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Le diable chez les musulmans au 19ème siècle

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Le diable chez les musulmans au 19ème siècle
Le diable chez les musulmans au 19ème siècle

Caractère général des sociétés secrètes musulmanes. Histoire du mal dans le monde : paganisme, mahométisme.

Quand nous parlons de sociétés secrètes musulmanes, nous ne devons pas nous les figurer semblables en tout aux sociétés secrètes de l’Europe, de l’Asie ou de l’Amérique. Satan a su varier, suivant les pays et les peuples, les différents moyens d’attaque. Sur toute la terre, il poursuit le même but : détruire l’empire de Dieu, pour s’asseoir lui-même sur le trône qui n’appartient qu’à Dieu seul. Proportionnant ses efforts au tempérament divers des peuples et aux moyens que leur fournit leur religion pour résister au mal, il ne se conduira pas avec les peuples indolents et anémiés de l’Afrique comme avec les hommes robustes de l’Europe chrétienne.

Les générations européennes naissent et se développent à l’abri du christianisme qui leur communique sa force. Le baptême nous fait enfants de Dieu et rompt les chaînes qui nous attachent au péché. Puis, aux heures d’accablement et de défaillance, nous, catholiques, nous aurons sur le bord de la route ces fontaines d’eau vive que Jésus-Christ a fait jaillir, dans sa miséricorde, de son côté ouvert. Grâce à ce secours surnaturel, nous pourrons goûter une partie de ce bonheur qui était notre apanage avant la chute originelle. Notre nature ne sera plus autant bouleversée, l’équilibre entre la chair et l’esprit sera rétabli ; et si encore bien souvent nous sentons en nous les révoltes du vieil homme, au moins l’esprit sera toujours assez prompt et assez fort pour réprimer ce premier mouvement.

Jésus-Christ a jeté le fondement de sa religion dans la partie noble de nous-même ; il est venu nous rétablir dans notre premier état autant que c’était possible. Quelques êtres privilégiés que Dieu a aimés davantage sont seuls parvenus à jouir par intervalles, dans des extases sublimes, presque du même équilibre, des deux parties qui nous composent, qu’Adam dans le paradis. Voilà donc l’œuvre de Jésus-Christ : il a voulu nous rétablir dans notre premier état, et, pour y parvenir, il nous a obligé à combattre la partie inférieure de notre être, la chair et ses passions.

Le démon a pris le contrepied de l’œuvre de Jésus-Christ : il a enseigné aux hommes à faire dominer les sens sur l’esprit, la partie inférieure sur la partie supérieure. Et afin de singer encore plus l’œuvre du Sauveur, il a voulu avoir des adeptes qui jouiraient, eux aussi, d’extases et pourraient, eux aussi, faire des prodiges. Et, de même que dans le catholicisme ces êtres privilégiés sont spécialement consacrés à Dieu, et s’adonnent aux œuvres pieuses après des engagements solennels et irrévocables, ainsi le diable a voulu avoir dans son royaume des serviteurs plus dévoués et plus fidèles, qu’il favorise quelquefois de visions et d’extases.

Voilà donc les deux grandes manières dont le démon a singé l’œuvre divine. C’est par lui que tout mal est entré dans le monde, c’est par lui qu’il s’est développé surtout, et n’est-ce pas à lui qu’il faudrait attribuer beaucoup de ces maladies nouvelles qui apparaissent de nos jours ? Toujours est-il que si nous ne pouvons lui attribuer la plus grande partie des maladies qui déciment l’humanité, toujours est-il, dis-je, qu’il sait, par des moyens vraiment sataniques, profiter de la faiblesse constitutionnelle d’un peuple pour l’abâtardir encore davantage. Ainsi, pour ne parler que des peuples musulmans, personne ne niera l’influence néfaste de l’œuvre satanique sur ces peuples malheureux. Accablé par une chaleur excessive, vivant dans un pays n’ayant aucun des avantages des régions tempérées, endurant quelquefois pendant de longs jours la faim et la soif, l’homme habitant de la mer Rouge à l’Atlantique est sujet par tempérament aux maladies nerveuses. Le catholicisme aurait su rétablir l’équilibre, donner une plus large part à l’intelligence, faire dominer la raison et enlever à l’imagination tout ce qu’elle pourrait avoir d’excessif. Qu’a fait Satan par le moyen de l’islamisme ? Il a exalté l’imagination, il lui a fait un domaine plus grand qu’à la raison, et l’a fait dominer dans l’homme. On verra plus tard quels sont les moyens employés par Satan et la bêtise de la pauvre nature humaine. L’Afrique du Nord aura ses fakirs. N’anticipons pas.

Il serait curieux maintenant de suivre l’action du démon dans le monde depuis Jésus-Christ, et de voir les moyens et les hommes dont il s’est servi. Nous tâcherons de les indiquer en quelques mots. Dès son apparition, le christianisme fut le représentant de la vraie civilisation et du vrai progrès ; car c’était la lumière qui se levait sur le monde. Satan lui opposa d’abord la lumière de l’esprit humain : le gnosticisme naquit, fut épuré et perfectionné en quelque sorte par le néoplatonisme d’Alexandrie : Simon le Magicien et les hérétiques du Ier siècle. Porphyre et les philosophes d’Alexandrie en furent les principaux représentants. Le diable fut vaincu ; malgré toutes les entraves dont il avait semé la route du catholicisme naissant, celui-ci atteignit l’apogée de sa gloire et de sa force au quatrième siècle.

Au moins, se dit le démon, si je n’ai pu détruire mon ennemi par le glaive de l’intelligence, je l’abattrai par l’épée et je le noierai dans des flots de sang. Du fond de l’Asie et de la Germanie, il appela les barbares. Qu’arriva-t-il ? L’Église les convertit et s’agrandit de leurs dépouilles.

Le démon n’était pas à bout de ressources. Il jeta les yeux sur une petite tribu des environs de la Mecque, scruta d’un regard les dispositions des habitants de l’Afrique, et entreprit de renverser le christianisme en fondant une nouvelle religion basée sur le mépris de la femme, la satisfaction des passions les plus basses et les plus abjectes, et une haine à mort contre tout ce qui était chrétien et voulait faire sortir l’humanité des ténèbres qui l’enveloppaient pour la conduire à un état supérieur. Je ne veux pas retracer cette lutte de plusieurs siècles où la victoire resta toujours à la croix. Poitiers, Lépante, Vienne, marquent les diverses étapes de la victoire de la croix sur le croissant. Qui pourra jamais dire tous les maux que le Coran a faits au vieux monde ? N’est-ce pas à lui que nous devons d’être restés si longtemps sans marcher dans les découvertes que nous n’avons faites que depuis qu’il n’est plus un danger pour nous ?

Le glaive d’acier n’a pas réussi entre les mains de Satan : il a dû s’incliner et s’avouer vaincu. Il a essayé d’un autre moyen beaucoup plus perfide, mais qui ne réussit pas avec le secours de Dieu et de Marie. Il s’est caché dans l’ombre, il a rampé comme le serpent, et de nos jours a voulu nous combattre comme il avait agi envers Eve. Le croissant perdait tous les jours son prestige ; la franc-maçonnerie naquit avec son cortège de sociétés secrètes. Et c’est là, il me semble, le troisième moyen employé par l’enfer pour combattre l’Église catholique. À mon avis, c’est le plus terrible, parce que c’est le plus perfide. Quel est l’enjeu de cette terrible lutte entre Dieu et le démon ? L’enjeu, c’est l’homme ; d’un côté Dieu veut nous élever à un état meilleur, il veut nous faire marcher à la vraie lumière et chaque jour nous dévoiler quelques parcelles de la vérité souveraine ; en un mot, pour parler la langue de notre époque, sur l’étendard de Dieu nous voyons écrits ces mots : science et progrès.

Satan ne veut qu’une chose : abrutir l’homme, le livrer tout entier à ses passions, pour le posséder plus facilement et régner en maître absolu sur son cœur ; sur son étendard on voit gravé : erreur, mensonge et abrutissement. Pour nous, ces deux mots science et christianisme, progrès et christianisme, sont synonymes en ce sens, que philosophiquement parlant nous mettons au défi qui que ce soit, de nous prouver qu’il puisse y avoir une vraie science en dehors de la religion catholique ; et dans ce mot de progrès nous comprenons nécessairement toutes les découvertes faites par l’homme.

