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Négligence des appels et des avertissements de la grâce

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Négligence des appels et des avertissements de la grâce

Le pécheur ne manque jamais de chercher une excuse à son péché. Il ne peut faire autrement d’après Saint John Henry Newman, car l’homme n’agit jamais sans réflexion comme les animaux ; il a en lui un don divin que l’on appelle raison, et auquel il doit rendre un compte exact de tous ses actes. Il ne peut agir selon son caprice ; quelles que soient ses actions, il doit, pour y trouver une satisfaction, les soumettre à une espèce de règle et de contrôle moral.

Ce n’est pas qu’il soit très-difficile dans le choix de ses raisons ; quand il est embarrassé d’en trouver une bonne, il se contente de la première venue, car il lui en faut une quelconque. C’est pour cela que nous voyons souvent ceux qui négligent leurs devoirs religieux se mettre à attaquer les ministres de la religion et les personnes pieuses, cherchant à excuser par ce très mauvais moyen, leur injustifiable négligence.

D’autres, même des catholiques sont dans ce cas, allèguent la distance qui les sépare de l’église ou le nombre de leurs occupations domestiques, pour prouver que, malgré toute leur bonne volonté, il leur est impossible de servir Dieu comme ils le doivent.

D’autres déclarent que c’est peine inutile ; ils disent être allés souvent à confesse, avoir fait tous leurs efforts pour ne plus commettre de péchés mortels et être toujours retombés dans les mêmes fautes ; c’est pour cela qu’ils renoncent à une tentative qu’ils regardent comme désespérée.

D’autres, qui ne sont pas catholiques, prétendent qu’en succombant au péché, ils ne font que céder à leurs impulsions naturelles ; que ces impulsions sont irrésistibles, et qu’il ne saurait y avoir rien de mal à obéir à la nature que Dieu nous a donnée.

D’autres, encore plus hardis, repoussant la religion d’une manière absolue, en nient la vérité, méconnaissent l’autorité de l’Église et vont même jusqu’à révoquer en doute l’action d’une Providence divine dans le gouvernement de l’humanité. Ils nient audacieusement qu’il y ait après la mort une autre vie, et, avec de pareilles convictions, ils seraient bien insensés s’ils ne s’empressaient pas de jouir de tous les plaisirs que peut offrir leur vie mortelle pendant sa courte durée.

Il y en a d’autres, et c’est à ceux-là que je m’adresse en ce moment, qui cherchent à tranquilliser leur conscience par la pensée que quelque circonstance imprévue viendra les sauver de la perdition éternelle, quoi-qu’ils persévèrent à négliger Dieu. Ils se disent que la mort est encore éloignée ; qu’il y a bien des chances en leur faveur ; qu’ils se repentiront plus tard de leurs fautes, quand ils commenceront à vieillir, comme c’est l’usage ; qu’ils ont continuellement l’intention de se repentir ; qu’un peu plus tôt, un peu plus tard, ils feront l’examen de leur conscience et rattraperont le temps perdu. S’ils sont catholiques, ils ajoutent qu’en fin de compte, ils mourront avec les derniers sacrements, et que par conséquent ils peuvent vivre sans inquiétude.

Eh bien ! Ces personnes, mes frères, tentent Dieu ; elles mettent sa bonté à l’épreuve ; elles le tenteront peut-être trop longtemps, et finiront par s’attirer, non pas des gages de sa clémence, mais des marques non équivoques de sa sévérité et de sa justice.

C’est ainsi que les Israélites dans le désert se conduisirent envers le Tout-Puissant. Au lieu d’être pénétrés de respect pour lui, ils se montraient trop libres ; ils le traitaient familièrement, cherchaient des excuses, proféraient des plaintes, lui adressaient des reproches, comme si le Dieu éternel eût été une faible créature humaine, comme s’il eût été leur ministre et leur serviteur.

Aussi l’historien inspiré nous dit-il que « le Seigneur envoya parmi le peuple des serpents dont la morsure brûlait comme le feu. » C’est à cela que saint Paul fait allusion quand il dit : « Ne tentons pas Jésus-Christ comme quelques-uns d’entre eux le tentèrent, qui furent détruits par les serpents. »

Cet avertissement signifie que ceux qui sont trop hardis et impérieux envers le Sauveur tout-puissant n’obtiendront pas le pardon qu’ils cherchent, mais se trouveront, au contraire, enveloppés dans les replis du serpent des Israélites, respireront son haleine pestilentielle et mourront sous sa dent.

Le serpent apparut en personne à notre bienheureux Sauveur pendant qu’il était sur la terre, et il tâcha de faire succomber le fils du Très-Haut au péché. Il le plaça sur le haut du temple et lui dit : « Si vous êtes le fils de Dieu, jetez-vous en bas, car il est écrit qu’il a ordonné à ses anges de vous conserver, et qu’ils vous soutiendront de leurs mains, de peur que vous ne heurtiez le pied contre quelque pierre. »

Mais Notre-Seigneur lui répondit : « Il est écrit aussi : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. »

Ainsi, bien des âmes sont tentées de se jeter la tête la première dans l’abîme du péché ; elles se flattent de ne pas arriver à l’enfer qui est au fond, de ne pas se heurter contre ses roches meurtrières, de ne pas être plongées dans ses flammes, parce que les anges et les saints courront à leur secours au moment du dernier péril, ou du moins parce que la miséricorde générale de Dieu ou ses promesses particulières viendront s’interposer entre eux et la mort pour les retirer sains et saufs du précipice.

