Une nouvelle attaque aérienne vient de frapper une communauté profondément liée à l’histoire catholique de Birmanie. Le village de Monhla, dans la région de Sagaing, lieu de naissance du cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun et premier cardinal birman, a été bombardé le 25 juillet 2026 par les forces de la junte, selon des informations publiées ce 28 juillet par Mizzima.
Une femme d’environ 60 ans a été tuée et deux autres personnes ont été blessées. Plusieurs maisons et biens civils ont également été endommagés ou détruits. Les sources locales citées par Mizzima affirment qu’aucun combat n’avait été signalé récemment à Monhla avant cette frappe.
Dans un pays ravagé par la guerre civile depuis le coup d’État militaire de février 2021, cet épisode rappelle l’extrême vulnérabilité des communautés chrétiennes installées dans certaines des régions les plus durement frappées. Il faut toutefois rester précis : les informations disponibles établissent que Monhla a été bombardé, mais ne permettent pas à ce stade d’affirmer que cette frappe du 25 juillet a été ordonnée spécifiquement en raison de la foi catholique de ses habitants.
Monhla, village natal du premier cardinal birman
Monhla n’est pas un village anodin pour l’Église de Birmanie. Le cardinal Charles Maung Bo y est né le 29 octobre 1948, comme le confirme sa biographie officielle publiée par le Saint-Siège. Salésien de Don Bosco, ordonné prêtre en 1976, il est devenu archevêque de Rangoun en 2003 avant d’être créé cardinal par le pape François en 2015, devenant le premier Birman à recevoir la pourpre cardinalice.
Le village, ancien et marqué par une présence catholique historique, accueille également une population bouddhiste. Il avait déjà été visé à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. En mars 2024, Myanmar Now rapportait qu’une opération menée par des soldats et des miliciens favorables à la junte avait provoqué l’incendie de dizaines de maisons ainsi que d’un bâtiment scolaire où des déplacés avaient trouvé refuge.
Une Église entière éprouvée par cinq années de guerre
La situation de Monhla s’inscrit dans une crise beaucoup plus vaste. Début juin, l’agence missionnaire Fides indiquait que cinq évêques catholiques sur les 17 diocèses du pays avaient été contraints d’abandonner leur siège épiscopal et leur cathédrale en raison de la guerre : ceux de Pekhon, Loikaw, Banmaw, Mindat et Lashio.
Mgr Felice Ba Htoo, évêque de Pekhon, expliquait alors que de nombreuses paroisses avaient dû fermer parce qu’elles avaient été endommagées, attaquées ou vidées de leurs fidèles. Derrière les bâtiments détruits se trouve une réalité humaine considérable : familles déplacées, communautés dispersées, prêtres contraints d’exercer leur ministère loin de leurs paroisses et fidèles réfugiés dans des zones plus sûres.
Dans le diocèse de Kalay, environ la moitié des paroisses ont dû fermer
Le nord-ouest du pays donne une mesure particulièrement claire de l’urgence. Le 7 juillet, Fides rapportait que le diocèse de Kalay, situé entre la région de Sagaing et l’État Chin, traversait une crise humanitaire et sociale extrêmement grave. Selon les informations recueillies par l’agence, environ la moitié des paroisses locales ont été contraintes de fermer à cause de l’intensité des combats.
Une grande partie des catholiques du diocèse ont fui vers les forêts, les montagnes de l’État Chin ou la frontière indienne. Des structures de l’Église ont été transformées en centres de premiers secours et le diocèse accueillerait environ 40 000 déplacés de différentes origines ethniques et religieuses.
Fides rapporte également que des soldats de l’armée régulière ont, à plusieurs reprises, ciblé des églises, des couvents et des écoles catholiques, les soupçonnant d’apporter une aide logistique ou un refuge aux forces rebelles. Cette donnée permet de comprendre pourquoi les catholiques birmans se trouvent aujourd’hui particulièrement exposés dans certaines zones de combat.
Églises détruites, évêques déplacés et populations réfugiées
Les lieux de culte ont eux aussi payé un lourd tribut. En avril 2025, une frappe aérienne de l’armée birmane avait détruit l’église catholique du Christ-Roi à Falam, dans le diocèse de Hakha, dans l’État Chin. L’édifice, consacré seulement en novembre 2023, avait été construit pour une communauté d’environ 1 000 fidèles.
À Loikaw, dans l’État Kayah, la cathédrale du Christ-Roi et le centre pastoral ont finalement été rendus à l’Église après avoir été occupés par l’armée depuis novembre 2023. Mais le retour du bâtiment ne signifie pas le retour à la normale. Vatican News indiquait en juin que plus de 300 000 personnes déplacées étaient réparties dans des centaines de camps du diocèse. Mgr Celso Ba Shwe a choisi de rester au milieu de ces populations plutôt que de reprendre immédiatement résidence à la cathédrale.
Les évêques continuent d’appeler à la paix
Malgré la violence, les responsables catholiques birmans continuent de refuser la logique de vengeance. Le 16 juillet, Mgr Augustine Thang Zawm Hung, premier évêque du nouveau diocèse de Mindat, lançait depuis l’État Chin un nouvel appel à la réconciliation. Il demandait la fin d’une guerre qui inflige d’immenses souffrances à la population et plaidait pour un véritable dialogue fondé sur la justice et l’égalité.
Cette ligne demeure essentielle pour comprendre l’attitude de l’Église locale : accompagner les déplacés, maintenir autant que possible les sacrements et l’aide humanitaire, tout en appelant les différents camps à rechercher une issue politique juste.
Une urgence catholique qui ne doit pas être oubliée
Le bombardement du village natal du cardinal Bo intervient donc dans un contexte où des diocèses entiers sont désorganisés par la guerre et où des communautés catholiques ont déjà perdu églises, maisons et écoles. La nouvelle frappe de Monhla n’est pas, à elle seule, la preuve d’une campagne exclusivement dirigée contre les catholiques. Mais l’accumulation documentée des attaques contre des zones chrétiennes, des édifices religieux et des populations déplacées impose de regarder avec attention ce que vivent les fidèles birmans.
Pour les catholiques de France, cette crise appelle d’abord à ne pas laisser tomber dans l’oubli une Église qui continue de célébrer, de secourir et d’espérer au milieu de la guerre. La dernière attaque contre Monhla montre que, cinq ans après le coup d’État, l’urgence reste entière.
Sources principales :
– Mizzima – Junta bombs birthplace village of Myanmar’s only Catholic Cardinal
– Saint-Siège – Biographie du cardinal Charles Maung Bo
– Agence Fides – Five bishops forced to leave the cathedral





Conversation des fidèles
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