Voici donc la conclusion que nous tirons : toute société qui s’oppose au progrès de l’homme est une société mauvaise, perverse, diabolique, également condamnable par la société et l’Église. Or, c’est là le but que se proposent presque toutes les sociétés secrètes musulmanes. Ce qu’elles veulent, le but qu’elles poursuivent aujourd’hui non pas avec l’épée de leurs ancêtres, mais perfidement cachées à la manière de nos francs-maçons d’Europe et avouant eux-mêmes publiquement leur but. C’est de détruire tout gouvernement établi, n’importe lequel : qu’il soit chrétien ou Musulman. C’est ce que disait le Madhi, dont nous aurons à nous occuper plus loin.

« Je les détruirai tous : Turcs et chrétiens ».

C’est là un vrai danger pour l’Europe chrétienne, et, quand on a étudié un peu cette question, quand on voit la marche effrayante que fait le mal dans le monde, quand on voit dans toutes les parties du monde des sociétés organisées à peu près sur le même modèle, ayant le même but, prenant les mêmes moyens, on se demande en vérité comment l’Église pourra sortir victorieuse.

Plaise à Dieu que bientôt nos jeunes gens de France ne soient pas obligés de se croiser de nouveau pour aller combattre cet ennemi qui menaça de renverser l’Europe chrétienne, de détruire toute civilisation, et qui, de nos jours, cherche à nous fermer le vaste continent noir.

Panislamisme. — Tolérance des chrétiens.

Avant de donner les notions générales sur les sociétés secrètes musulmanes, il faut, pour des lecteurs qui n’ont peut-être jamais visité l’Afrique et n’ont eu aucun rapport avec les Musulmans, parler des doctrines politiques de l’Islam. Nous verrons que les sociétés secrètes sont intimement liées avec l’existence même de la religion musulmane, et que celle-ci est un danger permanent pour la civilisation.

De nos jours, on parle beaucoup du panslavisme, panhellénisme, pangermanisme. Rien de plus beau que cette théorie, que de vouloir réunir en un seul peuple et sous un même gouvernement tous les hommes ayant la même langue, les mêmes mœurs, les mêmes aspirations et les mêmes intérêts. Rien de tout cela dans la théorie du panislamisme. Ce mouvement est né et s’est développé à la suite des progrès continuels de l’Europe civilisée en Turquie et en Orient. Le vieux fanatisme musulman s’est rallumé quand il a vu que le sultan de Stamboul, méconnaissant les obligations que lui impose le Coran, faisait alliance avec les chrétiens et laissait entrer peu à peu dans ses États toutes les commodités, tous les avantages que la civilisation nous a donnés.

Dernièrement encore, n’a-t-il pas adhéré au congrès de Berlin et à la conférence de Bruxelles ? N’a-t-il pas aboli l’esclavage, proscrit la traite des noirs ? En un mot, n’a-t-il pas laissé les chrétiens s’occuper des affaires de l’État et faire la police et même la loi jusque dans son empire ? Si les événements se succèdent, bientôt il n’y aura plus d’Islam. Voilà ce que répète tout bon Musulman.

Aussi, des rivages des îles de la Sonde aux bords de l’Atlantique, un mouvement très prononcé s’accentue de jour en jour. Il faut rétablir l’imamat, il faut que les croyants soient libres chez eux, que le chien de chrétien y soit esclave s’il veut habiter parmi eux, mais qu’il n’y commande jamais. Toutes les autorités musulmanes de nom se sont laissées envahir par les idées civilisatrices de l’Europe ; il faut renverser ces gouvernements et reconnaître un seul chef : l’imam. Dieu seul sera le roi de l’Islam, l’imam en sera le Khalife ou vicaire. Ainsi sera rétablie dans toute sa pureté la doctrine politique de l’Islam : l’univers entier ne sera qu’une théocratie, car le globe doit être la propriété des croyants, et Dieu transmettra ses ordres par son vicaire.

Pour peu qu’on réfléchisse à cette théorie, on sera frappé de sa ressemblance avec la religion catholique. Jésus-Christ véritable roi, le Pape, son Vicaire commandant à tous les fidèles ; mais, tandis que Jésus-Christ, dans sa sagesse, a séparé sans les désunir le temporel et le spirituel, Satan veut les unir dans une même personne ; aussi les premiers Khalifes étaient à la fois souverains, prêtres et vicaires du Prophète. Pourquoi toutes ces guerres qui ensanglantèrent l’Islam si longtemps, sinon la nécessité que reconnaissaient tous les musulmans de maintenir l’Imamat? Aussi longtemps que Ali voulut combattre pour cette cause, il fut soutenu par de nombreux partisans ; quand il se fut réconcilié avec son adversaire, il tomba sous le poignard des puritains de l’Islam. L’Imamat ? C’est l’un des dogmes fondamentaux de la religion musulmane.

Les Musulmans doivent être gouvernés par un imam qui ait le droit et l’autorité de veiller à l’observation des préceptes de la loi, de faire exécuter les peines légales, de défendre les frontières, de lever les armées, de percevoir les dîmes fiscales, de réprimer les rebelles et les brigands, de célébrer la prière publique du vendredi et des fêtes du Beyram, de juger les citoyens, de vider les différends qui s’élèvent entre les sujets, d’admettre les preuves juridiques dans les causes litigieuses, de marier les enfants mineurs de l’un et de l’autre sexe qui manquent de tuteurs naturels, de procéder enfin au partage du butin légal.

Tout l’Islamisme est dans ces mots ; et voici comment l’un des plus grands commentateurs arabes Sâd-ed-din-Tefhzani, mort à Boukhara en 808 de l’hégire (1405 de J.-C), les explique et les complète :

L’établissement d’un imam est un point canonique avéré et statué par les fidèles du premier siècle de l’Islam. Ce point, qui fait partie des règles apostoliques et qui intéresse d’une manière absolue la loi et la doctrine, est basé sur cette parole du Prophète : Celui qui meurt sans reconnaître l’autorité de l’Imam de l’époque, est censé être mort dans l’ignorance, c’est-à-dire dans l’infidélité. Le peuple musulman doit donc être gouverné par un imam. Cet imam doit être seul, unique : son autorité doit être absolue, elle doit tout embrasser, tous doivent s’y soumettre et la respecter

Voilà la doctrine qui est enseignée dans tout l’Islam ; c’est ce qu’enseignent les maîtres dans leurs cours, le marabout dans sa mosquée et ce que répète l’Arabe dans sa tente : la terre au Musulman qui doit y commander en maître, et n’avoir qu’un seul et unique chef, voilà en deux mots la théorie politique. Couvert de ses haillons, dévoré par la vermine, portant sur son visage les traces des souffrances de la faim et de toutes les misères, le malheureux sectateur de l’Islam regarde le vainqueur sans courber son front ; il coudoie les triomphateurs revêtus de la soie et de la pourpre, et, sur les trottoirs d’Alger, jamais vous ne le verrez céder la place ; d’un coup de coude il jettera dans la rue le chien de chrétien ; n’est-il pas le maître, et Allah n’a-t-il pas promis la terre à ses fidèles ?

Après soixante ans de conquête, l’Arabe ne nous obéit que parce que nous tenons le sabre, qu’il a vu débarquer des canons énormes, et qu’il voit tous les jours défiler nos nombreux bataillons. À la première occasion, il se lèvera, prendra son fusil, et alors commencera entre lui et nous une guerre de tirailleurs. Plaise à Dieu que la France soit aussi heureuse à ce moment qu’en 1871 !

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Ce n’est pas seulement la haine de la France qui tient au cœur du Musulman, c’est la haine de toute civilisation, de tout progrès. Il se ligue non pas pour arrêter les progrès du catholicisme, mais de la civilisation. Voyez-le, depuis quatorze siècles, il est toujours le même : il a une tente, un chameau ou un cheval, quelques moutons, et il court avec toutes ses richesses d’une oasis à une oasis. Il n’y a pas grande différence entre le nomade et le sédentaire. Même à Alger, quels progrès ont-ils fait depuis l’arrivée des Français ? Tandis que la ville française peut lutter d’élégance et de beauté avec les villes d’Europe, qu’elle en a toutes les commodités, la ville arabe a gardé ses rues tortueuses, étroites, obscures.

Quels progrès l’instruction n’a-t-elle pas faits partout, depuis un demi-siècle ? Le Japon lui-même vient d’entrer dans le concert des nations européennes. L’Islamisme empêchera l’Arabe d’étudier et de s’instruire ; l’Islamisme, c’est la haine de tout progrès et tout Musulman qui veut se mettre sur le même pied que les gens civilisés, doit être en contradiction avec sa doctrine.