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Tel est, mes frères, le péché des hommes dont je vais vous entretenir ; ce n’est pas un péché d’incrédulité et d’orgueil : c’est un péché de présomption. Je veux constater avec plus de précision le genre de pensées qui préoccupent leur esprit, qui les tranquillisent et les satisfont dans le sein de leur irréligion. Ils se disent : « Je ne puis renoncer au péché à présent ; je ne puis abandonner tel ou tel plaisir ; je ne puis rompre avec mes habitudes d’intempérance ; je ne puis renoncer à ces gains illicites, quitter ces employés ou ces supérieurs qui m’empêchent d’écouter la voix de ma conscience. Il m’est impossible de servir Dieu maintenant ; je n’éprouve pas le désir de me repentir ; je n’ai aucun goût pour la religion. Mais cela viendra petit à petit, cela viendra plus tard, et alors il me sera aussi facile d’être religieux et repentant qu’il m’est facile de pécher maintenant. J’aurai alors moins de tentations, je rencontrerai moins de difficultés. Les vieillards sont quelquefois pervers, mais ils sont encore plus généralement religieux ; ils sont religieux comme par nécessité ; ils jurent un peu, mentent un peu et commettent quelques autres péchés de ce genre ; mais enfin ils sont exempts de péchés mortels, et quand la mort les enlève subitement, ils vont en paradis. »

Lorsque ces pécheurs éprouvent quelque tentation particulière, ils pensent : « Ce n’est qu’un péché ; je ne l’ai jamais commis, et je ne le commettrai plus de ma vie ; » ou bien : « J’en ai commis d’aussi graves autrefois, ce n’est qu’un péché de plus, et il faudra que je me repente un jour ou l’autre. Quand je me repentirai, un péché de plus ou de moins ne changera rien à l’état de mon âme, car il faudra que je me repente de tous mes péchés.»

Ils se disent aussi : « Si je suis damné, je ne serai pas le seul ; un tel et un tel ne seront-ils pas dans le même cas que moi ? Je suis un saint en comparaison d’un tel ; il y a des gens qui ont péché cent fois plus que moi et qui, à la fin, se sont repentis. »

Or, mes chers frères, ceux qui se font de pareilles excuses ne savent ni ce qu’est le péché en lui-même ni ce que sont leurs péchés ; ils ne connaissent ni la laideur, ni la multitude de leurs crimes. Il faut donc établir nettement un ou deux points de doctrine qui serviront à mettre cette question dans son vrai jour, et à la faire envisager d’une manière plus juste qu’on n’est accoutumé de le faire.

Ces points sont très simples et très connus ; mais ils sont tout à fait oubliés des personnes dont je parle ; sans cela, elles ne pourraient pas tranquilliser leur raison et leur conscience avec des excuses et des prétextes aussi frivoles que ceux que je viens de signaler.

Remarquez d’abord que lorsqu’une personne dit : « J’ai commis des péchés tout aussi graves auparavant » ou bien : « Ce n’est qu’un péché de plus » ou : « Il faut que je me repente un jour ou l’autre, et alors je me repentirai de tous mes péchés » lorsqu’elle tient d’autres propos semblables, elle oublie que tous ses anciens péchés sont inscrits de la main de Dieu dans le livre du jugement, et que le péché qu’elle commet actuellement n’est pas une simple faute isolée, mais un péché à ajouter à une longue liste.

Cette personne oublie que si ce péché est seul, il n’est pas le second ou le troisième de la liste, mais le millième, le dix millièmes ou le cent millième ; il est le dernier d’une longue suite de péchés. Ce n’est pas le premier de ses péchés, c’est le plus récent et peut-être sera-ce le dernier, c’est-à-dire le péché final.

Le pécheur oublie, fait semblant d’oublier, cherche à oublier, désire oublier tous ses péchés antérieurs, ou il ne se les rappelle que pour se dire qu’il a péché impunément jusque-là, et que, par conséquent, il peut pécher encore sans crainte d’être châtié.

Mais tout péché a son histoire ; un péché n’est pas un fait isolé : il est la conséquence d’autres péchés commis en pensées ou en actions ; c’est la marque d’une habitude invétérée et générale ; c’est le symptôme d’une maladie mortelle qui va en empirant, et de même qu’un brin de paille ajouté à sa charge rompt, selon le proverbe, les reins du cheval, de même notre dernier péché, quel qu’il soit, nous enlève tout espoir de salut et nous prive de notre place dans le ciel. Ainsi, . Mes frères, sachez-le bien, c’est une ruse diabolique que celle qui vous fait considérer vos péchés un à un, tandis que Dieu les voit dans leur ensemble.

