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Le purgatoire où le temps s’écoule avec une lenteur interminable

Un malade, que la douleur empêchait de dormir, passa une nuit à compter les battements de son horloge. Cette nuit lui parut interminable. Le temps passe avec la même rapidité pour tout le monde ; mais plus on souffre, plus ce passage paraît lent. Voilà pourquoi les pauvres âmes du purgatoire trouvent les minutes aussi longues que des mois, et les heures plus longues que les années.

Un jour, un religieux étant apparu, après sa mort, à l’un de ses frères, il lui révéla que trois jours passés en purgatoire lui avaient semblé plus longs que mille ans. Un autre, y ayant été trois heures, était persuadé qu’il y avait souffert cent cinquante ans. Un homme, qui méprisait le supplice du purgatoire, vit tout à coup apparaître devant lui deux beaux jeunes hommes, qui le précipitèrent dans ce lieu de tourments. Après un quart d’heure de souffrances, il s’écriait :

Retirez-moi ! retirez-moi ! il y a des années que je souffre ici !

Ainsi, les pauvres âmes du purgatoire comptent leurs heures de supplices, qui leur paraissent chacune aussi longues que des centaines d’années, tellement leurs douleurs sont grandes. Et combien en comptent-elles, hélas ! Comment pouvons-nous rester insensibles à tant de malheurs ! Prions donc pour elles le plus possible et avec ferveur. Combien nous serons heureux de l’avoir fait, et d’être soulagés, à notre tour, quand nous serons à leur place !

Pouvons-nous en douter raisonnablement ? Les enfants font souvent des fautes qu’ils regardent comme légères, et auxquelles ils ne pensent plus. Quelque jeunes qu’ils soient, ils seront cependant condamnés à les expier en purgatoire ; s’ils n’en ont pas fait pénitence sur la terre. S. Augustin n’a-t-il pas écrit qu’un enfant de trois ans s’était damné ? Il mourut à Carthage,en Afrique, vers l’an 195, un petit garçon de sept ans, nommé Dinocrate, d’un cancer qu’il avait à la joue et qui faisait horreur à voir. Sa sœur, nommée Perpétue, plus âgée que lui, fut arrêtée et jetée en prison, parce qu’elle refusait d’adorer les idoles.

Du fond de son cachot, elle priait pour son petit frère, au cas où il aurait besoin de secours. Pendant une nuit, qu’elle continuait ces prières avec une grande ferveur, avant d’être livrée aux bêtes féroces, elle eut une vision céleste. Il lui sembla voir son petit frère Dinocrate, avec beaucoup d’autres personnes, dans un lieu ténébreux. Il avait le visage pâle, les yeux en feu et la joue encore couverte du cancer qui l’avait fait mourir. Par les signes les plus expressifs, il essayait de lui faire comprendre qu’il souffrait horriblement du feu et de la soif. Il y avait bien, à côté de lui, un grand bassin plein d’eau, mais les bords en étaient trop élevés pour qu’il pût boire. Sainte Perpétue, touchée de ses supplices, pria beaucoup pour lui et avec toute la ferveur dont elle était capable.

Quelques jours après, elle eut une vision, plus consolante. Son jeune frère, vêtu de blanc, avait le corps lumineux, le visage brillant de fraîcheur et de santé ; elle comprit alors que ses prières avaient été exaucées et que Dinocrate était délivré du purgatoire. C’est cette sainte elle-même qui a raconté ces deux visions, qu’on lit dans les actes de son martyre, arrivé vers l’an 203. Si des enfants qui meurent à la fleur de l’âge, vont ainsi souffrir dans le purgatoire, à quels supplices ne devons-nous pas nous attendre, nous, qui multiplions nos iniquités durant tant d’années ?

Redoublons donc de piété, de pénitences, de communions ; entendons la messe le plus souvent possible et durant tout le reste de notre vie. De plus, soulageons de tout notre pouvoir les âmes du purgatoire, afin qu’elles nous secourent efficacement et nous arrachent promptement des terribles feux du purgatoire. Le bienheureux Jean Massias, frère convers de l’ordre de Saint-Dominique, avait une grande dévotion aux âmes du purgatoire. Souvent il passait la nuit à prier pour elles devant une image de la très sainte Vierge.