Aussi nous répéterons avec M. Rinn que ce mouvement de panislamisme est

« un véritable danger pour tous les peuples européens ayant des intérêts en Afrique et en Asie » ;

et si jamais Dieu permettait qu’il réussît, l’Europe serait replongée dans les ténèbres de l’ignorance et de la barbarie. Maintenant, si ce mouvement est un danger, si ce mouvement est basé sur l’essence même de l’Islamisme, comment prendre ces paroles de Rinn :

« Lorsque, sans parti pris ni passion, on regarde autour de soi en pays musulman, qu’on interroge l’histoire ou qu’on étudie les livres des docteurs de l’Islam, on s’aperçoit bien vite que le caractère dominant de la religion musulmane n’est ni l’intolérance ni le fanatisme. Ce qui domine et déborde dans l’œuvre de Mohammed, c’est l’idée théocratique ; et ce qui frappe chez ses adeptes, c’est l’ardeur des convictions religieuses. Tous les Musulmans sans exception ont cette foi robuste qui n’admet ni compromis ni raisonnement et qui naïvement se comptait dans son Credoquia absurdum. »

M. Rinn n’est pas le seul à soutenir une pareille théorie ; elle semble être à l’ordre du jour, et M. Mas-Latrie semble avoir eu pour but de la prouver dans un ouvrage où il parle des relations commerciales de l’Afrique du Nord avec l’Europe pendant le moyen-âge. Nous ne voulons pas nous arrêter à la réfuter : il n’y a qu’à prendre l’histoire et appeler au tribunal tous les martyrs de la tolérance de l’Islam.

Ne croyons pas que, depuis la mort d’Ali, la théorie que nous venons d’exposer soit tombée dans l’oubli même pratiquement. Chaque souverain aspirait à être l’imam et à ranger sous son autorité toutes les populations musulmanes ; une dynastie même, les Almohades, a pris ce nom de ce qu’elle poursuivait ce but si cher à tous les croyants. Mais, de nos jours, à cause des progrès de l’Europe et de la civilisation, l’Islamisme, acculé au pied du mur, s’est réveillé de sa léthargie et a poussé de nouveau son cri de guerre contre l’Europe et la civilisation. Quels sont surtout les moyens dont il dispose ? Qui est à la tête de ce mouvement ? Les moyens dont il dispose sont les sociétés secrètes ; et ce sont elles qui sont à la tête de ce mouvement et le dirigent. Ainsi, de même que dans le catholicisme les ordres religieux occupent la première place, propagent au loin la parole de Dieu et la défendent, de même, dans le royaume de Satan, nous trouvons des hommes ayant un même but, liés par les mêmes serments et concourant plus énergiquement que les simples fidèles à l’œuvre du démon.

Nos religieux vivent dans une atmosphère plus pure ; prenant à la lettre les préceptes de l’Évangile, ils veulent que la chair soit abaissée au profit de l’esprit : le cilice, la cendre, la discipline, le jeûne, les veilles imposeront un frein d’acier aux passions ; tous les sens seront parfaitement soumis, et jamais chez eux on ne constatera ces états d’exaltation qui dénotent un cerveau mal équilibré. Loin de faire dominer l’esprit sur la chair, la raison sur les sens et l’imagination, les ordres religieux musulmans placeront l’âme dans un milieu énervant et désorganisateur ; l’âme n’aura plus cette force que quelquefois la nature seule, sans le secours de la grâce, donne à quelques caractères bien trempés : Satan favorisera de son mieux le développement du caractère de ces pays ; au lieu de combattre l’imagination, il l’exaltera soit par des moyens naturels, l’opium, le hachisch et les autres plantes solanées, soit par d’autres moyens, qui, plaçant l’âme endormie déjà à moitié par les opiacés, dans ce demi-milieu de sommeil et de veille, fait naître en elle une sensibilité excessive, active l’ardeur de l’imagination, et lui fait prendre des mensonges et des illusions pour la réalité. La sainteté de nos ordres religieux repose sur l’humilité et l’Évangile ; les ordres religieux musulmans reposent sur l’orgueil et le Soufisme.

Soufisme. — Extases et visions.

Tout ce qui précède sert, pour ainsi dire, d’introduction et de point d’attache aux sociétés secrètes. Nous savons d’où elles découlent ; pénétrons maintenant dans leur constitution. Quelle est donc la doctrine qu’elles professent ? A quelle philosophie se rattachent-elles ? À la philosophie indienne, au Soufisme. Le Soufisme est aux ordres religieux musulmans ce que l’Évangile est aux ordres religieux catholiques.


La première association musulmane remonte à l’origine même de l’Islamisme. D’après les historiens arabes (au rapport de Brosselard, les Khouan, page 29), la première année de l’hégire, 90 habitants de la Mecque et de Médine, convertis récemment à la nouvelle religion, se réunirent et formèrent une sorte d’association ayant pour objet

« d’établir entre eux la communauté des biens, et de s’acquitter tous les jours de certaines pratiques religieuses, dans un esprit de pénitence et de mortification. »

Dans cette institution, il faut reconnaître l’influence du christianisme ; on sait, en effet, combien nombreux étaient à cette époque les monastères de la Thébaïde et quelle gloire ils avaient jetée sur cette contrée. Ce ne furent pas les doctrines ni la manière de vivre des moines, mais bien les doctrines et la manière de vivre des Soufi qui furent adoptées.

Soufi (de la racine arabe Sofa = élire, choisir, être pur) désigne, dans la langue mystique, tout homme qui méprise les biens de la terre, et ne s’attache qu’aux biens célestes. Nous livrons à la sagacité de nos linguistes de trouver les rapports entre ce mot et le mot grec sophos.

Nous pouvons l’affirmer sans aucune hésitation : le Soufisme vient de l’Inde ; que de rapports entre cette philosophie indienne qui trouve la perfection dans la plus absolue abstention de tout acte même intellectuel et cette doctrine énervante, dissolvante, qui fait croire que la perfection consiste dans une union purement passive avec la divinité ! Qui d’ailleurs mieux que les Arabes pourra nous renseigner à cet égard ? Nous allons citer d’abord le fondateur des Djénidya, auxquels, suivant le mot du cheikh Snoussi,

« presque tous les ordres viennent se rattacher. »

Aboul-Kacem-el-Djenidi est né à Bagdad où il est mort entre les années 296 et 298 de l’hégire (908-911 de J.-C). On accourait en foule l’écouter à Bagdad, et il a laissé plus de 180 ouvrages sur les matières les plus ardues et les plus difficiles. Ce fut lui qui introduisit dans l’Islam les doctrines panthéistiques de l’Inde et leur donna tout le poids de son autorité. Voici comment il définissait le Soufisme :

« Délivrer l’esprit des instigations des passions, se défaire d’habitudes contractées, extirper la nature humaine, dompter les sens acquérir des qualités intellectuelles, s’élever par la connaissance de la vérité et faire le bien. Nous n’avons pas appris le Soufisme de tel ou tel, mais de la faim, du renoncement au monde et à ses habitudes. »

Il faut remarquer surtout la dernière phrase, qu’on ne comprendra que lorsqu’on aura lu cette étude. Pour faire pénétrer dans l’Islam ces doctrines perversives et hérétiques, puisqu’elles détruisent l’unité de Dieu, il fit ce qu’ont toujours fait les hérétiques : il donna aux mots un sens différent et put ainsi, sous le voile de l’orthodoxie, exprimer les erreurs indiennes.

Cette doctrine s’est transmise à travers les siècles d’ordres en ordres; elle est, comme nous l’avons dit, la base, nous dirons même l’âme des sociétés musulmanes.

« Ce qui forme l’essence de tout le système des Soufi, dit l’historien Ibn-Khaldoun qui vivait au XIVe siècle de notre ère, c’est cette pratique d’obliger souvent l’âme à se rendre compte de toutes ses actions et de tout ce qu’elle ne fait point, et en outre l’exposition et le développement de ces goûts et de ces extases qui naissent des combats livrés aux inclinations naturelles, puis deviennent, pour le disciple de la vie spirituelle, des stations dans lesquelles il s’élève progressivement en passant de l’une à l’autre. Le dégagement des sens arrive le plus souvent aux hommes qui pratiquent le combat spirituel, et alors ils obtiennent une perception de la nature véritable des êtres ; car la méditation est comme la nourriture qui donne la croissance à l’esprit… Les notions fournies par le Soufisme se prêtent encore plus difficilement que les autres à une classification scientifique. Cela tient à ce que les Soufi prétendent résoudre tous les problèmes au moyen de perceptions obtenues par eux dans le monde spirituel. »

A ces paroles du grand historien arabe, ajoutons ce que dit sur les devoirs des Soufi le cheikh algérien Mohammed-el-Missoum, khalifat de l’ordre des Chadelya :

« Les devoirs d’un véritable Soufi consistent dans l’accomplissement des prescriptions de Dieu : jeûne, prière, aumône, pèlerinage ; connaître Dieu et le prier sans cesse, en proclamant ses louanges, en disant :

« Il n’y a pas d’autre divinité que Allah !