« Signasti quasi in sacculo delicta mea, » dit le saint homme Job. « Vous avez scellé mes péchés comme dans un sac, » et un jour, ils seront tous comptés.

Les péchés isolés sont comme ces coups de pinceau que le peintre donne l’un après l’autre sur sa toile ; ils sont comme les pierres que le maçon empile et cimente ensemble pour construire une maison. Les coups de pinceau, les pierres s’unissent et finissent par former un tout, tendent à un but et doivent achever une œuvre.

Allez, mes frères, commettez le péché auquel Satan vous invite, et que vous considérez à part, isolément ; regardez-le, comme Eve regardait le fruit défendu ; déclarez-le léger et de peu d’importance, et peut-être vous apercevrez-vous trop tard que ce péché est la dernière pierre du faîte de l’édifice d’iniquité qui s’élève en souvenance devant Dieu, et qui comble la mesure de vos crimes.

« Achevez donc, » dit Notre-Seigneur aux Pharisiens, « de remplir la mesure de vos pères. »

La colère qui fondit sur Jérusalem n’était pas allumée seulement par les péchés du jour où Notre-Seigneur parut, bien qu’en ce jour fut commis le plus horrible de tous les crimes : le rejet de Jésus-Christ. Le péché de ce jour-là n’était que le couronnement d’une longue série de crimes.

De même, à une époque plus reculée, à l’époque d’Abraham, avant que le peuple de Dieu eût pris possession de la terre promise, il régnait des péchés odieux et énormes parmi les païens qui habitaient ce pays. Cependant, ils n’en furent pas chassés tout de suite, et Abraham n’y fut pas encore conduit. Pourquoi cela ? Parce que les miséricordes de Dieu à leur égard n’étaient pas épuisées.

Il continua d’accorder sa grâce à ce peuple abandonné, et il attendit son repentir. Mais il prévit qu’il attendrait en vain, et que viendrait l’heure de la vengeance. C’est à quoi il fit allusion, quand il dit qu’il ne donnerait pas le pays de Canaan en une seule fois à son peuple, « parce que la mesure des iniquités des Amorrhéens n’était pas encore remplie. » Elles remplirent la mesure une centaine d’années plus tard, et alors les Israélites entrèrent avec ordre d’exterminer les Amorrhéens par le glaive.

Vous connaissez l’histoire de l’impie Balthasar. Au milieu de son superbe festin, pendant qu’il était plein de vin, il se fit apporter les vases sacrés d’or et d’argent appartenant au temple de Jérusalem, qui avaient été transférés à Babylone après la prise de la sainte cité ; il se fit apporter ces vases afin d’y boire du vin avec ses nobles, ses femmes et ses concubines. En ce moment on vit paraître des doigts semblables à ceux d’une main d’homme, qui tracèrent sur les murs de la salle du banquet l’arrêt du roi et de son royaume. Cette in- scription disait : « Dieu a compté les jours de votre règne, et il en a marqué l’accomplissement ; vous avez été pesé dans la balance , et vous avez été trouvé trop léger.» Ce malheureux prince n’avait tenu aucun compte de ses péchés. De même qu’un dissipateur ne s’in- quiète pas de ses dettes , il poursuivait sans remords le cours de ses cruautés, de ses iniquités, de ses abominations et de ses insultes envers la majesté divine.

Enfin, la miséricorde de Dieu se lassa et la coupe de la colère se remplit. L’heure de Balthasar arriva ; il commit un péché de plus qui fit déborder la coupe. La vengeance céleste l’atteignit, le frappa, et il fut retranché d’entre les vivants.

Il n’est pas nécessaire, mes frères, que le dernier péché commis soit un grand péché, un péché plus grand que ceux qui l’ont précédé ; il peut être moins grave. Il y avait un homme riche, dont parle notre Sauveur, qui se disait à lui-même en voyant que ses moissons étaient abondantes :
« Que ferai-je ? Car je n’ai pas de lieu où mettre mes récoltes. Je démolirai mes greniers, j’en construirai de plus grands et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as des provisions en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. »

Il fut emporté cette nuit même. Le péché qu’il venait de commettre n’était pas très-extraordinaire, et certainement ce n’était pas le premier ; mais c’était le dernier d’une longue série d’actes d’arrogance et d’oubli de Dieu. Il n’était pas plus grave que ceux qui l’avaient précédé ; mais il comblait la mesure.

De même encore, le père du roi impie dont je viens de parler, Nabuchodonosor, après avoir pendant une année négligé les avertissements du prophète Daniel, qui l’invitait à dépouiller son orgueil et à se repentir, dit un jour, en se promenant dans le palais de Babylone :

« N’est-ce pas là cette grande Babylone dont j’ai fait le siège de mon royaume, que j’ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l’éclat de ma gloire ? »

Il avait à peine achevé ces mots, que la justice divine fondant sur lui, le frappa d’un mal étrange et nouveau qui le priva de toutes ses facultés , qui le réduisit à manger du foin, comme les bœufs, et à vivre dans les champs, comme les animaux. Son dernier mouvement d’orgueil n’était pas plus coupable que les autres ; mais il comblait la mesure, et c’est pour cela qu’il fut puni.

