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Peut-on adopter un embryon congelé pour lui sauver la vie ? deux experts catholiques s’opposent sur une question morale particulièrement délicate

Illustration de la brève Facebook

Voilà un débat particulièrement intéressant qui s'est déroulé jeudi 22 octobre à Washington, aux États-Unis ! À l'occasion de la fête de saint Jean-Paul II, deux spécialistes catholiques de bioéthique se sont retrouvés au sanctuaire national dédié au pape polonais pour discuter d'une question délicate, à savoir si nous pouvons moralement accueillir dans son sein un embryon humain conçu par fécondation in vitro, puis congelé et abandonné par ses parents biologiques ? Organisée par l'association pro-vie Defend Life, cette rencontre opposait John Haas, ancien président du National Catholic Bioethics Center, à Elizabeth Rex, chercheuse associée au Charlotte Lozier Institute.

Rappelons d'abord le problème ! Avec la fécondation in vitro, plusieurs embryons humains peuvent être conçus en laboratoire, sans être tous immédiatement transférés dans l'utérus de leur mère. Certains sont alors congelés et conservés pendant des années, parfois sans aucun projet parental. Or, pour l'Église catholique, ces embryons ne sont pas de simples cellules dont on pourrait disposer librement car il s'agit d'êtres humains auxquels sont dus le respect et la protection de leur vie dès la conception. Face à cette situation, certains proposent une adoption prénatale où une femme accepterait de porter un embryon congelé dont elle n'est pas la mère biologique, dans l'espoir de lui permettre de naître. Mais cette démarche, malgré son intention de sauver une vie, est-elle moralement acceptable ?

Pour John Haas, la réponse est non ! L'ancien responsable du National Catholic Bioethics Center considère que l'adoption d'embryons constitue une pratique moralement illicite, notamment parce qu'elle suppose le transfert artificiel d'un embryon dans l'utérus d'une femme qui n'est pas sa mère biologique. Il estime que cette intervention pose des problèmes comparables à ceux déjà condamnés par l'Église dans le domaine de la procréation artificielle. Il souligne également les risques auxquels les embryons sont exposés pendant leur décongélation. Selon lui, il ne serait donc pas permis de provoquer intentionnellement ces risques, même dans l'objectif de sauver une vie. Sa position consiste à maintenir les embryons congelés, tout en reconnaissant le caractère profondément injuste de leur situation.

Mais Elizabeth Rex défend une analyse différente ! Cette spécialiste considère que l'on ne peut pas confondre la fécondation in vitro, clairement condamnée par l'Église, avec une intervention destinée à permettre à un embryon déjà conçu de poursuivre son développement. Elle rappelle qu'une fois conçu, l'embryon est un être humain qui a besoin d'être accueilli et protégé. Selon elle, le transfert dans un utérus peut être considéré comme une assistance apportée à un enfant déjà vivant, plutôt que comme un nouvel acte de procréation artificielle. Elizabeth Rex souligne également que ni le Vatican ni la Conférence des évêques catholiques des États-Unis n'ont formellement approuvé l'adoption d'embryons, mais qu'ils ne l'ont pas non plus condamnée par un jugement définitif spécifique.

C'est précisément sur ce point que John Haas a répondu en s'appuyant sur les documents du Magistère ! En 2008, la Congrégation pour la doctrine de la foi publiait l'instruction Dignitas personae, approuvée par Benoît XVI. Son paragraphe 19 examine le sort des embryons congelés et évoque notamment la possibilité d'une « adoption prénatale ». Le document reconnaît que cette proposition part d'une intention louable, celle de respecter et de défendre la vie humaine, mais souligne qu'elle présente de graves difficultés éthiques. Il conclut que l'abandon de milliers d'embryons constitue une situation d'injustice qui ne peut, en réalité, être réparée. Pour John Haas, ce passage ne peut donc pas être interprété comme une autorisation de l'adoption d'embryons. Il rappelle qu'une bonne intention ne suffit jamais à rendre moralement licite un acte qui ne le serait pas.

Il faut cependant bien distinguer les choses ! La position officielle de l'Église concernant la fécondation in vitro est claire : elle est moralement illicite, car elle dissocie la procréation humaine de l'acte conjugal et porte atteinte à la dignité de la transmission de la vie. La congélation des embryons est également condamnée, notamment en raison des risques qu'elle fait peser sur leur intégrité et leur survie. Quant à l'adoption prénatale, Dignitas personae en souligne les difficultés morales sans présenter une solution universellement reconnue comme licite. Les deux intervenants ne contestent donc pas la dignité des embryons : ils s'opposent sur les moyens qu'il serait moralement permis d'employer pour tenter de les sauver.

Le débat organisé à Washington montre ainsi toute la complexité d'une situation créée par les techniques de procréation artificielle. Comment protéger des êtres humains déjà conçus, mais privés de la possibilité de poursuivre naturellement leur développement ? Peut-on accepter une intervention médicale destinée à les sauver si cette intervention soulève elle-même des objections morales ? Pour le moment, aucune nouvelle décision doctrinale n'a été annoncée à la suite de cette rencontre. John Haas et Elizabeth Rex ont défendu deux interprétations différentes, tandis que les textes officiels de l'Église demeurent la référence indispensable pour examiner cette question avec sérieux.

Source : EWTN News

Source : publication originale de Napo sur Facebook.

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