« louange à Dieu, Dieu est très grand. »

La première condition pour le Soufi est de mettre entièrement de côté ce bas monde et ceux qui l’habitent ; c’est d’avoir continuellement devant les yeux la vie future, de terrasser l’orgueil et l’envie; c’est de ne point s’exposer à la mort dans des entreprises au-dessus de ses forces. En effet, Dieu a dit :

Ne travaillez pas à votre mort.


Tous les efforts du Soufi doivent tendre à trouver sur terre une place où il pourra librement et sûrement s’occuper de ses exercices de piété. »

On serait dans l’erreur de croire que, dans tous les ordres religieux, le Soufisme a eu les mêmes honneurs. Le Soufisme a eu aussi ses martyrs, victimes de l’intolérance gouvernementale, pour employer le jargon des sociétés secrètes. Le plus célèbre de ces martyrs est Chabed-din-es-Scherourdi, surnommé Cheikh-el-Mektoul, qu’il ne faut pas confondre avec le fondateur de Scherourdya, dont nous parlerons plus loin ; il se fit un grand renom comme philosophe, répéta dans des traités célèbres les doctrines des Platoniciens et des Aristotéliciens. Accusé de magie et d’hérésie, il fut mis à mort en 1190 de J.-C. au Caire par Salah-ed-din (Saladin). Un ordre, celui des Khelouatya, a condamné le Soufisme ; mais c’est une exception.

Et même, ne rejetons pas sur l’ordre tout entier ce qui n’est propre qu’à un individu formant l’un des anneaux de la chaîne de cet ordre, Abd-el-Ouhab-ech-Charani. Il nous semble que les quelques lignes que nous allons citer est ce qu’il y a de mieux pour nous faire comprendre la funeste influence du Soufisme :

« Ces hommes (les Soufi) finissent par tomber dans les aberrations et par être le jouet de visions futiles quand ils ont épuisé les forces de leur corps par les jeûnes, le silence, les insomnies et la solitude. Alors ils aperçoivent, dans leur imagination bouillonnante, des fantômes qu’a formés leur exaltation ; quelquefois ces fantômes leur parlent ; quelquefois il se croient enveloppés de lumière ou de ténèbres, et voient de hideuses images, telles que des chiens, des vipères, etc.. »

Charani nous rapporte les paroles de l’un de ces maîtres, Ali-el-Karouas ; celui-ci, ayant rencontré un de ces derviches qui vivait ainsi dans la solitude, fuyant la société de ses semblables afin de parvenir à une plus grande sainteté :

« Mon frère, mon frère, laisse-là la solitude, lui disait-il ; ce qui doit t’arriver arrivera ; la vraie sainteté ne s’obtient pas par des actes ; elle est un don de Dieu ; aucune de nos œuvres ne peut nous la mériter ; cependant, il y a une sainteté inférieure et ordinaire qui peut être le fruit de nos efforts, selon que le dit le Coran :

« Mon serviteur est celui qui sans cesse s’approche de moi par des actes de piété, afin que je l’aime. Frère, si ton Cheikh te commandait de rester pendant trente ans dans cette solitude, et d’y souffrir la faim pendant trente ans, tu n’atteindrais pas à la hauteur de cette sainteté à laquelle tu aspires et que tu veux acquérir par tes souffrances.

– Je n’abandonnerai pas ma solitude, reprit l’ascète .
Laisse-là ton funeste dessein. Adore ton Dieu selon ses désirs, car ta fin approche. »

Le derviche s’obstina dans sa résolution ; quelques jours après, il était mort de faim.

Nous ne nous arrêterons pas à réfuter les erreurs de doctrine ; on voit que c’est une anecdote musulmane où tout est musulman ; mais nous doutons qu’on puisse faire d’une manière plus piquante et plus pittoresque la critique du Soufisme. Tout homme de sens doit comprendre ce qui se passe dans un pauvre cerveau humain déjà affaibli par la chaleur et les souffrances de toutes sortes, qui doit dans une même journée répéter sans cesse la même phrase, passer dans le jeûne et le recueillement le plus profond chacune de ses journées, et chasser loin de son esprit la moindre distraction qui pourrait le détacher de Dieu. Que penseraient, nous le demandons, non pas les directeurs de séminaires, mais les médecins, de cette contention d’esprit ? Et qu’on ne dise pas que nous exagérons. Plus loin, quand nous indiquerons ce que chaque adepte doit réciter par jour, nos prêtres catholiques s’estimeront heureux d’être nés sous le régime vraiment libéral de Jésus-Christ, et nous autres laïques, nous trouverons que vraiment le joug de Notre-Seigneur est bien doux en comparaison de celui que le démon impose à ses adeptes.

Les derviches, fakirs, khouans

Peu importe le nom sous lequel on les désigne, quoique cependant entre ces mots il y ait une différence, sont-ils vraiment favorisés d’apparitions, d’extases ? Le démon, déguisé en ange de lumière, leur apparaît-il quelquefois pour leur dévoiler l’avenir ou leur tracer leur ligne de conduite ? Avant de répondre, nous devons auparavant faire remarquer que celui qui voudrait entreprendre dans les sociétés secrètes musulmanes les explorations que le Dr Bataille a opérées dans la franc-maçonnerie universelle, ne s’en tirerait pas à aussi bon compte. Nous ne voulons pas dire que sa vie fût plus exposée dans la capitale des Snoussya que dans un des temples de la San-ho-hei ; mais nous soutenons que le premier pas à faire doit être un pas sur la croix, et nous avouons que, malgré tous les désirs que nous ayions eus d’arriver à cette fin, nous n’avons pu sacrifier la foi du chrétien et du Français.

Simple laïque, je conserverai, je l’espère avec la grâce de Dieu, jusqu’à mon dernier soupir, la grâce de mon baptême, et plus de dix ans en Afrique n’ont pas pu diminuer la ferveur de ma foi. De nos jours, Dieu semble avoir apaisé sa colère contre les fils de Cham : un nouveau jour semble luire sur le malheureux continent noir. Peut-être Dieu permettra-t-il bientôt que les mystères qui se passent dans cette terre maudite soient mis à découvert. Et pourquoi n’arriverait-il pas pour ces sociétés ce qui est arrivé pour la franc-maçonnerie ?

Il y a trente ans, connaissait-on la dixième partie de ce qu’on sait maintenant, avant que Léo Taxil et le Dr Bataille eussent enfin levé le voile? Nous savons que des Français peuvent être initiés aux sociétés secrètes musulmanes ; nous savons qu’avec des métaux on peut visiter les diverses zaouia des différents ordres ; nous savons que des Français y ont pu pénétrer.

René Caillé aussi a pu faire sans danger le parcours de Saint Louis (Sénégal) à Tanger ; mais nous ne croyons pas qu’il soit possible de le faire sans renier sa foi. Les Arabes forceront toujours à répéter la formule :

« Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mohammed est son prophète » ; prononcer cette formule est une vraie apostasie, et quand on ne la prononcerait que de la bouche, les Musulmans nous considéreront toujours comme des apostats, comme des vrais croyants. Même en prononçant cette formule, ne croyons pas que tout Khouan puisse visiter et fouiller dans tous les rituels. Plus tard, quand nous parlerons des Snoussya, nous montrerons toutes les précautions qui sont prises.

Pour moi, je suis convaincu que vraiment les Khouan qui pratiquent fidèlement les observations de leur ordre sont favorisés de visions et d’extases. Tous les ordres, en enrôlant des sujets, leur promettent cette faveur ; et il serait étonnant que cette promesse ne fût pas réalisée, et que les adeptes s’accrussent à ce point. Sans doute, au commencement, ce ne sont point de vraies visions, ce sont plutôt des hallucinations ; nous croyons tout dire en un mot, en disant que les pratiques religieuses des Khouan doivent nécessairement et infailliblement produire dans l’esprit et l’imagination le même effet que l’opium dans le cerveau de ceux qui s’y adonnent.

J’ai admiré, dans le docteur Bataille, la description qu’il fait des danses au Dahomey et ce qu’il nous a dit des derviches tourneurs et hurleurs de Constantinople. Ne croyons pas que ce que dit le docteur s’applique seulement aux derviches turcs : pour peu qu’on ait habité l’Afrique du Nord et séjourné dans les tribus où l’Européen n’a encore fait que de rares apparitions, on s’aperçoit bien vite de l’action dissolvante et de l’influence néfaste qu’ont sur les individus les cérémonies et fêtes de la religion musulmane.