Non, mes frères, vous ne pouvez juger si vous abusez de la patience de Dieu, si vous dépassez la limite de sa miséricorde, parce que le péché que vous commettez dans le moment vous paraît peu grave. Le dernier péché commis n’est pas toujours le plus grand. D’ailleurs vous ne pouvez calculer quel sera votre dernier péché, d’après le nombre de ceux qui l’ont précédé, car ceci varie selon les personnes.

Ce point mérite une attention sérieuse. Il se peut que vous soyez perdu sans retour pour avoir commis un ou deux péchés seulement, tandis que d’autres qui en ont commis plus que vous, ne sont pas damnés. Il est impossible d’assigner la cause de cette différence ; il est certain que Dieu, qui se montre miséricordieux envers tous les hommes et qui accorde sa grâce à tous, est plus miséricordieux pour les uns que pour les autres, donne des grâces plus abondantes aux uns qu’aux autres. Il en accorde à tous une part suffisante pour opérer leur salut, et beaucoup plus qu’ils n’en pourraient attendre, car ils n’ont pas le droit de rien exiger de lui ; cependant il en donne plus aux uns qu’aux autres.

Il nous apprend lui-même que si les habitants de Tyr et de Sidon avaient vu les miracles opérés à Corozaïn, ils auraient fait pénitence et se seraient tournés vers lui. Ce n’est qu’en nous pénétrant bien de cette vérité que nous parviendrons à nous faire une idée juste du péché en lui-même, et de ce qu’on a à attendre en vivant dans l’habitude de le commettre.

De même que Dieu détermine la taille, les facultés, la durée de la vie de chaque individu, et qu’il varie ces dons pour chacun de nous, selon sa volonté, de même qu’il accorde aux uns un jour d’existence seulement, tandis qu’il donne aux autres une vie de quatre-vingts ans, ainsi il punit les uns à leur premier péché et les autres seulement à leur quatre-vingtième.

La raison de cette différence nous est inconnue ; mais elle n’est pas plus étonnante qu’une foule de faits analogues qui se passent journellement sous nos yeux dans la société. Deux hommes sont condamnés pour crime ; l’un est gracié, l’autre subit sa peine ; et ceci arrive lorsqu’il n’y a pas lieu d’établir la moindre différence entre le crime de l’un et celui de l’autre, lorsque les motifs, quels qu’ils soient, qui invitent à agir envers l’un différemment qu’envers l’autre sont entièrement indépendants des coupables eux-mêmes.

Vous avez entendu parler de l’usage qui existait autrefois de décimer les rebelles après les avoir faits prisonniers ; on en exécutait un sur dix et on laissait la vie aux autres. Les jugements de Dieu sont conformes à cet usage, sans que nous puissions en comprendre la raison. Il n’est pas obligé d’épargner les coupables ; il a le droit de les condamner tous, et cependant il ne le fait pas.

Je vous présente ces observations pour vous montrer que nos idées de justice ici-bas n’empêchent pas d’agir diversement selon les personnes.

Le Créateur laisse aux uns le temps de se repentir, aux autres il envoie une mort subite. Il permet à ceux-ci de mourir avec les sacrements ; d’autres meurent sans l’assistance d’un prêtre pour recevoir leur acte de contrition et leur donner l’absolution.

Le premier reçoit son pardon et monte au ciel ; l’autre va au séjour des peines éternelles. Personne ne peut savoir quelle fin lui est réservée ; personne ne peut nous prédire si nous aurons le temps de nous repentir de nos fautes ; et si nous en avons le temps, qui nous garantit que nous aurons un élan d’amour pour notre Dieu, ou un prêtre à notre portée pour nous donner l’absolution ?

Nous avons peut-être commis moins de péchés que notre voisin, mais ce voisin est peut-être prédestiné à la pénitence finale et à la jouissance du règne de Jésus-Christ, tandis que nous, nous serons peut-être punis avec l’esprit malin.

Oui, bien des âmes ont été retranchées de ce monde et envoyées en enfer pour leur premier péché. Tel fut le sort des anges rebelles, ainsi que nous l’apprennent les théologiens. Ils perdirent leur premier état et devinrent des démons pour leur première faute, un péché de pensée, un simple acte d’orgueil.

Les saints et les personnes pieuses rapportent des exemples d’hommes et même d’enfants qui, après avoir blasphémé ou commis un premier péché mortel, furent immédiatement frappés de mort. On trouve dans l’Écriture un certain nombre de ces faits, c’est-à-dire des exemples de châtiment terrible pour un seul péché, sans égard à la vertu ni au mérite général de celui qui le commettait. Adam, pour une seule faute, légère en apparence, pour avoir mangé du fruit défendu, fut chassé du paradis et entraîna toute sa postérité dans sa ruine.