Ces pauvres âmes lui apparaissaient en grand nombre, le suppliant d’avoir pitié de leurs souffrances :

Serviteur de Dieu, lui disaient-elles, souviens-toi de nous. Ah ! ne nous oublie pas devant Dieu ; délivre-nous des tortures que nous endurons.

Que puis-je faire, âmes bénies ? leur répondait-il quelquefois ; que peut faire un misérable pécheur comme moi ?

Alors, elles le priaient d’offrir à Dieu pour elles ses nombreuses prières, ses jeûnes, ses pénitences, surtout les communions qu’il recevait et les messes auxquelles il assistait. Le bienheureux redoublait alors ses bonnes œuvres et ses prières. Vingt fois par jour, il courait à l’église implorer la miséricorde de Notre-Seigneur pour elles. Il se faisait presque mourir par toutes les pénitences qu’il pouvait imaginer, afin de souffrir à leur place et d’abréger leur purgatoire. Ces pauvres âmes se montraient reconnaissantes de ce qu’il faisait pour elles.Lorsqu’elles avaient obtenu de Dieu leur délivrance, avant d’entrer dans la gloire, elles venaient le remercier et l’assurer de leur bonheur.

Leur joie était sa plus douce récompense ; ces jours-là, il était heureux. Mais d’autres accouraient réclamer son intercession et il recommençait pour elles avec un admirable courage. Au moment de sa mort, son confesseur l’obligea de lui dire combien il avait délivré de ces pauvres âmes. Il avoua que leur nombre s’élevait à un million quatre cent mille. Quel cortège pour ce bon frère convers quand il monta au ciel ! Quelle belle couronne dut être la récompense de tant de charité ! Imitons la dévotion de ce pieux frère envers les âmes du purgatoire. Nous en serons magnifiquement récompensés en cette vie et en l’autre.

Surtout, si nous avons un long purgatoire à subir, elles nous rendront alors au centuple tout ce que nous aurons fait pour elles. Avec quel ineffable bonheur nous recevrons leur assistance quand les terribles feux de l’expiation nous dévoreront ! Saint Pierre-Damien, ayant perdu son père et sa mère en bas âge, fut confié à l’un de ses frères, qui le traita de la manière la plus dure, ne rougissant pas de le laisser manquer de tout, même de vêtements convenables. Il arriva un jour à ce saint enfant de trouver une pièce d’argent sur son chemin. Il crut avoir trouvé un trésor et il était au comble de la joie. A quoi allait-il donc l’employer ? La grande pauvreté où il se trouvait lui suggérait beaucoup de projets ; mais, après qu’il eût bien réfléchi, il se décida à la porter à un prêtre, afin qu’il offrit le saint sacrifice de la messe pour les âmes du purgatoire.

Ces saintes âmes ne tardèrent pas à le récompenser. Au sortir de l’église, il rencontra un autre de ses frères, d’un meilleur naturel, qui le recueillit, eut un très grand soin de lui et le fit étudier ; en sorte que, par la suite, ce saint enfant devint prêtre, évêque, cardinal et surtout un grand saint. Voilà ce que mérita ce pieux enfant, pour un si grand acte de charité en faveur des âmes du purgatoire. Pardonnons tout le mal qui nous est fait. Privons-nous,même du nécessaire, en faveur des âmes du purgatoire, comme S. Pierre-Damien, et nous aurons, nous aussi, le bonheur d’être récompensés au delà de toutes nos espérances, en cette vie et surtout en l’autre.

Saint Augustin avait coutume de dire :

Je prie pour les défunts, afin que, lorsqu’ils seront arrivés à l’éternelle gloire, ils prient eux-mêmes pour moi.

Sainte Brigitte affirme, dans ses révélations, avoir entendu s’élever, du milieu des flammes du purgatoire, une voix qui disait :

Que la récompense soit donnée à tous ceux qui nous soulagent dans nos misères.

Une autre voix plus forte s’écriait :

O mon Dieu et mon Seigneur, usez de votre pouvoir ineffable ; récompensez au centuple tous les vivants qui viennent à notre secours par leurs suffrages et nous élèvent jusqu’à la lumière de votre divinité.

La même sainte rapporte qu’elle entendit un ange s’écrier :

Béni soit dans le monde celui qui, par ses prières et ses bonnes œuvres, vient au secours des pauvres Âmes souffrantes.

