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Qu’est-ce que Saint Paul pensait du célibat ?

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Qu'est-ce que Saint Paul pensait du célibat ?

Réfutation des erreurs de M.Aimé-Martin concernant Saint Paul et le célibat des prêtres par l’Abbé J-M Sauveur Gorini en 1864

Texte de M. Aimé-Martin. —

« Faites mourir les membres de l’homme terrestre, »

S’écrie saint Paul. Vœu impie ! L’apôtre mutile l’ouvrage, et croit exalter l’ouvrier.

Les enseignements divins n’ont pas moins de force que les lois naturelles. Partout, ils supposent le mariage des prêtres, et le supposer sans le défendre, c’est l’adopter. Que l’évêque soit le mari d’une seule femme, dit saint Paul. Établissez les prêtres selon l’ordre, c’est- à-dire maris d’une seule femme, dit encore saint Paul.

Remarquez bien ces mots : selon l’ordre, c’est-à-dire selon les lois de la nature. Et ailleurs, lorsque emporté par son zèle, il préconise le célibat, il se hâte d’ajouter :

« Et quant à la virginité, je n’ai reçu aucun précepte du Seigneur, et ce que je dis est un conseil que je donne. »

Ainsi, le maître n’a fait aucun commandement ; ainsi, le disciple n’ose donner qu’un conseil. Évêques de nos jours, où donc est votre autorité pour parler un autre langage que les apôtres ?Plus les textes sont précis, plus on s’étonne de leur violation. Comment Rome osa-t-elle les effacer de son livre à la face du monde ?

Observations de l’Abbé Gorini

Ce luxe de textes et de citations ne voile qu’un tissu de contre-sens et d’erreurs. Saint Paul a écrit aux Colossiens qu’ils devaient faire mourir les membres de l’homme terrestre. À ces paroles, M. Aimé-Martin recule, épouvanté, comme s’il voyait déjà briller le fer qui mutila Abeilard.

Qu’il se rassure, et qu’il daigne achever la lecture du passage où se rencontre le vœu impie de l’apôtre.

« Faites donc mourir, dit saint Paul, les membres de l’homme terrestre qui est en vous : la fornication, l’impureté, les passions déshonnêtes, les mauvais désirs, et l’avarice, qui est une idolâtrie… Dépouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres, et revêtez-vous de cet homme nouveau qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l’image de celui qui l’a créé. »

Ce que M. Aimé-Martin maudit comme un vœu impie, c’est donc le désir qu’avait l’apôtre
de voir les chrétiens renoncer aux vices dont ils s’étaient peut-être souillés avant leur conversion. M.Aimé-Martin pourrait mieux choisir l’objet de ses anathèmes pour ne pas les rendre ridicules.

Il n’a guère été plus heureux dans l’intelligence du passage suivant. Quand saint Paul commande à Tite d’établir en Crète des prêtres selon l’ordre, parle-t-il de l’ordre de la nature, comme l’entend M. Aimé-Martin ? Nullement.

L’apôtre écrit :

« Je vous ai laissé en Crète, afin que vous corrigiez tout ce qui est défectueux, que vous établissiez des prêtres dans chaque ville, selon l’ordre que je vous ai donné (sicut et ego disposui tibi), choisissant celui qui sera irréprochable, mari d’une seule femme, dont les enfants seront fidèles, etc. »

Cette citation nous prouve combien M. Aimé-Martin s’est peu gêné pour mutiler le texte de Saint Paul ; car si cet apôtre, quand il exigeait que le prêtre fût monogame, en appelait à l’ordre, ce n’était pas à l’ordre de la nature, mais à celui qu’il avait lui-même précédemment tracé.

Des quatre passages des épîtres apostoliques dont M. Aimé-Martin invoque l’autorité, en voilà deux qu’il n’a pas compris ; les deux autres ont été exactement traduits par notre auteur, mais il les a tous très-mal commentés.

Saint Paul dit que l’évêque doit être le mari d’une seule femme, et qu’il n’existe aucune règle imposant la virginité, vertu toutefois très-avantageuse et conforme à l’esprit de la religion nouvelle. Fort de ce double aveu, M. Aimé-Martin somme nos évêques de dire pourquoi, lorsque Jésus et saint Paul n’ont pas commandé le célibat, ils chargent leurs prêtres de ce joug.