Les Bethsamites regardèrent l’arche du Seigneur, et plus de cinquante mille d’entre eux furent exterminés à cause de ce seul péché. Oza porta la main à l’arche, comme pour l’empêcher de tomber, et il fut frappé de mort sur le lieu même, en punition de son audace.

L’homme de Dieu venu de Juda mangea du pain et but de l’eau à Bethel, contrairement au commandement du Tout-Puissant et fut, en conséquence de ce crime, tué par un lion à son retour.

Ananie et Saphire dirent un mensonge et tombèrent morts presque aussitôt qu’ils l’eurent prononcé. Qui sommes-nous pour que Dieu attende notre repentir plus longtemps, quand il n’a pas attendu pour d’autres, et qu’il a frappé des pécheurs qui avaient moins péché que nous ? Mes chers frères, ces pensées présomptueuses ne se présenteraient pas à notre esprit si nous avions une notion exacte de la malignité du péché, considéré en lui-même. Nous sommes des criminels, nous ne pouvons être juges dans notre propre cause.

Nous sommes infatués de nous-mêmes ; nous prenons notre défense, nous nous familiarisons avec le péché, et par orgueil, nous ne voulons pas nous avouer perdus. C’est par toutes ces raisons réunies que nous ne savons pas au juste ce que sont le péché, le châtiment et la grâce. Nous ne savons pas ce que c’est que le péché, parce que nous ignorons ce que c’est que Dieu, car on ne peut se former une juste idée de son énormité que lorsqu’on connaît Dieu.

Il n’y a que les gloires de Dieu, ses perfections, sa sainteté, sa majesté, sa beauté qui puisse, par leur contraste, nous apprendre à connaître le péché ; et comme nous ne voyons pas Dieu ici-bas, nous ne pouvons avoir une idée exacte du péché. Il faut donc, en attendant de le contempler dans le ciel, que nous croyions par la foi ce que Dieu nous dit du péché.

Mais, même dans le ciel, nous ne pourrons condamner le péché que dans la mesure où il nous sera donné de voir et de louer Dieu. Celui-là seul qui peut comprendre Dieu est capable d’apprécier le péché. Celui qui connaissait le Père de toute éternité d’une manière parfaite, montra ce qu’il pensait du péché quand il résolut de se faire homme : celui-là seul jugea le péché dans toute l’étendue de sa malignité. Celui qui, quoique Dieu, consentit à souffrir des peines inconcevables d’âme et de corps pour racheter le péché, est seul en état de dire ce que c’est que le péché.

Recevez sa parole, ou plutôt ses actes comme la preuve de cette terrible vérité qu’un seul péché mortel suffit pour vous séparer de Dieu à tout jamais. Descendez dans la tombe avec un seul péché dont vous ne vous soyez pas repenti, que Dieu ne vous ait pas pardonné, et ce péché vous entraînera en enfer.

Vous pouvez avoir la certitude qu’il sera la cause de votre ruine. Ce peut être votre centième péché, comme votre premier, n’importe : un seul péché suffit pour vous perdre. Cependant, plus vous en aurez commis, plus vous serez puni. Il n’est pas nécessaire que vous soyez chargé de péchés pour périr éternellement. Il y a des pécheurs qui perdent ce monde et l’autre ; ils embrassent le parti de la révolte, et en retirent non les bénéfices, mais la mort.

Ou bien, supposez que la colère de Dieu ralentira son cours, et que vous aurez le temps d’accroître le nombre de vos péchés ; cela ne servira qu’à rendre plus sévère le châtiment qui vous est réservé. Dieu est terrible quand il parle au pécheur ; il est plus terrible quand il contient sa colère.

Il est plus à redouter encore quand il garde le silence et qu’il laisse amasser sa vengeance. Hélas ! Il y a des pécheurs auxquels est accordée une longue vie, une vie heureuse qu’ils passent dans l’oubli de Dieu, sans avoir songé à ce qui les attend à la fin de leur carrière, avant l’heure où l’irrévocable sentence est prononcée.

La vie de ces hommes-là s’écoule avec douceur, d’une manière tranquille et gaie, comme les eaux d’un fleuve avant d’arriver à l’abîme où elles tombent en torrents, « Ils n’ont point part aux travaux des hommes, et n’éprouvent point les fléaux auxquels les autres hommes sont exposés. » « Ils sont remplis des biens renfermés dans vos trésors ; ils ont de nombreux enfants, et ils ont légué ce qui leur, restait de bien à leurs petits enfants. » « Leurs maisons sont en sûreté et en paix et la verge de Dieu ne s’étend pas sur eux. Leurs petits enfants avancent comme un troupeau et leurs enfants sautent dans la danse. Ils prennent le tambour et la harpe, et se réjouissent au son de l’orgue. Ils passent leurs jours dans le plaisir, et en un instant, ils descendent en enfer. »

C’est ce qui arriva aux habitants de Jérusalem, quand Dieu les eut abandonnés, bien qu’ils parussent plus heureux que jamais. Le roi Hérode venait de rebâtir le Temple, dont les marbres étaient d’une dimension et d’une beauté extraordinaires ; le saint édifice s’élevait brillant et éblouissant aux rayons du soleil.