C’était au mois d’août. Tous ceux qui ont parcouru ou habité l’Algérie et la Tunisie savent quelle chaleur règne dans la contrée à cette époque. De neuf heures du matin à quatre heures du soir, le thermomètre marque ordinairement de 25 à 30 degrés dans les endroits les plus frais des maisons européennes, et il n’est pas rare de voir dans la rue le thermomètre monter jusqu’à 35 et 40 degrés, surtout dans les villages arabes, où les rues sont de véritables entonnoirs.

On devine toute l’influence de ce climat sur le système nerveux, et combien a été sage Mahomet le jour où il proscrivit l’usage des liqueurs fortes. On célébrait la fête du Mouled ou anniversaire de la naissance du Prophète. C’était la première fois que je passais cette fête dans un village presque exclusivement composé de Musulmans.

Toute la journée fut calme ; comme les jours ordinaires, personne ne se montra dans les ruelles ; mais le soir, à peine le soleil avait disparu derrière l’horizon, que peu à peu la foule s’amassa au souk ou lieu du marché. Tous arrivaient lentement et nonchalamment ; leur figure portait l’empreinte de la fatigue et leurs paupières enflées semblaient réclamer le sommeil. Ne cherchez pas dans ces hommes abrutis par les excès, pourris par les passions, beaucoup d’expansion dans la conversation, et un Français s’ennuie vite avec eux s’il se respecte ; quelques monosyllabes, plus ou moins gutturaux, sortaient seuls de leur poitrine, et ils s’asseyaient sur les bancs de pierre du souk, enveloppés toujours de leur burnous. Quand la foule fut assez nombreuse, j’entendis un premier coup de tam-tam, et alors toutes les voix commencèrent en cadence à réciter la fatiha, ou première sourate du Coran. Il faut entendre ce chant monotone pour s’en faire une idée. Pendant plus de trois heures, ils crièrent tous, à tue-tête, ces cinq ou six versets de leur livre sacré : tantôt la voix montait et arrivait au point le plus aigu que peut atteindre une voix humaine; tantôt elle descendait presque subitement au grave.

Qu’éprouvé-je pendant ces longues heures ? J’étais à peine à cinquante mètres du lieu de la scène, et je trouvais bien longues ces heures d’insomnies. Je souffrais non pas tant du bruit que de cette modulation qui troublait mon cerveau surexcité et me plaçait dans un état menteur ; non, je ne puis dire ce que j’ai senti. Une seule chose dans ma vie m’a paru se rapprocher de ce que j’éprouvai alors ; vers l’âge de 12 ans, j’eus le délire pendant quatre jours : pendant ces trois heures, je croyais être dans le délire. Quelle influence néfaste et désastreuse ne devait pas avoir cette musique dissolvante sur ces pauvres Arabes, dont l’imagination, chez la plupart d’entre eux, est surexcitée par le haschich, et dont beaucoup pensent que, si Mohammed a défendu de boire des liqueurs fermentées, il ne faut pas comprendre dans cette catégorie l’alcool et ses accessoires et surtout l’absinthe.

Nous nous sommes étendu à dessein sur ce sujet ; car, pour nous, le Soufisme est la base et l’âme de toutes les sociétés secrètes : nous avons cité plus haut les paroles du cheikh Snoussi, que toutes les sociétés musulmanes se rattachent aux Djenidya. Le Soufisme apporta à l’Islam la philosophie malsaine de l’Inde, laquelle sut admirablement s’adapter à l’indolence du peuple arabe, tout en favorisant grandement son amour du merveilleux. Pouvoir jouir de visions, d’extases, avoir commerce avec les esprits supérieurs, et même avec Dieu, n’est-ce pas le plus grand désir de l’Arabe ?

Il se voit entouré de la vénération de ses concitoyens, qu’il fascine en opérant des prodiges ; et il devient, dans sa solitude où viennent le consulter les grands de la tribu, l’homme le plus influent et le plus célèbre de la contrée. Tandis, en effet, que l’extatique véritable, favorisé des dons de Dieu, vit dans la plus grande humilité, l’extatique diabolique, au contact de l’ange révolté, sent redoubler son orgueil. Nous allons essayer, pour notre part, de pénétrer dans cet antre de Satan. Certes, nous ne dirons pas le dernier mot ; mais ce que nous dirons fera soupçonner toutes les pratiques sataniques auxquelles se livrent les affiliés. Avoir fait tourner les yeux de quelques hommes éclairés vers cette partie de la terre, avoir soulevé un coin du voile qui couvre les mystères de Satan, c’est pour nous tout ce que nous voulons et désirons. Nous avons lu quelques livres sur la franc-maçonnerie ; nous avons suivi attentivement le Dr Bataille : nous n’avons encore rien trouvé d’aussi clair, d’aussi explicite sur les apparitions dont peuvent être favorisés les affiliés aux sociétés secrètes et les moyens de les obtenir.


Nous croyons qu’on pourrait diviser en deux grandes catégories les affiliés aux ordres religieux favorisés d’extases : le khouan Mohammedi, et le khouan Touhidi. Le khouau Mohammedi serait celui auquel le prophète Mohammed se montre en visions, extases, sommeil ; tandis que le Touhidi qui serait parvenu au dernier et suprême degré de l’extase serait celui qui jouit de la vue de Dieu.

Nous prions les prêtres qui nous liront de ne pas juger une pareille théorie d’après leur théologie : les Arabes ne sont pas si logiques. Nous la ferons connaître de notre mieux, et nous y joindrons à la fin les diverses interprétations de songes ; ce sera un complément à ce qu’a dit le docteur Bataille. Tout Khouan qui veut vraiment entrer dans l’esprit de son ordre doit tendre de toutes ses forces à l’extase, comme le religieux doit tendre à la sainteté que prescrit sa règle.

Au fond, les ordres musulmans ont le même but que les nôtres : sanctifier leurs adeptes ; seulement, ils errent sur les moyens et la véritable fin. L’extase, en effet, ne peut s’acquérir, c’est un don de Dieu; si l’on y arrive par des efforts suprêmes de l’imagination, c’est plutôt de l’hallucination et une ruse du diable. Nous le disons donc, tout ordre musulman tend à l’absorption de ses membres dans la contemplation du Prophète, et, comme dernier effort, dans l’essence divine. L’affilié à l’ordre des Seddikya (fondé par Abou-Beker-es-Seddik, mort l’an 13 de l’hégire, 635 de J.-C.) doit y tendre de tous ses efforts : actes, paroles, pensées, tout son être en un mot doit être dirigé vers ce but unique. Jamais il ne doit retourner les yeux en arrière pour voir le chemin parcouru ; mais, plein d’ardeur pour sa sanctification, partout, dans la solitude comme sur la place publique, toujours, le jour comme la nuit, dans le sommeil comme dans les veilles, il doit avoir ce but, cet unique but, voir et contempler le Prophète, être en rapport avec le Prophète, pour que le Prophète dirige toutes ses. actions.

Quand il sera parvenu à ce point, quand cette idée sera devenue son idée fixe, alors le Prophète commencera à lui apparaître, d’abord dans le sommeil, ensuite dans ses moments difficiles, et enfin l’extase vers laquelle il a porté tous ses efforts, l’extase arrivera. Quelle joie alors, quelle puissance de voir tous ses efforts couronnés de succès ! il faut l’avoir goûtée pour s’en faire une idée. Le malheureux voyageur, qui dans le désert, a éventré son dernier chameau pour ne pas succomber à la soif, et qui tout à coup parvient à une source pure, ne peut nous en donner qu’une bien faible idée : l’un sauve une vie périssable et cette source d’eau vive ne lui conserve une vie que pour souffrir davantage ; l’autre, au contraire, est parvenu à une vie supérieure.

Sûr désormais de goûter pendant l’éternité les délices que le Prophète a promises à ses fidèles croyants, il est dans l’allégresse ; car, même dans ce séjour, les malheurs et les souffrances ne pourront plus l’atteindre. Le Prophète l’assistera toujours de sa puissance : il veillera sur son fidèle initié, et aucune autre créature n’aura de pouvoir sur lui.

Inutile d’ajouter que, selon la règle des Seddikya, le but suprême et dernier, c’est la glorification de l’Etre suprême. Là encore il faut établir une distinction entre les gens de nature vulgaire et les intelligences d’élite. Tous, n’importe à quelle catégorie qu’on les range, doivent en effet tendre à la complète absorption de leur être dans le Prophète.

