Alors que l’escalade militaire entre Israël et le Hezbollah replonge le Liban dans une nouvelle période d’instabilité, les habitants des villages chrétiens du Sud-Liban font face à une épreuve particulièrement complexe. Malgré les ordres d’évacuation répétés de l’armée israélienne et la proximité immédiate de la ligne de front, une grande partie de ces populations a exprimé la volonté ferme de ne pas abandonner ses foyers.
Pour ces communautés, la situation est marquée par un sentiment d’injustice profonde. Opposés à l’idéologie de l’« Axe de la Résistance » portée par le Hezbollah, les habitants se trouvent pris au piège d’un conflit dont ils réfutent les motifs. Géographiquement exposés, ces villages voient leur quotidien suspendu aux aléas d’une guerre qu’ils n’ont jamais appelée de leurs vœux.
Dans la localité d’Alma al-Chaab, la détermination s’est manifestée par un geste symbolique fort : le rassemblement des habitants sur le parvis de l’église Notre-Dame, suivi de la volée des cloches, en signe de refus de quitter les lieux. Charbel Sayyah, originaire de la ville, souligne la position stratégique de sa commune, convoitée par des intérêts extérieurs, et rappelle l’opposition constante des villageois à toute tentative d’implantation du Hezbollah sur leurs terres. « Nous ne voulons pas d’armes, nous ne savons pas les utiliser », précise-t-il, tout en appelant l’État libanais et l’armée nationale à sécuriser ces zones pour garantir leur neutralité. Lors du précédent conflit en 2024, Alma al-Chaab avait subi d’importantes destructions, notamment au niveau de son édifice religieux ; un traumatisme que les résidents refusent aujourd’hui de revivre par le départ.
Cette volonté de maintien se retrouve à Rmeish, où les familles soulignent leur attachement à un patrimoine bâti au fil des décennies. L’organisation locale y est structurée : en coordination avec la paroisse, des rotations de surveillance sont assurées par des volontaires, appuyés par des militaires libanais en repos présents dans la commune. Les cloches servent ici d’alerte contre toute incursion indésirable. À Ein Ebel, la vigilance est tout aussi accrue. Une habitante témoigne que la présence des civils est vécue comme une protection contre toute infiltration. Récemment, la réactivité des habitants a permis de faire expulser par la police municipale un individu suspect, vraisemblablement lié à une milice armée, qui tentait de chercher refuge dans le village.
Face à ces menaces, une délégation représentant les localités de Rmeish, Ein Ebel, Debel et Alma al-Chaab a récemment rencontré le nonce apostolique au Liban, Mgr Paolo Borgia. Le message transmis au représentant du Saint-Siège est sans équivoque : les habitants rejettent tout déplacement forcé et réaffirment leur loyauté aux institutions étatiques libanaises et à la FINUL. La délégation a sollicité le soutien des canaux diplomatiques du Vatican afin d’intercéder auprès des capitales occidentales pour garantir la protection de ces zones civiles contre les opérations militaires.
Le père Najib Al-Ameel, curé de la paroisse de Rmeish, résume cet état d’esprit : « Nous restons fermes dans notre ville. Nous ne nous transformerons pas en déplacés sur les routes ; nos maisons sont plus sûres. » Entre la pression des groupes armés cherchant à exploiter leur territoire et le risque d’incursion étrangère, ces populations chrétiennes puisent dans leur foi et leur amour de la terre la force de demeurer sur les lieux de leur ancrage historique.





Conversation des fidèles
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