Les disciples du Seigneur l’invitèrent à le regarder, mais il ne vit dans ce monument que le sépulcre blanchi d’un peuple réprouvé, dont il annonça la chute. « Voyez-vous toutes ces choses ? » leur dit-il. « En vérité, je vous le dis, tout ce que vous voyez ici sera tellement détruit, qu’il n’y restera pas pierre sur pierre ; » et il regarda la ville et pleura sur elle, en disant : « Si tu reconnaissais au moins en ce jour ce qui peut apporter la paix, mais maintenant tout cela est caché à tes yeux ! » En effet, son châtiment lui était inconnu ; car des millions de personnes se pressaient à la fête annuelle de la ville coupable.

Sa fin paraissait bien éloignée, et sa destruction ne semblait devoir venir qu’à une époque très-reculée dans l’avenir, lorsque déjà elle était résolue et imminente.

O changement, changement effrayant que celui qui s’opère, mes frères, quand la fatale sentence est prononcée, quand la vie mortelle finit, et que la mort éternelle commence ! Le pauvre pécheur s’est tellement accoutumé au péché, il y a succombé si longtemps, qu’il a entièrement oublié de se repentir de ses crimes. Il a fini par ne plus songer qu’il est dans un état d’inimitié envers Dieu.

Il ne cherche plus à s’excuser comme il faisait au commencement. Il vit dans le monde et ne croit pas aux sacrements. Il n’a aucune confiance dans les prêtres quand il en rencontre. Peut- être il n’a jamais entendu parler de la religion catholique que pour l’insulter, et il n’en a jamais parlé lui-même qu’en la tournant en ridicule.

Le soin de sa famille et de ses affaires absorbe toutes ses pensées, et s’il songe à la mort, c’est avec répugnance, avec tristesse, parce que la mort est ce qui doit le séparer de ce monde ; mais il y songe sans effroi, car il ne croit pas à l’autre vie. Il a toujours joui d’une bonne et vigoureuse santé, et n’a jamais été malade. Il est d’une famille où l’on vit jusqu’à un âge très-avancé ; il compte donc sur de longs jours et croit avoir du temps devant lui.

Ses amis le précèdent au tombeau ; leur mort lui inspire plus de pitié que de peine. Il vient de marier une de ses filles et d’établir un de ses fils. Il se dispose à se retirer du monde, mais il est embarrassé de savoir comment il passera son temps dans la retraite. Il se met donc à réfléchir sur sa position, et jetant un regard dans l’avenir, il a des doutes sur bien des choses ; mais il croit fermement que le Créateur est la bonté, la clé- mence même, et il s’irrite, il se fâche quand on lui parle des peines éternelles.

Bercé de ces idées, il vit encore quelques mois ou quelques années ; enfin le délai qui lui était accordé expire, le terme de ses jours est arrivé. Le temps s’est écoulé sans bruit et à son insu ; la mort le surprend comme un voleur de nuit ; sa dernière heure sonne, il est enlevé de ce monde.

Mais peut-être il était catholique, et il a fait servir à sa ruine les grâces que Dieu lui avait accordées pour opérer son salut. Il a compté sur les sacrements sans chercher à se mettre dans les dispositions requises pour les recevoir. Il y eut un temps où il négligeait complètement ses devoirs religieux ; mais plus tard il éprouva le désir de se réconcilier avec son Créateur.

Alors, il prit l’habitude de se confesser et de communier à des intervalles réguliers. Il se présenta au tribunal de la pénitence, avoua ses péchés au confesseur ; le prêtre écouta cette confession très incomplète sans se douter de son inexactitude, et ne vit aucune raison de refuser l’absolution à son pénitent.

Celui-ci s’en retourna absous autant que les paroles sacramentelles peuvent le faire. Puis, quand revint l’époque où il avait coutume de se confesser, il s’adressa de nouveau au prêtre, se confessa encore et reçut, comme par le passé, une absolution de pure forme. Il tomba malade, reçut les derniers sacrements et les derniers rites de l’Église, et cependant il est perdu. Il est perdu parce que son cœur ne s’est jamais donné réellement à Dieu ; parce que, si parfois il a eu des mouvements de contrition, ces sentiments étaient passagers et ont cessé immédiatement après sa première ou sa seconde confession. Il s’est habitué à recevoir les sacrements sans le moindre repentir ; il s’est accoutumé à se tromper lui-même et à négliger ses péchés les plus importants et les plus graves ; il a même fini par se persuader que ses faiblesses n’étaient pas des péchés, ou du moins qu’elles n’étaient pas des péchés mortels. Il en a passé plusieurs sous silence et sa confession est devenue aussi défectueuse que sa contrition.