A ce degré, ils devront réciter l’oraison Selat-el-Tama, qui est une des prières dites EI-Techchidat-el-Abderramia. Mais les adeptes d’un esprit plus élevé ne s’arrêteront pas là : ils devront marcher dans les voies de la perfection. Ceux qui veulent se distinguer du vulgaire doivent s’astreindre adiré chacune de ces prières douze fois de suite, et lorsqu’ils en auront pénétré le sens secret, quand ils auront compris toute la moelle de cette doctrine, le cœur purifié de toutes ses souillures, détaché de tous liens terrestres, ils passeront à une autre oraison pour invoquer plus spécialement et avec plus de ferveur le Prophète de Dieu.

Voici cette oraison :

Dieu, répandez vos bénédictions sur notre seigneur Mohammed (ici dire la quantité), que ces bénédictions soient aussi nombreuses que les choses que vous avez créées en ce monde, les étoiles, les arbres, brins d’herbe, etc.

Recommandation très importante : ne pas oublier le mot Sidna (notre Seigneur) ; sous ce nom, se cache un mystère que connaît seul celui qui fait cette oraison avec ferveur. Cette prière purifie le cœur, éclaire l’âme qui ne doit alors prononcer que des paroles saintes et des formules sacrées :

« Il n’y a de divinité que Allah ; Mohammed est son Envoyé »,

et autres semblables que l’on trouvera plus loin quand nous parlerons du diker. Ces invocations, qui doivent être répétées à chaque instant de la vie, donnent à l’âme une vigueur et une force que peuvent soutenir les forts seuls. Enfin, quand toutes ces prières, quand toutes ces invocations auront produit dans l’âme tout l’effet désiré et attendu, quand toutes les forces de l’âme seront tournées vers un seul but : Dieu ; alors seulement on pourra aborder la prière qui élève l’âme vers le Seigneur Très-Haut.

Voici cette prière :

Que le Dieu Tout-Puissant soit glorifié ! O Dieu, répandez vos bénédictions sur notre seigneur Mohammed, sa famille et ses compagnons, et sur eux le salut.

Voilà donc le Khouan en correspondance avec l’âme de Mahomet. Suivant Snoussi, que nous n’avons fait qu’analyser, les visions se produisent soit à l’état de veille, soit à l’état de sommeil. L’âme sainte du Prophète nourrit, dirige et conduit jusque dans les degrés les plus élevés de l’illuminisme les Khouan qui ont voulu se donner à lui. Voilà donc le premier état, et les rapports du Khouan Mohammedi avec le Prophète, ou plutôt avec le démon : car, ainsi que tout le monde le sait, les morts une fois dans la tombe n’en sortent que rarement et avec la permission seule de Dieu ; les visions qui, comme dans le cas présent, n’ont pour but que de flatter l’individu, ne peuvent être l’œuvre de Dieu, il faut y reconnaître l’œuvre du diable.

Nous nous hâtons de le dire, nous sommes persuadés et tout homme de sens le sera avec nous quand nous aurons fini cette étude, que les neuf dixièmes des visions ne sont que des hallucinations. Le Khouan; a cela dans son esprit qu’il peut et doit tomber en extase, il prend pour cela des moyens que nous indiquerons au chapitre de l’organisation de ces sociétés. Quoi d’étonnant que dans leurs veilles, leurs insomnies et leur sommeil, l’imagination leur retrace l’image telle qu’ils se sont plu à se la représenter.

Mais le Khouan Mohammedi ne s’arrêtera pas à ce degré ; il voudra devenir touhidi, c’est-à-dire être en rapport non plus avec une créature, mais avec la divinité elle-même. Le touhidi est l’affilié parvenu à ce degré d’absorption avec Dieu où le mystique disparaît si complètement à ses propres yeux et à sa pensée, qu’il n’est plus occupé même de la considération des attributs divins : toutes ses facultés et tout son être étant anéantis et absorbés en Dieu.

Dans ce dernier état, il n’y a plus de moi : le mystique a disparu, ses qualités, ses membres, ses actions ne sont plus à lui, tout cela est Dieu. Où trouverons-nous exprimée d’une manière plus catégorique l’affreuse doctrine du panthéisme.

Voyons maintenant les moyens que préconisent les auteurs musulmans pour que le Khouan arrive

« à l’anéantissement de son individualité absorbée dans l’essence divine ».

Cheikh Snoussi nous les fera connaître, quand dans son livre des appuis, il donne la doctrine, et décrit les cérémonies des Nakechibendya. Nous allons citer presque mot à mot la traduction donnée par Rinn.

Le premier moyen consiste à réciter les prières qui plongent l’esprit dans les attributs de la divinité et à répéter les paroles qui lui conviennent le mieux, c’est-à-dire : il n’y a de divinité que Allah. Pour cela, il faut prendre la même posture que pour les prières ordinaires : fermer les yeux, serrer les lèvres, replier la langue contre le palais et placer ses mains contre les cuisses. Alors on commence par ménager son haleine et on dit gravement : Il n’y a de divinité que Allah, en élevant la tête à partir du milieu du corps et en la reportant à sa position naturelle. On répète cette même invocation en replaçant la tête au même point de départ, et en la dirigeant vers l’épaule droite, puis enfin vers l’épaule gauche, toujours avec la plus grande ferveur.

Cet acte se fait un nombre de fois impair. Ensuite on oblique la tête à droite, et, retenant son haleine, on ajoute :

« Mohammed est l’envoyé de Dieu »,

puis:

« divinité, vous êtes mon but, je crois en vous et je vous implore » ;

après quoi on donne libre cours à sa respiration pour recommencer encore et ainsi de suite. On a soin d’observer scrupuleusement de rejeter de son esprit toute pensée autre que celle de la prière et de s’imposer le recueillement et la ferveur qui conviennent à une pareille situation.

Le deuxième moyen se borne à la répétition mentale de l’invocation : il n’y a de divinité que Allah, qui a pour but d’accélérer le résultat vers lequel on tend.

Le troisième moyen, qui consiste à s’absorber dans l’esprit de son Cheikh, n’est profitable qu’à celui qui est naturellement porté à l’extase. Pour atteindre ce but, il faut se graver dans l’esprit l’image de son Cheikh et la considérer comme son épaule droite, ensuite tracer de l’épaule au cœur une ligne destinée à donner passage à l’esprit du Cheikh, pour qu’il vienne prendre possession de cet organe. Cet acte doit se renouveler jusqu’à ce que le chef religieux que l’on invoque vienne prendre possession du cœur et vous absorber dans la plénitude de son être.

Le quatrième moyen repose sur la conscience que l’homme a d’être constamment vu et observé par Dieu. Il offre deux manières d’arriver au but : la première consiste à surveiller son cœur et à l’empêcher d’être accessible aux pensées mondaines, jusqu’à ce qu’il soit pénétré de la ferveur la plus parfaite. Le cœur arrive ainsi à percevoir la vérité. Après quoi il se trouve assoupli par le feu qui fait briller la majesté et la grandeur de Dieu de leur plus vif éclat. Cet état d’extase conduit à la vue de son Cheikh.

La deuxième manière est celle qui amène le plus vite au résultat désiré, mais elle n’est praticable que pour ceux qui sont doués d’une foi sincère, ardente et inébranlable. Si on la choisit, on doit s’absorber avec recueillement dans tout ce qui a trait à la Divinité et au nom de Dieu, sans s’attacher à remarquer si l’on s’exprime en langue arabe ou étrangère ; il faut faire abstraction complète de son être, absolument comme si on n’existait pas, et agir comme si l’on s’ignorait soi-même, afin de faire affluer les forces physiques et les perceptions des sons vers le cœur vital, en s’aidant de toute sa ferveur.

Si ces pratiques présentent des difficultés, on se contente d’abord de s’absorber dans l’esprit de la Divinité, considérée comme un feu invisible recouvrant tout ce qui est créé ; et persister dans cet état jusqu’à ce que le cœur se soit suffisamment préparé à passer à un degré plus élevé, et que l’image des choses profanes s’évanouisse.

Voilà donc quelques-uns des moyens vantés par le fondateur des Nakechibendya, d’après Snoussi. Il est bien entendu que ces moyens ne sont pas les seuls, mais qu’il faut y joindre les autres désignés plus haut. Dans ce même ordre, on vante beaucoup, comme moyen le plus apte à faire atteindre le but, la récitation des prières dites Sebehan, qu’il fait faire pendant trois nuits consécutives, après s’être bien purifié, avoir fait ses ablutions, s’être parfumé, avoir jeûné trois jours et revêtu deux habits neufs.

