La liberté de culte au Nicaragua continue de se réduire de manière drastique sous la pression du régime sandiniste. Selon les dernières données documentées par la chercheuse Martha Patricia Molina, d’ici la célébration de la Semaine Sainte de cette année 2026, le gouvernement de Daniel Ortega aura interdit un total vertigineux de plus de 27 000 processions et actes de piété populaire depuis 2019. Ce chiffre témoigne de l’ampleur des restrictions imposées à l’Église catholique dans ce pays d’Amérique centrale.
Dans son rapport intitulé « Nicaragua : Une Église persécutée », Martha Patricia Molina détaille que pour le seul temps du Carême 2026, qui a débuté le 18 février, ce sont précisément 5 726 processions qui ont été prohibées. Ces interdictions frappent l’ensemble du territoire, affectant 409 paroisses réparties dans les neuf juridictions ecclésiastiques du pays, soit l’archidiocèse de Managua et les huit autres diocèses.
Le mécanisme de cette censure est désormais bien rodé et repose sur l’intervention directe des forces de l’ordre. Selon les informations recueillies par la chercheuse et transmises à l’agence ACI Prensa, ce sont les chefs de la police ou leurs subordonnés qui notifient les prêtres des interdictions, ordonnant que toutes les activités religieuses se déroulent strictement à l’intérieur des églises. Seules quelques rares paroisses ont obtenu l’autorisation de réaliser une brève procession autour du pâté de maisons de leur temple.
Outre les chiffres du Carême, le rapport précise que plus de 4 500 autres interdictions concernent des fêtes majeures telles que la Fête-Dieu (Corpus Christi), le Christ-Roi ou la Commémoration des fidèles défunts. La chercheuse note une constance dans cette politique répressive, rappelant qu’en 2023, 2024 et 2025, le nombre de processions annulées s’élevait déjà à 5 600 par an.
Le contrôle administratif s’est par ailleurs intensifié pour cette année 2026. La police exige désormais que plusieurs paroisses soumettent leur programme détaillé pour la Semaine Sainte. Les autorités imposent aux prêtres de rédiger des courriers aux chefs de police pour solliciter des autorisations, en précisant des détails minutieux tels que la quantité exacte de feux d’artifice prévus et l’identité des personnes chargées de les manipuler.
Cette stratégie d’étouffement a des conséquences visibles sur la vie liturgique publique. Le traditionnel et populaire « Chemin de Croix pénitentiel » de Managua, qui rassemble habituellement une foule nombreuse, ne pourra pas avoir lieu. Parallèlement à ces interdictions, l’État tente d’occuper le terrain religieux : les municipalités organisent leurs propres activités pour la Semaine Sainte, sans l’autorisation ni la participation de l’Église catholique, créant une confusion délibérée.
Interrogée sur la situation, Martha Patricia Molina dénonce une anomalie démocratique grave. « Au Nicaragua, rien n’est normal ; les actes religieux qui se déroulent sans problème dans la plupart des pays démocratiques ne peuvent avoir lieu chez nous », explique-t-elle, soulignant que le Nicaragua est le seul pays du continent américain où une dictature persécute des chrétiens uniquement en raison de leur profession de foi.
La chercheuse établit un parallèle spirituel avec l’Évangile du premier dimanche de Carême, évoquant la figure du démon tentant le Christ en utilisant les Écritures pour tromper. Elle met en garde contre la rhétorique du couple présidentiel, Daniel Ortega et Rosario Murillo, qui emploient fréquemment un vocabulaire religieux. « Ils parlent de l’amour du prochain, de l’amour de Dieu et de l’Évangile », observe-t-elle, « mais nous devons demander à Dieu de ne pas nous laisser tromper par ces faux messages ».
Pour Mme Molina, la réalité contredit les discours officiels : les fidèles qui se rendent à l’église pour la messe, pour prier ou pour accomplir des promesses – des actes qui ne nuisent à personne – voient leurs pratiques criminalisées, le régime les considérant comme des obstacles à son projet révolutionnaire.





