Mais, par cette misérable apparence de religion, il est parvenu à endormir, à paralyser sa conscience, et il a continué d’agir ainsi pendant des années, ne faisant jamais une bonne confession et recevant le sacrement de la communion en état de péché mortel, jusqu’à ce qu’enfin il soit tombé malade.

Alors on lui a apporté le saint Viatique et l’huile de l’extrême-onction. En les recevant, il a commis un dernier sacrilège. Puis, ainsi chargé de crimes, il a comparu devant Dieu.

Oh ! Quel moment terrible que celui où la pauvre âme pécheresse, en revenant à elle, se trouve tout à coup devant le tribunal de Jésus-Christ. Quel moment cruel lorsque, accablée des fatigues du voyage, éblouie par l’éclat des magnificences qui l’entourent, étourdie par la nouveauté de sa situation, incapable de comprendre où elle est, elle entend la voix de l’esprit accusateur qui énumère tous les péchés qu’elle a commis dans sa vie, péchés qu’elle a oubliés ou qu’elle s’est pardonné complaisamment, et qu’elle n’a pas voulu considérer comme des péchés, bien qu’elle se doutât de leur caractère !

Quel moment que celui où elle entend énumérer toutes les grâces de Dieu qu’elle a dédaignées, tous les avertissements qui lui ont été donnés et dont elle n’a pas tenu compte, tous les jugements par lesquels Dieu lui a parlé et qu’elle n’a pas voulu comprendre ; où cet esprit impitoyable expose comment l’âme pécheresse s’est perdue, comment elle s’est engagée dans la voie du péché, comment elle s’y est affermie et y a persévéré, comment son péché s’est engendré, a germé, a pris racine, a grandi, a poussé des feuilles et des rameaux, a porté des fruits, comment enfin la plante d’iniquité a acquis tout son développement et est arrivée à maturité pour sa condamnation !

Oh! Moment plus terrible, plus épouvantable encore, lorsque le juge prend la parole, livre l’âme coupable aux geôliers de l’enfer, jusqu’à ce qu’elle ait payé la dette infinie qui la condamne. « C’est impossible ! S’écrie-t-elle. Quoi ! Moi, je serais perdue ! Je serais privée à tout jamais de paix et d’espérance ! Non, ce n’est pas de moi que le juge a voulu parler ! Il y a erreur ; Jésus-Christ, mon Sauveur, tendez-moi votre main, je demande une minute pour m’expliquer. Je m’appelle Demas, je suis Dénias, et non Judas, ou Nicolas, ou Alexandre, ou Philète, ou Diotrephes. Quoi ? moi, condamné aux peines éternelles ! Moi ! C’est impossible, cela ne saurait être ! »

Et la pauvre âme se tord, lutte et se débat sous les griffes du démon puissant qui l’a saisie, et dont chaque étreinte lui cause des souffrances inouïes. « Supplice atroce ! » s’écrie-t-elle avec désespoir et colère, comme si la sévérité du châtiment en prouvait l’injustice. « Encore un ! un troisième ! Je ne puis en supporter davantage ! Arrêtez ! Horrible démon ; lâchez-moi, je suis un homme, et non pas un être comme vous ; je ne suis pas fait pour être votre pâture ou votre jouet ! Je n’ai jamais été en enfer ; je ne sens ni le soufre, ni le charnier comme vous ! J’ai des sentiments humains ; je connais ma religion ; j’ai une conscience ; j’ai un esprit cultivé ; je suis versé dans les sciences et dans les arts ; je me suis formé le goût par la lecture des grands écrivains ; j’avais un cœur sensible aux beautés de la nature ; je suis philosophe, ou poète, ou habile observateur des hommes ; je suis un héros, ou un homme d’État, ou un orateur, ou un homme d’esprit et d’imagination.

Bien plus, je suis catholique ; je ne suis pas un protestant non régénéré ; j’ai reçu la grâce du Ré- dempteur ; j’approchais des sacrements d’une manière régulière tous les ans ; j’ai été élevé dans la foi catho- lique dès ma naissance ; je suis fils des martyrs, je suis mort en communion avec l’Église ; rien de ce que j’ai été, de ce que j’ai vu, n’a jamais eu de ressemblance avec vous , ni de rapport avec les flammes et l’odeur fétide que vous exhalez : aussi, ô ennemi des hommes, je vous défie , soyez maudit !
»

Hélas ! Pauvre âme ! — Et pendant qu’elle lutte ainsi contre le sort qu’elle s’est attiré et qu’elle mérite si bien, pendant qu’elle se révolte contre les compagnons qu’elle s’est choisis, son nom est peut-être solennellement célébré dans ce monde où son souvenir est religieusement conservé et honoré par ses amis.

On n’a pas oublié la facilité avec laquelle le défunt s’exprimait, l’abondance de ses pensées, sa sagacité, sa sagesse. On parle de lui de temps à autre ; on invoque son opinion comme une autorité ; on cite ses paroles ; peut-être même lui a-t-on érigé un monument et a-t-on écrit son histoire.

