L’année 2026 s’ouvre sur une note sombre pour la liberté religieuse en Asie. Dans l’État d’Odisha, un pasteur a vécu un véritable chemin de croix moderne. Le pasteur Bipin Bihari Naik, 35 ans, a été brutalisé par une foule de nationalistes hindous, humilié et forcé de marcher sur des épines, rappelant les souffrances du Christ, tandis que les forces de l’ordre restaient spectatrices de son calvaire.
Voici le récit détaillé d’une agression qui secoue la communauté chrétienne internationale et pose la question urgente de la protection des minorités religieuses.
Une liturgie de la haine : Chronologie de l’agression
Le 4 janvier dernier, alors que le pasteur Naik célébrait un culte dans son église de maison au village de Parjang (district de Dhenkanal), la violence a fait irruption. Environ 40 membres du Bajrang Dal, l’aile jeunesse du groupe extrémiste Vishwa Hindu Parishad (VHP), accompagnés de « vigilants de la vache » (Gau Rakshaks), ont envahi les lieux.
Leur objectif n’était pas le dialogue, mais la terreur. Sans sommation, ils ont traîné le pasteur hors de chez lui. Lorsque ce dernier a tenté de passer son téléphone à son épouse pour appeler à l’aide, un coup de bâton en bambou a brisé l’appareil, signalant le début d’un lynchage méthodique.
Humiliations rituelles et tortures physiques
La foule, grossissant jusqu’à 150 personnes, a orchestré une procession macabre. Le pasteur a subi des sévices d’une cruauté symbolique inouïe :
- La couronne d’épines inversée : Un assaillant a déclaré : « Jésus a été forcé de marcher sur des épines, alors traitons-le de la même manière ». Ils ont répandu des branches aux épines acérées sur la route, forçant Bipin Bihari Naik à marcher dessus pieds nus.
- L’impureté rituelle : Ils ont tenté de lui faire boire de l’eau mélangée à de la bouse de vache, une substance sacrée pour les hindous mais utilisée ici comme outil de souillure pour le chrétien. Le pasteur a serré les lèvres pour résister.
- La parodie de culte : Traîné devant une effigie du dieu Hanuman, visage barbouillé de safran, il a été sommé de chanter « Jai Shri Ram ». Sa réponse fut un cri de foi : « Jai Yeshu » (Gloire à Jésus), ce qui lui valut une nouvelle pluie de coups.
Ce déchaînement de violence a causé des dommages physiques durables, notamment une perte d’audition partielle due à des centaines de gifles et un écoulement purulent de l’oreille, nécessitant probablement un scanner.
La faillite des institutions : Quand la police devient complice
Ce qui distingue ce cas tragique d’un simple fait divers, c’est l’attitude scandaleuse des autorités. Bandana Naik, l’épouse du pasteur, a couru au poste de police, attendant deux heures et demie que les officiers daignent intervenir.
Le témoignage est accablant :
- Refus d’assistance : Les policiers ont croisé le cortège de torture sans s’arrêter.
- Chantage administratif : Au lieu d’enregistrer une plainte (FIR) immédiate, la police a forcé le pasteur, ensanglanté, à signer des papiers blancs et une déclaration affirmant que la foule avait simplement « mal compris » ses activités.
- Justification idéologique : Un officier a même osé justifier l’inaction en évoquant le sort des hindous au Bangladesh, opérant une vengeance par procuration intolérable sur un citoyen indien innocent.
« Quand mon calvaire ne s’arrêtait pas et que la police ne montrait aucune intention de me sauver, j’ai remis mon esprit à Jésus, sachant qu’ils allaient me tuer » — Pasteur Bipin Bihari Naik.
Un contexte national alarmant pour les Chrétiens en Inde
Cette affaire n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une dégradation continue de la liberté religieuse depuis l’arrivée au pouvoir du Bharatiya Janata Party (BJP) en 2014. Selon l’organisation Open Doors, l’Inde se classe désormais au 12ème rang des pays où il est le plus difficile d’être chrétien en 2026.
Les accusations de « conversions forcées » servent régulièrement de prétexte pour attaquer les petites communautés protestantes et évangéliques. Le pasteur Naik, qui vit dans ce village depuis huit ans, affirme n’avoir jamais forcé personne : « Je n’ai fait que discipuler ceux qui croyaient en Jésus ».
Conséquences et fuite
Aujourd’hui, le pasteur et sa famille (comprenant deux filles de 10 et 13 ans, traumatisées) ont dû fuir leur domicile. Ils vivent cachés à plus de 70 kilomètres de leur village, sans espoir de retour, leur propriétaire ayant été menacé de mort s’il les logeait à nouveau.
Malgré la douleur, la réponse du pasteur reste empreinte d’une grâce surnaturelle : « Jésus a tellement souffert pour nous ; ma souffrance n’est rien comparée à celle de mon Seigneur ».
Le cas du pasteur Naik est un rappel brutal que la foi chrétienne reste un risque mortel dans certaines régions du monde. Alors qu’un pasteur doit choisir entre renier sa foi ou marcher sur des épines, le silence de la communauté internationale devient assourdissant. Il est impératif de soutenir ces confesseurs de la foi par la prière et l’action diplomatique, afin que l’impunité ne devienne pas la norme dans la plus grande démocratie du monde.





















