurant que malgré l’exil, son esprit demeure tourné vers son pays.
Dans la rue qui se remplit d’habitants tentant de déblayer les gravats, son voisin de l’étage supérieur, Samih Haidar, affronte la même désolation. Trouvant sa porte scellée par des planches, il a dû patienter jusqu’à ce que deux hommes viennent en retirer les vis. En se glissant par l’entrebâillement, il a découvert un intérieur ravagé : meubles fracassés, débris et cuisine incendiée à la suite de la frappe. Il ignore ce que sont devenus les réfugiés à qui il avait prêté ce logement, supposant qu’ils ont dû fuir de nouveau. Malgré le choc, il s’efforce de garder espoir, aspirant à retrouver la sécurité et la stabilité pour tous.
À 80 kilomètres plus au nord, le scepticisme domine parmi les familles déplacées massées sur le front de mer de la capitale, Beyrouth. Épuisés par des mois d’attente dans des tentes, sur des bancs ou à même le sol, beaucoup doutent de la solidité de l’accord américano-iranien et de la possibilité de retrouver leur maison dans des zones frontalières presque entièrement démolies. Mohammed Ashmar, originaire du village de Deir Seryan, affirme ne ressentir aucun soulagement et refuse d’y croire tant qu’il n’aura pas physiquement regagné son domicile.
Face à cette urgence absolue, la ministre libanaise des Affaires sociales, Haneen Sayed, a profité jeudi de la visite de dignitaires étrangers pour lancer un appel. Soulignant l’ampleur des besoins humanitaires et le défi colossal que représenteront le retour des déplacés et la reconstruction, elle a rappelé que le peuple libanais méritait de retrouver la paix, de rebâtir ses communautés et de regarder vers l’avenir avec confiance et espérance.





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