« Quel esprit vaste et profond ! Quelle étonnante faculté d’éclairer les questions les plus obscures, de coordonner, de concilier les idées ou les faits les plus contradictoires »

« Quel admirable discours il a prononcé en telle ou telle occasion ! J’étais présent et je ne l’oublierai jamais ! »

Ou bien on fait allusion à lui en disant : « C’était l’opinion d’un homme d’un grand sens ; » ou « un homme d’un grand mérite, que quelques-uns d’entre nous ont connu ; » ou « un de mes meilleurs amis qui n’est plus avait pour habitude de faire ainsi ; » ou « on n’a jamais vu son égal ; personne n’était si juste dans ses remarques, plus gai, plus varié dans sa conversation, plus réservé, plus modeste dans sa manière de présenter son avis ; » ou « j’ai été assez heureux pour le voir une fois quand j’étais enfant ; » ou « c’était un véritable bienfaiteur de son pays et de l’humanité ; ses découvertes sont si belles ; » ou « sa philosophie est si profonde ! »

Vanité ! Vanité des vanités, tout est vanité ! À quoi servent cette gloire, cette renommée, ces regrets ? Son âme est en enfer. Fils des hommes ! Pendant que vous parlez ainsi, son âme commence à subir les tourments que son corps partagera bientôt à son tour, et qui n’auront point de fin.

Vanité des vanités ! Misère des misères ! Ils ne nous écoutent pas ! Ils ne nous croient pas ! Nous ne sommes qu’un petit groupe, et ils sont beaucoup. Les plus nombreux ne veulent pas croire aux paroles de quelques-uns.

Misère des misères ! Il meurt tous les jours des milliers de personnes qui se réveillent devant la colère éternelle de Dieu ! Jetant alors un coup d’œil rétrospectif sur les jours de leur existence terrestre, elles les trouvent courts et mauvais ; elles condamnent et réprouvent les raisonnements sur lesquels elles s’appuyaient, et dont l’événement a prouvé la fausseté.

Elles maudissent l’insouciance avec laquelle elles ont différé de se repentir. Elles sont tombées sous les coups de la justice de celui sur la miséricorde duquel elles croyaient pouvoir compter. Et cependant leurs amis, leurs compagnons, continuent de rire comme par le passé, et bientôt ils iront les joindre.

La nouvelle génération se berce des mêmes illusions que celle qui l’a précédée. Le père ne pouvait pas croire que Dieu voulût le punir ; le fils a les mêmes idées. Le père se révoltait quand on lui parlait des peines éternelles ; le fils grince des dents ou sourit dédaigneusement. Le monde se louait et s’admirait il y a trente ans ; il se louera et s’admirera encore dans le même nombre d’années.

Ainsi s’écoule le temps, ainsi passent les générations ; des milliers d’êtres se jouent de l’amour de Dieu, tentent sa justice, et, pareils à un troupeau d’animaux immondes, ils tombent la tête la première dans le précipice ! Dieu puissant ! Ô Dieu d’amour ! C’en est trop ! Ton doux fils Jésus sentit son cœur se briser quand il jeta les yeux sur le spectacle lamentable de la misère de l’homme.

Ce fut elle qui le fit mourir, comme il mourut pour elle. Nous aussi, nous souffrons profondément, dans une autre mesure, quand nous voyons cette misère. Nos yeux se mouillent de larmes, nos cœurs se serrent, notre tête se trouble.

O tendre cœur de Jésus ! Pourquoi ne veux-tu pas mettre un terme à ce nombre toujours croissant de péchés et de douleurs ? Quand repousseras-tu le démon dans son enfer, et fermeras-tu l’ouverture de l’abîme, afin que tes élus puissent se réjouir en toi, oubliant le souvenir de ceux qui meurent dans leur endurcissement ?

Oh! Par ces cinq plaies de tes mains, de tes pieds et de ton côté, — sources éternelles de miséricorde, d’où l’abondance de l’éternelle Trinité coule toujours fraîche, toujours puissante, toujours bienveillante pour ceux qui te cherchent, — si le monde doit durer encore, amas- ses-y du moins une ample moisson, recueilles-y une plus nombreuse foule d’âmes à mettre dans ton grenier, afin que ces derniers temps surpassent les premiers sous le rapport de la sainteté, de la gloire et des triomphes de ta grâce !

« Deus miser eatur nostri et benedicat nobis. Que Dieu ait pitié de nous et nous bénisse ; qu’il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu’il nous fasse miséricorde, afin que nous connaissions votre voie sur la terre et que le salut que vous avez promis soit connu de toutes les nations. Que les hommes vous louent, loue ô mon Dieu !

Que tous les peuples vous bénissent ; que les nations se réjouissent et tressaillent d’allégresse, parce que vous jugez les peuples dans l’équité et que vous conduisez avec droiture les nations sur la terre. Que Dieu, que notre Dieu nous bénisse, qu’il nous comble de ses bénédictions, et que son nom soit redouté jusqu’aux extrémités de la terre !
»

Source : Saint John Henry Newman – Conférences aux protestants et aux catholiques – 1850

Publié par Napo

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