C’est saint Odilon, abbé de Cluny au Xle siècle, qui institua la fête des Morts, du 2 novembre. On raconte ainsi l’établissement de cette solennité : Un pèlerin français qui revenait de Jérusalem, fut jeté sur les côtés de Sicile, par une tempête. Un ermite, qui vivait dans les rochers de cette île, lui demanda s’il connaissait le monastère de Cluny et l’abbé Odilon.

J’entends souvent, dit-il, les démons blasphémer contre les personnes pieuses qui, par leurs prières, leurs aumônes, leurs communions, leurs messes, etc., délivrent les Âmes des supplices qu’elles souffrent en l’autre vie; mais ils maudissent surtout Odilon et ses religieux. Quand vous serez arrivé en France, je vous prie d’exhorter ce saint abbé et ses religieux, à redoubler de charité pour les Âmes souffrantes du purgatoire”

Nous lisons dans la vie de sœur Catherine de Saint-Augustin, qu’au même lieu où demeurait cette servante du Seigneur, habitait une femme appelée Marie, qui, dès sa première jeunesse, avait mené une vie de débauche. L’âge ne la corrigea point ; tellement que les gens de l’endroit, dégoûtés de ses désordres, prirent le parti de la chasser de la ville, et de la reléguer dans une caverne de rocher. Ce fut là qu’elle mourut peu après, sans sacrements, et privée de tout secours humain. Une pareille mort ne parassait pas mériter les honneurs de la sépulture ; aussi, ne fit-on d’autre cérémonie au cadavre de cette femme que de l’enterrer dans les champs, comme celui d’un animal.

Sœur Catherine, qui avait la pieuse coutume de recommander particulièrement à Dieu les personnes de sa connaissance, qui passaient à une autre vie, ne songea point à la vieille pécheresse, la croyant damnée, selon l’opinion de tout le monde. Il y avait déjà quatre ans que cette femme était morte,lorsqu’un jour, la servante de Dieu étant en prière, une âme du purgatoire lui apparut, et lui tint ce discours :

Sœur Catherine, quel malheur est le mien! Tu pries pour tous ceux qui meurent ; il n’y a que ma pauvre âme dont tu n’as pas pitié.

– Et qui es-tu ? demanda la servante de Dieu.

– Je suis, répondit l’âme du purgatoire, cette pauvre Marie qui mourut abandonnée dans la caverne.

– Quoi ! tu es sauvée ! s’écria Catherine, avec étonnement.

– Oui, répondit l’âme, je le suis, par la miséricorde de la bienheureuse Vierge. Dans mes derniers moments, abandonnée de tout le monde, et me voyant souillée de péchés, je m’adressai à la Mère de Dieu, et je lui dis, du fond de mon cœur:

O vous, le refuge de ceux qui sont délaissés, ayez pitié de moi, qui suis abandonnée du monde entier ; vous êtes mon unique espérance, venez à mon secours ! Je ne priai point en vain. C’est à l’intercession de Marie que je dois d’avoir échappé à l’enfer par un acte de vraie contrition. Cette Reine de miséricorde m’a encore obtenu la grâce que la durée de mon purgatoire soit abrégée. Il ne me faut plus que quelques messes pour être délivrée ; fais-les-moi dire, et je te promets qu’une fois dans le ciel, je ne cesserai de prier pour toi Dieu et sa très sainte Mère.

Sœur Catherine fit aussitôt célébrer les messes, et quelques jours après, cette âme, brillante comme le soleil, lui apparut de nouveau, lui témoignant sa reconnaissance :

Je te remercie, Catherine. Le paradis m’est enfin ouvert et. j’y vais célébrer les miséricordes de mon Dieu et prier pour toi.”

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Ce trait doit nous empêcher de désespérer du salut même des plus grands pécheurs. Il doit aussi nous inviter à prier pour tous les défunts, même pour ceux qui ont mené une vie très coupable. Lors même que nous prierions pour les défunts qui auraient été condamnés à l’enfer, nos prières ne seraient pas inutiles, ni moins méritoires.

En terminant la lecture de tant de merveilleux traits, prenons une bonne résolution d’être toujours très dévots envers les âmes du purgatoire, soyons-y fidèles durant toute notre vie, et nous en serons très abondamment récompensés ici-bas et dans l’éternité.

Source : Livre d’or des âmes du purgatoire – M.J.S Benoit de J, Prêtre – 1925

Publié par Napo

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