Ce 20 mai 2025, dans la solennité toute romaine de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, notre Saint-Père Léon XIV s’est recueilli devant la tombe de l’Apôtre des Nations. À peine élu, le successeur de Pierre a voulu, dans l’humilité et la continuité des apôtres, placer son pontificat sous le regard et l’intercession de celui qui, du glaive de la persécution, fut retourné par la grâce divine en héraut du Christ.
Et c’est justement sur ce mystère de la grâce que s’est centrée son homélie. Une homélie sobre, profonde, nourrie de la Parole de Dieu et de l’enseignement des Pères, loin des effets de manche ou des discours vides qu’on a trop souvent entendus ces dernières années.
La grâce en premier : tout commence par Dieu
Le Saint-Père a repris les premiers versets de l’épître aux Romains : Paul y confesse qu’il a reçu la grâce de l’appel. C’est Dieu qui l’a aimé en premier, qui l’a choisi alors même qu’il haïssait le Christ et persécutait l’Église. Léon XIV, avec la fermeté douce qu’on lui connaît déjà, a rappelé cette vérité toute simple et toute décapante : aucune vocation, aucun appel, aucun mérite ne vient de nous. Tout est don.
Il cite saint Augustin, ce docteur de la grâce que nous aimons tant, pour souligner que, sans l’amour premier de Dieu, nous ne pouvons même pas aimer. C’est la théologie de la gratuité, loin de tout psychologisme ou activisme moderne. Nous sommes d’abord nourris par Dieu comme un enfant au sein de sa mère, a-t-il dit, reprenant les images si concrètes de l’Écriture et des Pères.
Mais la grâce appelle une réponse libre : l’obéissance de la foi
Il aurait pu s’arrêter là, mais non. Léon XIV ne nous infantilise pas, il ne vend pas une grâce « automatique« . Il rappelle que, chez Paul, cette grâce divine a rencontré une réponse : l’obéissance de la foi. Une adhésion libre, difficile même. Sur la route de Damas, le Christ n’a pas détruit la liberté de Saul, Il l’a appelée à se convertir. Et Paul a lutté. Il a dû affronter des combats intérieurs, des résistances, des douleurs. La foi, ce n’est pas un enchantement. Ce n’est pas une expérience sensible ou une émotion passagère, c’est un combat de chaque jour.
Léon XIV insiste ici sur un point fondamental, qu’on a parfois laissé de côté dans l’Église : le salut est mystère de grâce ET de foi. Dieu nous attire, mais nous devons répondre. Ce n’est ni du pélagianisme, ni du fidéisme. C’est la saine doctrine catholique.
La charité comme fruit de cette rencontre
Mais la conversion ne s’arrête pas à la foi. Elle se manifeste dans l’amour : cet amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint, qui pousse à se donner, à s’oublier. Paul s’est fait « tout à tous« , et Léon XIV y voit le cœur même de la mission chrétienne. Le chrétien ne vit pas pour lui-même. Il court, il annonce, il aime. Et cet amour n’est pas sentimental : il est actif, concret, sacrificiel. Il mène au martyre.
C’est dans cette logique que le pape évoque brièvement les bénédictins, gardiens de la basilique depuis des siècles, et leur charité fraternelle, si centrale dans la Règle de saint Benoît. La fidélité, la vie communautaire, l’hospitalité : des valeurs essentielles, remparts contre l’individualisme de notre temps.
L’homélie se conclut par un bel écho aux paroles du pape Benoît XVI, qui disait aux jeunes :
« Dieu nous aime. C’est la grande vérité de notre vie. »
C’est simple, direct, vrai. Et c’est cela, pour Léon XIV, la racine de toute mission, y compris la sienne : se savoir aimé de Dieu, pour aimer en retour.
Et là, on sent l’homme de prière. On sent celui qui n’est pas là pour jouer un rôle médiatique, ni pour se fabriquer une image, mais pour répondre à un appel, comme Paul, dans la faiblesse de la chair mais la force de la foi.





