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Jésus-Christ est mort en Dieu sur la Sainte Croix

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Jésus-Christ est mort en Dieu sur la Sainte Croix
Jésus-Christ est mort en Dieu sur la Sainte Croix

Jésus-Christ est né en Dieu, il a parlé en Dieu, il a agi en Dieu et, par conséquent, il a vécu en Dieu. Mais, comme l’observait Montaigne, le tout n’est pas de bien vivre, ce qui est difficile encore, c’est de bien mourir, car la mort est l’écueil inévitable des grandeurs humaines : c’est à ce moment suprême que se révèle toute la puissance ou toute la faiblesse de l’homme.

Instant solennel entre tous, où Dieu attend l’humanité, soit pour découronner les hautes naissances, les grandes paroles, les belles actions, soit pour ajouter à toutes ces choses un nouvel éclat, celui d’une dernière épreuve patiemment attendue et vaillamment supportée ! C’est pourquoi ne dites pas d’un homme qu’il est grand tandis qu’il vit encore, car il se peut qu’après avoir été grand durant sa vie, il se montre petit en face de la mort.

Caton paraissait grand, lorsque sa stoïque fermeté contrastait avec la mollesse de ses concitoyens, et que les mâles accents de sa parole cherchaient à prévenir la décadence d’une république fameuse, et pourtant Caton n’a pas été véritablement grand, parce que la mort de Caton a été la mort d’un lâche et d’un misérable. Donc, pour mesurer à sa juste valeur la grandeur d’un homme, il ne suffit pas de savoir comment il a vécu, il faut, de plus, rechercher comment il est mort, et, par conséquent, pour établir que Jésus-Christ a été divinement grand, après avoir démontré qu’il est né en Dieu, qu’il a parlé en Dieu, qu’il a agi en Dieu, nous devons prouver encore qu’il est mort en Dieu.

Pour distinguer les caractères de divinité qui éclatent dans la mort de Jésus-Christ, il importe que nous examinions préalablement les différentes morts qui sont réputées grandes et belles parmi les hommes. Ces morts, je vais vous les dire. Un homme a parcouru les différentes stations de cette route périlleuse qu’on nomme la vie, et, parvenu à l’extrême vieillesse, il se rappelle les jours bénis de son enfance, les brillantes années de sa jeunesse, les peines et les travaux de l’âge viril, puis, après avoir jeté un regard de joie sur un passé qui n’est plus, un jour, il étend ses membres sur sa couche dernière, et, faisant appeler ses fils et petits-fils, il leur dit :

« J’ai achevé mon pèlerinage ici-bas, je vais me réunir à mes pères. Quoi qu’il en soit, puissé-je vous léguer un nom honorable et remettre à Dieu une âme pure !« 

Cela dit, le vieillard, ramasse dans une bénédiction suprême toutes ses forces et tout son amour. Voilà, Messieurs, une première mort, la mort de l’homme de bien, la mort commune et ordinaire, et si Dieu vous a fait la grâce d’assister à une telle mort, de recueillir cette bénédiction qui descend d’une main glacée par l’âge sur des fronts encore jeunes, vous aurez pu juger par vous-mêmes qu’il y a dans cette vieillesse prête à s’éteindre, dans cette majesté qui va se coucher dans la tombe, quelque chose qui n’est pas de l’homme seulement, une grandeur qui n’est plus la grandeur du temps et qui n’est pas encore celle de l’éternité.

Et, cependant, ce n’est là qu’une première face de la mort : il y a de la grandeur, sans doute, à mourir ainsi, mais ce n’est que la grandeur des choses communes et ordinaires. Voici une deuxième face de la mort, qui révèle plus de puissance et de noblesse.

Un homme se lève du milieu de ses frères : son cœur s’est ému des maux de la patrie, il a vu l’étranger envahir sa terre natale et profaner le temple de son Dieu, alors, rappelant la victoire sous des drapeaux humiliés, il rassemble quelques hommes généreux et s’écrie avec les Machabées :

« Mourons dans la simplicité de notre âme ! »

Puis, après avoir mis au service de sa patrie jusqu’à la dernière goutte de son sang, il tombe en répétant le mot de ce fameux Romain :

« Que mon dernier soupir serve encore ma patrie ! »

Voilà, Messieurs, une deuxième mort, la mort du brave, la mort du héros, et de ces blessures glorieuses, de ce sang versé pour une juste cause, il sort je ne sais quelle révélation de puissance et de noblesse qui attendrit l’âme, qui l’exalte, qui l’élève au-dessus d’elle-même, tant cela est beau et généreux.

Le premier caractère de divinité qui éclate dans la mort de Jésus-Christ, c’est qu’il a prédit avec certitude la mort la plus incertaine. Si j’affirmais que l’homme ne sait ni l’heure de sa mort ni la manière dont il mourra, je ne dirais que ce que l’expérience vous répète tous les jours dans un langage plus saisissant, et c’est là sans doute un des plus terribles secrets qui pèsent sur la destinée humaine.

Il se peut que Dieu ménage à certains hommes quelques instincts confus, de vagues pressentiments qui les avertissent d’une fin plus ou moins prochaine, il se peut qu’en face du danger, tel guerrier ait osé jeter à l’avenir cet audacieux défi :

« Le boulet qui me tuera n’est pas encore fondu. »

Mais qu’est-ce que cela ? Il y a loin de ces prévisions obscures, de ces confiances téméraires aux certitudes de la prophétie. Jésus-Christ, au contraire, prédit le moment de sa mort, il désigne le traître qui le livrera à ses ennemis; il précise le genre du supplice qu’il va subir, il détaille les différentes circonstances de sa passion.

