Une vaste campagne de subversion orchestrée par les services de renseignement russes vise actuellement la présence et l’influence de l’Église catholique sur le continent africain. Selon un récent rapport documenté par l’organisation non gouvernementale Inpact, anciennement connue sous le nom de All eyes on Wagner, Moscou déploie des moyens considérables pour assimiler le Saint-Siège, le Souverain Pontife et les missionnaires à des agents d’un Occident perçu comme décadent. Cette stratégie de déstabilisation, opérée par le réseau Africa Politology – identifié comme le relais d’influence de l’Africa Corps (successeur du groupe paramilitaire Wagner) et du renseignement extérieur russe (SVR) – considère la diplomatie vaticane comme un obstacle stratégique majeur qu’il convient d’affaiblir à tout prix.
Pour mener à bien cette entreprise, les agents russes s’appuient sur une puissante architecture médiatique. Les argumentaires, initialement conçus sur des canaux Telegram russes ou diffusés par la chaîne Spas TV, proche du patriarcat orthodoxe de Moscou, sont ensuite relayés par une multitude de médias d’Afrique francophone, tels que Lengo Songo, Afrique Media, Senenews ou encore Le Potentiel centrafricain. L’objectif premier de cette ingérence est d’instrumentaliser les sensibilités conservatrices des fidèles africains pour fracturer l’unité de l’Église. La déclaration pastorale Fiducia supplicans, publiée sous le pontificat du pape François, a ainsi été massivement détournée pour dépeindre le Vatican comme un promoteur de l’idéologie occidentale, la propagande allant jusqu’à qualifier l’ancien pontife de prêtre sataniste ou de pape arc-en-ciel.
Cette rhétorique hostile n’épargne aucun successeur de Pierre et manipule l’histoire avec cynisme. Le pape émérite Benoît XVI fait l’objet d’accusations de sympathies néo-nazies en raison de son enrôlement forcé dans les Jeunesses hitlériennes durant son adolescence, un argument classique de la désinformation du Kremlin, également utilisé contre le gouvernement ukrainien, pour discréditer moralement ses adversaires. Dans la même logique, le récent voyage apostolique du pape Léon XVI au Cameroun a déclenché une vague d’attaques sur les canaux affiliés à l’armée russe. Une publication a ainsi présenté cette visite pastorale comme une menace géopolitique, affirmant que le moindre incident impliquant le Saint-Père servirait de prétexte à une répression orchestrée par les élites et les investisseurs français à l’encontre des autorités locales.
Derrière cette guerre spirituelle et informationnelle, Moscou avance des intérêts géopolitiques très concrets. En cherchant à détourner les populations africaines d’une Église catholique qu’elle tente de faire passer pour dégénérée, la Russie promeut activement son propre patriarcat orthodoxe. Fort d’un exarchat africain en pleine expansion qui revendique aujourd’hui 350 paroisses réparties dans 35 pays, Moscou se positionne pour accueillir les catholiques déçus, tout en étendant sa sphère d’influence politique. Cette pénétration religieuse sert un dessein plus sombre : l’enrôlement de jeunes Africains pour aller combattre sur le front ukrainien.
Sur le terrain, ces manœuvres prennent une tournure particulièrement dangereuse pour le clergé, notamment en République centrafricaine. L’enquête d’Inpact met en lumière l’action du Comité d’initiatives pour le contrôle des actions des États-Unis en République centrafricaine (Cicausac), devenu récemment le Mouvement panafricain pour une Afrique libre (MPAL). Dirigée par Socrate Taramboye, une figure de la jeunesse catholique et panafricaine locale, cette organisation opère en lien financier étroit avec Africa Politology. Des documents internes révèlent que des budgets de dizaines de milliers de dollars ont été alloués à diverses opérations d’influence au printemps 2024. Le mouvement martèle que les papes successifs cherchent à détruire les valeurs africaines et accuse les missionnaires chrétiens d’être des espions de la CIA venus imposer le mariage homosexuel.
Plus grave encore, cette campagne accuse sans le moindre fondement les missionnaires – qui sont en réalité majoritairement européens – de fournir des armes à des groupes rebelles locaux, dont celui du chef de milice Maxime Mokom, dans le but d’accaparer les ressources minières et de fomenter des conflits interreligieux. De telles allégations créent un climat d’insécurité alarmant pour les religieux présents sur place, qui redoutent désormais de devenir les cibles physiques de violences populaires. Dans un contexte africain, du Mali à la Centrafrique, déjà lourdement éprouvé par l’instabilité militaire, la volonté des services russes de transformer l’action diplomatique et pastorale de l’Église en une cible géopolitique révèle la brutalité d’une stratégie qui n’hésite pas à instrumentaliser la foi au service exclusif de la puissance.





Conversation des fidèles
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