L’Église d’Espagne s’apprête à vivre un moment historique avec l’ouverture officielle de la cause de canonisation du père Angel Ayala. Ce jésuite visionnaire, fondateur de l’Association Catholique de Propagandistes (ACdP), a marqué le XXe siècle par son audace évangélique et sa capacité à former des leaders laïcs engagés au cœur de la cité. Le 20 février prochain marquera une étape décisive pour la mémoire de ce prêtre hors du commun.
Qui était le Pere Angel Ayala, le « Père » des Propagandistes ?
Né en 1867 et rappelé à Dieu en 1960, le père Angel Ayala ne fut pas seulement un prêtre de la Compagnie de Jésus ; il fut l’architecte d’un renouveau spirituel et social sans précédent. En 1908, inspiré par la spiritualité de saint Louis de Gonzague, il réunit huit jeunes hommes, dont le futur cardinal Angel Herrera Oria, avec une question simple : « Voyons ce que le Seigneur veut de nous. »
Cette intuition a donné naissance à l’ACdP, une association de fidèles laïcs dédiée à l’évangélisation de la vie publique. Aujourd’hui, cette œuvre gère le plus grand réseau éducatif d’Espagne, ayant formé plus de 250 000 étudiants. Le rayonnement du père Angel Ayala dépasse donc largement le cadre ecclésial pour toucher les structures mêmes de la société civile. Son influence se fait encore sentir dans les institutions qu’il a contribué à bâtir, prouvant que sa vision était prophétique.
Une sainteté forgée dans les épreuves de l’histoire
La vie du père Angel Ayala est un témoignage de résilience absolue. Son ministère s’est déployé dans un contexte espagnol marqué par une sécularisation agressive et des violences religieuses extrêmes. Il a dû naviguer à travers des périodes de turbulences majeures qui auraient pu briser n’importe quelle œuvre naissante :
- La Semaine Tragique de 1909 : Une période de révoltes où des couvents et des églises furent incendiés à Barcelone.
- La dissolution de la Compagnie de Jésus : Sous la Seconde République, il a vu son ordre interdit et ses frères dispersés.
- La Guerre Civile (1936-1939) : Il a été contraint à la clandestinité pour poursuivre son service sacerdotal.
Malgré un tempérament de feu, ses contemporains décrivent un homme d’une humilité profonde et d’un empire total sur lui-même. C’est cette force intérieure qui lui a permis de lancer des laïcs sur les scènes de théâtres et dans les arènes pour prêcher la foi, là où personne n’osait plus aller. Le courage du père Angel Ayala était contagieux, transformant des jeunes gens timides en apôtres infatigables.
Les « élites sélectionnées » : une vision moderne de l’apostolat
L’une des contributions les plus originales du père Angel Ayala est son concept de « minorités sélectionnées ». Si le terme peut paraître élitiste avec nos critères contemporains, il revêtait chez lui un sens purement apostolique et missionnaire.
Pour lui, un « chef » ou un membre « sélectionné » pouvait être aussi bien un ouvrier évangélisant ses collègues à l’usine qu’un professeur d’université. L’objectif était de former des apôtres sans peur et sans lâcheté, capables d’habiter la sphère publique avec la lumière de l’Évangile. Il refusait la médiocrité et appelait chaque baptisé à viser l’excellence dans son domaine professionnel pour mieux témoigner du Christ.
« Sans la primauté du spirituel, nous ne sommes que des leaders politiques ou syndicaux » – répétait-il souvent pour recentrer l’action de ses disciples.
La cause de canonisation du père Angel Ayala : un processus prometteur
Le 20 février prochain, à l’occasion du 66e anniversaire de son décès, la phase diocésaine de la cause de canonisation du père Angel Ayala sera officiellement lancée. Pablo Sanchez Garrido, le postulateur national de la cause au sein de l’ACdP, se montre particulièrement optimiste quant à la rapidité de la procédure.
Le travail préparatoire a été colossal pour garantir un dossier solide auprès de la Curie romaine :
- Recherches historiques approfondies : Une documentation exhaustive a été compilée par une commission d’experts dédiée.
- Collecte de témoignages : De nombreux récits ont été recueillis, notamment auprès de personnes très âgées, pour préserver la mémoire vive de son action et de ses vertus.
- Découvertes audiovisuelles inédites : Des images Super 8 du Pere Ayala à l’âge de 90 ans ont été retrouvées, montrant un homme rayonnant de paix et de joie.
Ces documents montrent le jésuite prodiguant des conseils spirituels aux missionnaires partant pour le Chili. On y découvre un visage paternel, loin de l’image austère que certains auraient pu imaginer.
Un message final : l’importance de la joie spirituelle
Dans un enregistrement sonore exclusif intitulé Conseils d’un cher vieillard, le père Angel Ayala insiste sur une dimension essentielle de la vie de foi : la joie. « Sans joie, il n’y a pas de vie spirituelle », affirmait-il avec force. Pour lui, la tristesse habituelle n’est pas une fatalité, mais le signe d’un déséquilibre intérieur qui peut mener à l’abandon de la vocation.
Cette joie n’était pas un simple optimisme naturel, mais le fruit d’une méditation constante sur la Providence divine. C’est cet héritage que l’ACdP continue de porter aujourd’hui à travers des campagnes de communication audacieuses dans le métro ou sur les réseaux sociaux, ainsi que par des événements populaires comme le Festival de la Résurrection, qui rassemble des milliers de jeunes.




