La question serait embarrassante si l’Église faisait chaque année une conscription forcée de prêtres et de vestales. Mais en est-il ainsi ? Le célibat n’est-il pas un enrôlement tout à fait libre, tout à fait volontaire ?

Cependant, répondra-t-on, si les évêques ne forcent pas à être prêtre, ils forcent les prêtres à être célibataires. Jésus et ses apôtres ne le faisaient pas ; pourquoi cette différence ?

Admettons qu’on ait cru quelque condescendance nécessaire aux premiers siècles de l’Église ; il convient au contraire depuis longtemps d’y renoncer. En effet, toute société, pour atteindre son but, peut employer les moyens qui lui semblent les meilleurs. Or, le but de la société religieuse étant la diffusion de l’Évangile sur toute la terre pour y établir la fraternité de l’immense famille d’Adam et du Christ, il faut à cet apostolat des ministres dévoués jusqu’au martyre.

L’Église les trouvera-t-elle si elle laisse envahir le sanctuaire par la foule ? Elle en doute, et se décide à un choix. Dans le principe, il n’y avait ni foule de candidats autour de l’autel, ni par conséquent possibilité de choix bien difficiles pour l’élection des prêtres.

L’Église écarte donc maintenant la multitude en exigeant, avec les autres conditions de lumières et de moralité, celle du célibat. C’est ainsi que, pour désobstruer les portes encombrées de toutes les administrations publiques, on multiplie les difficultés de l’admission. L’énergie du catholicisme vient de sa chasteté, on le sait bien; et c’est pour énerver cet invincible athlète qu’on le veut attacher à la femme.

Vingt autres raisons non moins puissantes pourraient encore justifier la discipline actuelle sur la continence cléricale ; mais je n’écris pas un traité sur cette matière. Maintenant qu’il a été démontré que l’Évangile prêche la pénitence, et que l’Église, en établissant la loi du célibat religieux, n’a fait que réaliser un désir du Christ et de Saint Paul, sommes-nous plus avancés dans notre polémique avec M. Aimé-Martin ?

Nous y gagnons fort peu. Prévoyant la réponse qu’on lui donne, il a préparé son instance, et soutient que ces pages favorisant la violence ont été intercalées dans l’Évangile.

« Les héritiers de ce livre divin, dit-il, ont pu en altérer le texte, sans que le monde entier se levât pour les accuser. Au milieu des ténèbres des premiers siècles, les témoins étaient rares, les peuples silencieux, et les Évangiles sans publicité. »

Eh bien !, prouverait-on à l’auteur que cette altération n’a pu avoir lieu, et que les premiers siècles chrétiens, si fervents, ne furent pas un temps de ténèbres, ni une époque où l’on ne s’informât que vaguement de la doctrine de cet Évangile pour lequel on mourait, le lui prouverait-on par son propre livre, où il a écrit :

« La vie des premiers chrétiens est sans doute le meilleur commentaire de l’Evangile ; si près du maître, les disciples n’ont pu se tromper… La doctrine étant entrée dans la société, la société devenait l’expression de la doctrine, »

Ce ne serait point encore là une barrière pour M. Aimé-Martin. Voyez avec quelle prestesse il la franchit en nous criant :

« Si ces doctrines sont l’œuvre de Jésus-Christ, il faut les rejeter comme fatales. »

C’est à cela qu’aboutit la perpétuelle invocation au Christ et à l’Évangile si poétiquement chantée par le Mentor des dames ! Ceci me rappelle le mot orgueilleux d’un philosophe d’Alexandrie :

« Ce n’est pas à Plotin à aller trouver les dieux, disait ce sage en parlant de lui-même, c’est aux dieux à venir trouver Plotin. »

De même ce n’est plus M. Aimé-Martin qui doit recevoir du divin législateur ce qu’il lui plaît d’ordonner, c’est au Christ à rechercher auprès de M. Aimé-Martin ses inspirations et à le charger
de composer, comme pour les mères de famille, un traité de l’Éducation de Dieu.

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Comprendrons-nous maintenant que l’auteur ne célébrait l’Évangile que pour préconiser ses propres opinions, qu’il n’encensait le Christ que comme une idole de son propre système ? Même en adorant Dieu, c’est encore lui-même qu’un philosophe adore.

Source : Défense de l’Église contre les erreurs historiques – Abbé J-M Sauveur Gorini – 1864

Publié par Napo

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