On serait vraiment tenté de rire des moyens employés et de la bêtise humaine, si on n’était à côté de Satan, si on ne voyait que, par ces moyens ridicules, Satan va faire tomber avec lui dans les abîmes tant d’âmes qui devraient louer Dieu pendant l’éternité. C’est bien triste quand on considère tout cela ; c’est bien plus triste encore quand on songe que, depuis plus, de mille ans, le démon opère son œuvre sur ce vaste continent sans quepersonne vienne lui disputer la proie.

Enfin, le bras de Dieu a cessé de s’appesantir sur les malheureux enfants de Cham. Le grand Cardinal qui est mort depuis un an à peine a engagé avec les sectes musulmanes un combat corps à corps : six de ces fils sont tombés sous leur poignard ; il avait eu le courage de dévoiler à l’Europe leurs agissements et leurs affreux desseins.

Les Pères Blancs, que déjà l’univers connaît à cause des progrès étonnants et extraordinaires qu’ils ont fait faire à la civilisation dans les Grands Lacs, semblent être les pionniers de la civilisation dans le Nord de l’Afrique. Saluons avec eux l’aurore d’un jour nouveau qui s’est levé pour ces tribus malheureuses. Nous reparlerons de cette œuvre admirable qui seule suffirait à perpétuer le nom du cardinal Lavigerie.

Continuons notre analyse de l’extase. Le Khouan qui veut devenir touhidi doit parcourir divers degrés avant de parvenir à jouir parfaitement de l’objet de ses désirs. Ce sera toujours Snoussi qui nous expliquera parfaitement les divers degrés par où l’âme doit passer avant d’arriver à la parfaite possession de Dieu, à l’anéantissement de l’individualité, dans l’essence de Dieu. Voici donc ce que le cheikh Snoussi nous dit sur la doctrine des Khelouatya : nous compléterons de la sorte cette étude.

Les visions ne peuvent frapper l’individu que dans le recueillement et la retraite : tout d’abord il voit la lumière résultant de ses prières et purifications, puis celle du démon en même temps que celle des honneurs. La Vérité se manifeste alors dans toute sa gloire, soit sous la forme de choses inanimées comme le corail, soit sous celle de plantes et d’arbres tels que le palmier, ou sous celle d’animaux, ou sous la sienne propre, ou enfin sous celle de son Cheikh.

Ensuite, l’adepte jouit d’un nombre infini d’autres lumières qui sont pour lui le plus parfait des talismans. Leur nombre s’élève à soixante-dix mille, il se subdivise en plusieurs séries et compose les sept degrés par lesquels on parvient à l’état parfait de l’âme.

Le premier de ces degrés est l’humauité. On y aperçoit dix mille lumières que peuvent voir seulement ceux qui peuvent y arriver : leur couleur est terne, elles s’entremêlent les unes dans les autres ; cet état permet, en outre, de voir les génies. Ce degré est facile à franchir, l’âme étant naturellement poussée à fuir les ténèbres et à chercher la lumière.

Pour atteindre le second, il faut que le cœur soit purifié, alors on atteint le second degré, celui de l’extase passionnée : dix mille autres lumières l’éclairent, leur couleur est bleu clair. Le bien acquis appelle sur cette âme d’autres biens : alors elle arrive au troisième degré qui est l’extase du cœur. Là on voit l’enfer et ses accessoires, et dix mille autres lumières dont la couleur est rouge ; mais si on veut jouir de la vue de ces lumières, il faut se mortifier dans la nourriture et ne pas prendre ce dont on est le plus friand ; ces choses font paraître ces lumières environnées d’une fumée qui en ternit l’éclat. Si ce phénomène se produit, il faut s’arrêter là : c’est un signe que l’esprit ne veut pas laisser avancer davantage dans la perfection, et qu’il faudra renoncer pour la vie à être touhidi et mohammedi.

Mais si on peut franchir ce degré, on arrivera au quatrième : l’état d’extase de l’âme immatérielle. Dix mille lumières viendront toujours éclairer le Khouan qui s’aventure dans cette voie et lui indiquer le vrai chemin. Là, les âmes du Prophète et des saints viendront consoler, soutenir, encourager et fortifier celui qui voudra parcourir toute la voie de la perfection. La couleur des lumières est d’un jaune très accentué.

Le cinquième degré est celui de l’extase mystérieuse : on y contemple les anges et dix mille autres lumières d’un blanc éclatant.

L’extase d’obsession est le sixième degré, les dix mille lumières qu’on y aperçoit sont autant de miroirs limpides. Parvenu à ce point, le Khouan ressent un délicieux ravissement d’esprit qui a pris le nom d’El-Khadir, qui est le principe de la vie spirituelle.

Alors on voit le Prophète Mohammed. Enfin, on arrive aux dix mille autres lumières cachées, et on atteint le septième degré, qui est la béatitude. Ces lumières sont vertes et blanches, mais elles subissent des transformations successives, passent successivement par toutes les couleurs.

Le Khouan est alors touhidi : il a dû franchir les cinq premiers degrés avant de devenir Mohammedi. A ce dernier et sublime degré de l’extase, les lumières qui éclairent les attributs de Dieu se dévoilent et on entend les paroles du Seigneur : alors on n’appartient plus à ce monde, les choses terrestres s’évanouissent, on ne se sent plus soi-même, on est perdu dans l’infini. Nous avons dit que les extatiques pouvaient se diviser en deux grandes catégories : les mohammedi et les touhidi : on ne peut pas donner, en effet, le nom de vraie vision ou d’extase aux cinq premiers ,degrés que nous avons énumérés ; ce sont plutôt des hallucinations, de même que dans le catholicisme nous ne donnons le nom d’extase et de vision que lorsque la Sainte Vierge et un saint ou Notre-Seigneur apparaissent à une âme privilégiée. Mais nous savons que jamais la divinité elle-même ne s’est montrée à aucun homme, excepté peut-être une fois à la Sainte Vierge

Par conséquent, le Khouan touhidi est une impossibilité, mais n’est-ce pas là ce qui montre le doigt et l’inspiration de Satan. Qui se montre à eux sous l’apparence de la divinité si ce n’est Lucifer lui-même ? Donc les Khouan parvenus à
ce dernier degré rendent un vrai culte à Lucifer qui, pour le moment, prend la place de la divinité. Ne nous étonnons pas de voir les adeptes de Satan, parvenus à ce degré d’observation, éprouver des joies et des plaisirs dont nous ne pouvons nous faire une idée. Ne nous étonnons pas de les voir sans cesse vouloir s’unir à ce dieu qui les trompe malheureusement. Les extrêmes se touchent, dit-on vulgairement : il est certain, en effet, que l’homme parvenu au dernier degré d’abaissement éprouve des joies non certes aussi pures, aussi grandes que lame purifiée et sanctifiée qui vit sans cesse dans la présence et l’amour de son Dieu, mais elle éprouve des joies immenses que Satan se plaît pour ainsi dire à leur déverser sans mesure pour les attirer et les lier pour toujours à son service.

Il est à remarquer que nulle part on ne trouve que le Khouan doive s’attendre à éprouver et à subir de peines intérieures comparables à celles qu’ont souffertes quelques saints avant d’arriver à ce degré de sainteté où l’àme tombe dans l’extase. Voilà ce qui nous explique l’aveuglement de ces pauvres gens, qui nous traitent d’aveugles. Nous ne pouvons expliquer tous ces phénomènes que par la possession : ces malheureux sont réellement possédés de l’esprit des ténèbres.

Tel Khouan qui était célèbre dans la contrée par ses visions, ses extases et le nombre de prodiges qu’il accomplissait, n’a pas pu supporter la vue du Père Blanc, et quand on a voulu le faire entrer dans la chapelle, ca été impossible. Nous
ne voulons pas nous étendre ici plus longuement sur cette question. Quand nous parlerons des divers ordres, particulièrement des Aissaoua, nous parlerons de leurs jongleries, et aussi de leurs opérations vraiment diaboliques.

Nous ne voulions que constater la possession du Khouan par le démon toutes les fois que l’affilié parvient à l’extase. Tout adepte ne parvient pas du premier coup au dernier degré de l’extase : il lui faut du temps pour atrophier son intelligence et s’abrutir ; pendant ce temps, il ne doit pas rester oisif. Nous avons vu aussi précédemment, quand nous avons parlé du Khouan Mohammedi, que quelquefois le prophète lui apparaissait en songe pour lui faire connaître tout ce qu’il doit faire.