Or, tout cela restait pour le moins fort douteux en apparence. Il était probable, en effet, que les ennemis de Jésus-Christ préféreraient à un éclat fâcheux quelque attentat secret qui pût servir leur vengeance sans dévoiler leur haine : que de fois n’avaient-ils pas cherché à se défaire ainsi de sa personne ? Il était possible même qu’un de ces retours de popularité, si fréquents chez la multitude, fit échouer un projet publiquement annoncé. Ce peuple n’avait-il pas fait retentir les rues de Jérusalem du cri de triomphe :

« Hosanna au fils de David ! »

Et, d’ailleurs, quelle apparence y avait-il à ce qu’un supplice réservé aux esclaves fût destiné au descendant des rois de Juda ? Aux termes de la loi de Moïse, n’était-ce point la peine de la lapidation qu’un peuple déicide dût arracher à la faiblesse du préteur romain ? Je passe les circonstances du supplice plus incertaines encore que le supplice lui-même. Et maintenant, je suppose que l’un d’entre nous eût pu surprendre le secret d’une fin si terrible, et qu’après l’avoir renfermé dans son sein, il vint à le révéler plus tard à ses amis, dites-moi, ne se mêlerait-il à cette prédiction ni plainte, ni sentiment d’amertume, ni parole de regret ?

Ah ! vous connaîtriez bien peu la nature humaine, si vous pensiez qu’une si effrayante perspective pût la trouver impassible ou sans crainte. Eh bien ! loin de se troubler, de s’agiter à l’annonce d’une telle mort, Jésus-Christ la prédit avec un calme, une quiétude, un bonheur qui n’est pas de l’homme. Il brûle de mourir pour ce qu’il appelle le salut de l’humanité :

« Je dois, dit-il, être baptisé d’un baptême, or, combien je me sens pressé jusqu’à ce qu’il soit accompli »

Écoutez ce récit prophétique de la Passion :

« Voilà que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes; et ils le condamneront à mort, le livreront aux Gentils pour être moqué et flagellé et crucifié. »

Oh! non, un homme ne prédirait pas une mort si épouvantable avec cette simplicité de cœur, avec cette tranquillité d’âme ; il se mêlerait à son langage quelque fard, une émotion fébrile, ou, à tout le moins, un peu d’exaltation : cela est humain, cela est fatal. Jésus-Christ prédit son supplice comme s’il s’agissait d’une chose la plus simple et la plus ordinaire : ici, point de faste ni d’ostentation, une grandeur surhumaine, une assurance divine.

Donc, le premier caractère surnaturel qui éclate dans la mort de Jésus-Christ, c’est qu’il a prédit avec une certitude divine la mort la plus incertaine. De même que la mort de Jésus-Christ a fait resplendir sa science divine, ainsi a-t-elle révélé en lui la liberté et la puissance d’un Dieu. Car si, d’une part, Jésus-Christ a prédit avec certitude la mort la plus incertaine, de l’autre, il a choisi librement la mort la plus ignominieuse. L’homme n’a pas plus le choix de la mort qu’il n’en a la prescience.

Rien ne fait mieux ressortir sa faiblesse et son néant que cette entière dépendance d’un événement qui échappe à son pouvoir. Nul, en effet, n’est maître de sa vie : la mort le frappe comme elle veut et quand il lui plaît. Et s’il est de rares occasions où Dieu lui laisse la liberté du choix, l’homme ne prendra pas le chemin qui conduit à l’ignominie, de préférence à la route qui mène à l’honneur. Ah ! je comprends l’ardeur guerrière qui fait chercher la renommée dans un trépas glorieux, je comprends que des bataillons entiers s’ensevelissent librement dans leur triomphe, je comprends qu’il puisse sortir d’une poitrine humaine ce cri d’un brave :

« A moi, Auvergne! »

D’Assas vivra dans tous les cœurs, son nom volera de bouche en bouche, et réveillera les échos de la patrie, tant qu’il se trouvera un Français pour dire de lui :

« C’était un brave mort au champ d’honneur ! »

Je comprends cela, c’est mourir en héros, mais c’est mourir en homme. Préférer la mort la plus ignominieuse, lorsqu’on possède toute puissance sur la mort, voilà qui est mourir en Dieu. Direz-vous que Jésus-Christ ne possédait pas toute puissance sur la mort ? Ouvrez l’Évangile.

À lire aussi :

Aussi longtemps qu’il veut conserver la vie, nul ne peut la lui ravir : il échappe à toutes les embûches qu’on dresse contre lui, il déjoue les projets de ses ennemis, trompe leurs calculs, se rit de leurs menaces, et passe à travers la foule qui attente à ses jours comme un souverain au milieu de ses sujets.

Lorsqu’une troupe de satellites veut s’emparer de sa personne, il n’a besoin que d’un mot pour la renverser :

« Je suis celui que vous cherchez . »

Et comme s’il ne suffisait point qu’il eût prouvé pendant sa vie son pouvoir sur la mort, au dernier soupir qu’il rend sur la croix, la nature entière s’émeut, le soleil s’obscurcit, la terre tremble, les roches se fendent, les tombeaux s’entr’ouvrent, les morts ressuscitent, pour reconnaître en Jésus-Christ l’auteur de la vie et de la mort.

C’est donc en toute vérité qu’il pouvait dire :

« Nul ne m’ôte la vie, mais je la quitte de moi-même, j’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre. »

Source : La Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ – Mgr Freppel – 1896

Publié par Napo

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