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Saint Paulin de Nole s’offre en esclavage pour sauver un homme

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À l’époque où les Vandales exerçaient leurs affreux brigandages dans la Campanie, un grand nombre de personnes furent transportées sur le sol africain.

L’homme de Dieu, Saint Paulin de Nole, sacrifia tout ce qui était à sa disposition en faveur des captifs et des pauvres. Toutes ses ressources étaient épuisées, et il ne lui restait plus rien pour les personnes qui recourraient à sa charité.

Un jour, cependant, une veuve se présenta à lui, dont le fils avait été traîné en captivité par le gendre même du roi des Vandales. Elle exposa son malheur à l’homme de Dieu et lui demanda le prix de la rançon d’un captif si cher à son cœur, afin de l’offrir à cet homme puissant et d’obtenir, s’il daignait l’agréer, le retour de son fils dans ses foyers. Mais l’homme de Dieu eut beau chercher la somme que sollicitait avec tant d’instance cette mère affligée, il ne trouva rien chez lui que sa propre personne.

Il lui répondit donc :

« Bonne femme, je n’ai rien à vous donner ; mais prenez-moi, déclarez que je suis votre propriété, votre esclave, et, pour recouvrer votre fils, livrez-moi à son maître : je le servirai en sa place. »

Cette proposition, sortie de la bouche d’un si grand homme, lui parut plutôt une dérision qu’un acte de compassion réelle. Mais comme Saint Paulin de Nole était fort éloquent et parfaitement instruit dans les lettres humaines, il eut bientôt dissipé les doutes de cette femme, gagné sa confiance, et obtenu d’elle qu’elle livrât sans crainte son évêque à l’esclavage pour recouvrer son fils. Ils se rendirent tous deux en Afrique.

Le gendre du roi, qui possédait le fils de la veuve désolée, s’étant présenté en public, elle se présenta devant lui pour le conjurer de vouloir bien le lui rendre. Enflé d’orgueil et enivré des délices d’une prospérité éphémère, le barbare ne daigna pas même écouter sa prière. Alors la pauvre femme ajouta :

« Voilà un homme que je vous offre en sa place ; veuillez, je vous en prie, avoir pitié de moi et me rendre mon fils unique. »

À la vue de cet homme au front gracieux et vénérable, le Vandale lui demanda quel métier il savait.

« Aucun, lui répondit l’homme de Dieu ; mais je sais bien cultiver le jardin. »

Flatté d’apprendre qu’il possédait la science du jardinage, le barbare le reçut comme esclave et rendit le fils aux prières de la veuve. Elle quitta aussitôt la plage africaine, et Saint Paulin de Nole resta chargé de la culture qu’il avait souhaitée. Le gendre du roi se rendait fréquemment près de son jardinier et lui adressait diverses questions. Il trouvait en lui une grande sagesse, à tel point que, renonçant aux conversations de ses plus intimes amis, il venait souvent s’entretenir avec son jardinier, charmé qu’il était de ses discours.

Saint Paulin de Nole apportait pour la table de son maître des herbes vertes et odoriférantes ; puis, après avoir reçu un morceau de pain, il retournait au travail : c’était là sa tâche journalière. Déjà depuis longtemps, il agissait de la sorte, lorsqu’un jour, dans une de leurs conversations, il dit secrètement à son maître :

« Songez à vos affaires et aux sages dispositions que réclame l’empire des Vandales : bientôt le roi mourra, victime d’un accident imprévu. »

Le Vandale, objet de la prédilection du roi, ne lui fit point mystère de cette révélation ; il lui communiqua ce que lui avait appris son jardinier, homme plein de sagesse. Cette confidence accueillie, le roi repartit :

« Je voudrais bien voir la personne dont vous me parlez. »

Le gendre du roi, maître passager du vénérable Paulin, lui répondit ;

« C’est son habitude de m’apporter à mon dîner des herbes vertes et odoriférantes ; par mon ordre, il vous les portera à vous-même lorsque vous serez à table, et alors il vous sera donné de connaître l’auteur de cet avis. »

La chose fut ainsi exécutée. Le roi était à table pour dîner, lorsque Paulin vint lui apporter des fleurs et de la verdure. En le voyant entrer, le roi fut saisi d’une frayeur soudaine ; il manda son maître, celui que son alliance avec sa fille attachait si intimement à sa personne, et lui révéla en ces termes un secret dont jusqu’alors il lui avait fait mystère.

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« Rien de plus vrai que ce que vous avez appris ; cette nuit j’ai vu devant moi des juges assis sur leurs tribunaux ; cet homme siégeait parmi eux, et, sur leur sentence, on m’arrachait la verge qui autrefois m’avait été remise entre les mains. Mais demandez-lui qui il est ; pour moi, je ne crois pas qu’un personnage d’un si grand mérite soit, comme il le paraît, un homme du peuple. »

Alors le gendre du roi prit Paulin en particulier, et lui demanda qui il était. L’homme de Dieu lui répondit :

« Je suis votre esclave, que vous avez reçu en échange pour le fils de la veuve. »

Le Vandale le pressa instamment de lui découvrir non pas ce qu’il était alors, mais ce qu’il avait été autrefois dans son pays, et réitéra plusieurs fois ses vives sollicitations. Vaincu par l’importunité de ces prières, l’homme de Dieu ne put échapper plus longtemps, et il déclara qu’il était évêque. Saisi d’effroi à cet aveu, le seigneur lui dit humblement :

« Demandez-moi ce que vous souhaitez ; car je ne veux pas que vous me quittiez, pour vous en retourner dans votre pays, sans un présent considérable.

— Il est un bienfait que vous pouvez m’accorder, lui dit l’homme de Dieu, c’est de délivrer tous les captifs de ma ville épiscopale. »

Aussitôt l’illustre seigneur les fit rechercher dans toute l’Afrique, les remit obligeamment entre les mains du vénérable Paulin, et les renvoya avec lui sur des vaisseaux chargés de froment. Quelques jours après, le roi des Vandales mourut, et s’évita ravir la verge que Dieu, dans ses desseins, lui avait remise pour châtier les fidèles, mais dont il avait abusé pour son propre malheur.

Ainsi se vérifia la prophétie de saint Paulin, serviteur du Dieu tout-puissant. Ainsi celui qui s’était seul livré à l’esclavage s’est vu rendre à la liberté avec une foule de compagnons d’infortune. En cela, il a imité Celui qui a revêtu la forme d’esclave pour nous affranchir de l’esclavage du péché.

En marchant sur ses traces, Paulin a bien voulu se faire seul esclave momentanément, pour revenir ensuite à la liberté avec une foule de captifs. Lorsqu’il m’arrive d’entendre le récit d’un fait que je n’ai pas la force d’imiter, j’ai plutôt envie d’en pleurer que de le commenter.

Source : Les Dialogues de Saint Grégoire le Grand – 1851

Publié par Napo

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