Toujours aussi le démon ne doit pas être de bonne humeur, et franchement l’homme est trop exigeant de vouloir consulter le diable pour ses actions les plus ordinaires, quelquefois les plus ridicules de la vie. Aussi les hommes qui, malgré tout, veulent le faire intervenir dans toutes les actions de leur vie, ont imaginé l’interprétation des songes; ils ont cru que Fange des ténèbres, assez occupé ailleurs à des œuvres autrement importantes que leurs vains désirs, veut cependant satisfaire les prières de ses clients, et leur répond par ce moyen.

Dans le Diable au XIXe siècle le Dr Bataille nous a énuméré quelques-unes de ces interprétations ; grâce à elles, on peut se passer du devin et même, à l’occasion, se faire diseur de bonne aventure. Le lecteur nous permettra de lui mettre sous les yeux quelques interprétations : il verra que les Africains adonnés à cette science n’ont rien à envier à leurs congénères d’Europe.


Snoussi, que nous allons citer, distingue entre la vision et la perception : il appelle vision ce qui nous apparaît en songe, et perception ce qui nous apparaît dans cet état intermédiaire, entre le sommeil et l’état de veille : il y aura, dans ces doux états, des circonstances qui ne méritent aucune attention ; d’autres, au contraire, sont susceptibles de recevoir une certaine interprétation ; ces dernières ne doivent jamais avoir eu lieu dans l’état de veille. Avant de donner les diverses interprétations, nous donnerons une remarque très fine de Snoussi : Il faut, dit-il, bien remarquer l’état dans lequel se trouvait celui qui a eu la vision. Dans quelque état d’extase que se trouvent les visionnaires, bien peu arriveront à ne pas se laisser éblouir.

Maintenant, nous allons citer :

« Voir l’essence du Prophète (que Dieu répande sur lui ses bénédictions et lui accorde le salut) veut dire que l’on jouira de l’apparition de l’Etre incommensurable (Mohammed).

— Voir ses enfants, signifie que ceux-ci seront assistés.
— Voir son père, indique une intelligence qui se fera jour.
— Voir son Cheikh, est un indice de sagesse.
— Voir l’âme, représente le monde et tout ce qu’il comporte.
— Voir ce que l’on possède dans le monde, c’est-à-dire sa mère, sa femme, sa fille, son fils, indique les vertus du cœur et ce qui en découle.
—Voir des aliments, indique une découverte de richesses.
— Voir quelque chose de la nature des aliments, signifie un rang illustre avec tout ce qui y est attaché.
— Voir les attributs de cette qualité, est un signe de turpitude.
— Voir un animal mort ou une de ses parties, telle que son sang ou autre, annonce des choses défendues.
— Voir des fruits, tels que des raisins ou autres semblables, est une marque de bonnes œuvres.
— Voir des bêtes de somme dont la chair est illicite, indique une tendance de l’âme à se rapprocher du bien dans les limites de sa nature.
— Voir des boissons, telles que le vin, le lait aigre, l’eau, le miel, doit être interprété d’après les observations relevées sur le visionnaire : ainsi le vin indique la science de la théologie absolue ; le lait aigre, les sciences occultes; l’eau, la théologie pratiquée par les âmes agréables à Dieu ; le miel, les sciences mystiques.
— Voir des fruits en général, tels que des dattes, des olives ou autres, est une marque de bonnes œuvres.
— La prière signifie la proximité du Dieu Très-Haut vers lequel on arrivera.
— Un bain général indique la purification des souillures et des péchés.
— Voir une réunion de personnes priant ensemble ou une assemblée de docteurs, veut dire qu’un concile s’occupe des
choses sacrées.
— Voir un cercle de chanteurs,de musiciens ou autres semblables, comme aussi voir la forme du démon, est un signe que le visionnaire doit se purifier de la manière qui lui sera indiquée par son Cheik.
— Voir vivant un homme qui est mort, est un signe de bonnes œuvres.
— L’inverse indique la chose contraire,
— Voir sa mère ou son ami, indique que l’on s’aperçoit de sa propre conduite.
— Voir un échange est un signe d’autorité extérieure en rapport avec la valeur du visionnaire.

Celui-ci doit être assez sage pour savoir ce qu’il lui est permis de faire ou de ne pas faire en cette circonstance. »

Nous en avons fini avec tous ces contes de vieilles femmes ; toutes ces réponses plus ineptes les unes que les autres doivent avoir été données par un démon de mauvaise humeur, furieux du rôle vraiment trivial qu’on lui faisait jouer. Pour nous, nous y voyons la faiblesse d’esprit et la stupidité des gens qui se sont donnés au démon Ils ajouteront foi à une de ces interprétations, mais traiteront de niaise et de faible d’esprit une bonne vieille femme qui, satisfaite de savoir son catéchisme, croira en Dieu et en Jésus-Christ.


Nous ferons remarquer, en outre, l’habileté de Satan : nous avons voulu confronter les divers songes que donne Snoussi avec leurs interprétations, avec celles que donne le Dr Bataille : nous n’y en avons trouvé qu’une ou deux qui soient à peu près semblables. Le peuple arabe, en effet, a d’autres soucis et préoccupations que nos dames de salon, et Lucifer n’est jamais de mauvaise humeur quand il faut, par un moyen quelconque, gagner quelque âme.

Nous nous sommes bien étendu sur ce sujet ; nous avons dirigé le lecteur à travers les diverses sortes de visions et d’extases, nous lui en avons fait parcourir tous les degrés ; enfin, nous avons donné un spécimen de la manière dont
les songes sont interprétés dans l’Islam ; nous voudrions finir ce chapitre en disant quelques mots de ce que nous appellerions la mystique des ordres religieux.

Le lecteur a dû se demander, en effet, si vraiment dans ces ordres on ne parlait que de visions et d’extases ; si on se contentait de réciter d’innombrables prières, ainsi que nous le disons à propos du diker, si enfin chaque ordre ne proposait pas une vertu particulière à acquérir. Tandis que tous les ordres catholiques placent l’humilité comme la base de toute sanctification, les ordres religieux semblent préférer le repentir.

Sans cesse ce mot revient dans les diverses [instructions que donne le Moqaddem ; et dans presque tous les diker nous trouverons la formule :

« Que Dieu me pardonne ! »

Le repentir réel et effectif est, d’après les Chadelya, la première des conditions antérieures qu’il faut avoir pour bien réciter le diker. Dans ce même ordre, les cinq principes fondamentaux sur lesquels il repose sont :

– Avoir la crainte de Dieu,
– se conformer à la sonna,
– se détacher du monde, etc., etc. ;

Mais on voit toujours cette pensée du repentir occuper la première place. Abd-el-Kerim , 2ᵉ successeur de Chadeli, dans une ouassia (instruction ! envoyée aux moqaddem de l’Occident, disait à ses co-affiliés de montrer toujours un repentir sincère, car c’est sur le repentir que repose ce qui doit suivre, et les bénédictions dont un Khouan sera l’objet se reporteront sur ce qui l’a précédé.

En tout temps, on a besoin du repentir. Les états ne seront purs, les actions agréables à Dieu, qu’autant que le repentir aura été sincère : le Prophète l’a dit de sa bouche divine : Musulmans, soyez repentants, alors peut-être vous serez heureux. La preuve de son immense efficacité, c’est l’éloge qu’en ont fait tous les docteurs de l’Islam.

Vous assurer le repentir, c’est, de la part de Dieu, vous être plus utile que de vous faire connaître soixante-dix mille secrets et de vous les faire perdre après. Nous pourrions en citer bien d’autres passages ; mais nous n’ajouterions rien à ce que nous avons dit. Après le repentir, il n’y a pas de vertu qui semble trancher beaucoup et attirer sur elle spécialement les regards des Khouan : l’humilité (oui, l’humilité, non la vertu chrétienne, car elle leur est impossible), la reconnaissance envers Dieu, les actions de grâces, la patience, la charité fraternelle, voilà à peu près tout ce que recommande le système de morale des ordres religieux ; que c’est triste ! Malgré soi, quand on a parcouru un peu les rituels et instructions adressées aux Khouan, on ne peut s’empêcher de détourner ses regards pour les porter sur le catholicisme.

Tandis que nos ordres religieux sont un magnifique jardin où croissent toutes les vertus, les ordres religieux musulmans, images du pays, ne sont qu’un vaste désert où croissent de distance en distance quelque arbrisseau rabougri, que le mirage du désert vous fait croire un arbre gigantesque. Hélas ! la milice de Satan a passé par là. Prions, prions pour ce malheureux peuple…

Source : Ch III – Les sociétés secrètes chez les musulmans par l’Abbé Rouquette de la société des Missions africaines de Lyon 1899

Publié par Napo

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