Un long texte publié le 14 septembre par l’agence Fides remet au premier plan une question sensible pour l’Église en Chine : comment enraciner la foi catholique dans la culture chinoise sans diluer son contenu ? Son auteur, le P. Paul Han, prêtre chinois et professeur d’histoire de l’Église, relie le centenaire de la consécration de six évêques chinois en 1926 à l’accord provisoire entre le Saint-Siège et Pékin sur la nomination des évêques. Il propose aussi un dialogue approfondi avec le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme. Fides précise avoir publié ce texte comme contribution à la réflexion et à l’étude.
Un texte d’auteur, pas une déclaration du Saint-Siège
La première précaution est essentielle. L’article du P. Paul Han n’est ni un document du magistère ni une déclaration officielle de la diplomatie vaticane. Fides introduit explicitement le texte comme une contribution au débat à l’approche du centenaire des six évêques chinois consacrés par Pie XI à Saint-Pierre de Rome le 28 octobre 1926.
Cette distinction permet de lire le texte pour ce qu’il est : une proposition théologique et historique personnelle, publiée par une agence liée aux Œuvres pontificales missionnaires, mais dont les thèses engagent d’abord son auteur.
1926 et 2018 : deux étapes que l’auteur rapproche
Le P. Han voit un fil historique entre la consécration de six évêques chinois en 1926 et l’accord provisoire conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sur la nomination des évêques. Selon lui, ces deux moments participeraient d’une même maturation de l’Église locale.
L’accord de 2018, dont le contenu intégral n’a pas été rendu public, a été renouvelé à plusieurs reprises. En octobre 2024, le Saint-Siège et Pékin l’ont prolongé pour quatre années supplémentaires. Le communiqué officiel du Vatican indique que l’objectif demeure de poursuivre un dialogue « respectueux et constructif » pour le bien de l’Église catholique en Chine et du peuple chinois.
Le P. Han estime pour sa part que cet accord a contribué à dépasser certaines divisions historiques entre communautés reconnues par les autorités et communautés dites clandestines. Cette appréciation relève de son analyse. Le dossier reste l’un des plus sensibles de la diplomatie du Saint-Siège, notamment parce qu’il touche à la nomination des évêques, donc à la communion avec l’évêque de Rome.
Confucianisme, taoïsme et bouddhisme : jusqu’où peut aller l’inculturation ?
La partie la plus discutée du texte concerne la « sinisation » du christianisme. Le P. Han affirme que plusieurs ressources intellectuelles et spirituelles de la culture chinoise peuvent offrir de nouveaux espaces d’interprétation au christianisme. Il cite notamment la bienveillance et le travail sur soi dans le confucianisme, certains principes taoïstes et la notion bouddhique de vacuité ainsi que la compassion.
Son propos ne se limite pas à des formes extérieures comme l’architecture, la musique ou le vocabulaire. Il appelle à une expression chinoise de la foi chrétienne jusque dans les domaines philosophique, théologique, anthropologique, spirituel et psychologique.
Cette ambition rejoint une question authentiquement catholique : celle de l’inculturation. Le concile Vatican II a clairement enseigné que l’Église ne se confond avec aucune culture particulière et qu’elle peut assumer ce qui est vrai et bon dans les traditions des peuples. Mais cette ouverture comporte un critère décisif : la foi reçue ne peut être altérée.
L’inculturation n’est pas le syncrétisme
Le texte de Fides lui-même rappelle ce principe lorsqu’il affirme que la sinisation ne doit pas devenir une assimilation complète de la religion par la culture et qu’elle doit préserver le cœur du message évangélique. C’est précisément là que se situe la ligne de discernement.
Le catholicisme peut dialoguer avec le confucianisme, le taoïsme ou le bouddhisme, reconnaître des intuitions humaines réelles, purifier certaines catégories et employer un langage enraciné dans l’histoire chinoise. En revanche, il ne peut présenter les différentes traditions religieuses comme interchangeables ni relativiser l’unicité du Christ, sa mort et sa résurrection, la Trinité, les sacrements ou la Révélation.
Le mot « inculturation » désigne donc l’enracinement de l’Évangile dans une culture ; il ne signifie pas que l’Évangile reçoit son contenu doctrinal des traditions religieuses avec lesquelles il dialogue.
Un débat qui dépasse la seule théologie
En Chine, le terme de « sinisation » possède aussi une dimension politique. Les autorités chinoises l’emploient pour demander aux religions présentes dans le pays de s’adapter aux caractéristiques nationales et au cadre défini par l’État. La question devient alors double : comment l’Église peut-elle être authentiquement chinoise sur le plan culturel, tout en conservant sa liberté spirituelle et sa communion universelle ?
C’est précisément ce que le P. Han formule à la fin de son texte lorsqu’il demande comment l’Église en Chine peut rester en communion avec l’Église universelle tout en prenant racine dans la société et la culture chinoises.
Le centenaire de 1926 comme test de maturité
Le centenaire des consécrations de 1926 pourrait donc devenir un moment important pour relire l’histoire du catholicisme chinois. Il rappellera d’abord la volonté de Pie XI de faire émerger un épiscopat chinois pleinement catholique, mais non dépendant d’une domination missionnaire étrangère.
Un siècle plus tard, la question n’est plus de savoir si l’Église en Chine doit être chinoise : elle l’est par ses fidèles, son clergé, ses communautés et son histoire. La question porte plutôt sur la manière dont cette identité peut s’exprimer sans que la communion avec Rome ou le contenu de la foi deviennent variables selon les exigences du contexte politique ou culturel.
Le texte du P. Paul Han mérite donc d’être lu comme le signe d’un débat réel. Il met en valeur la nécessité d’une foi profondément enracinée en Chine, tout en obligeant à rappeler la distinction fondamentale entre inculturation et dilution doctrinale.
Sources principales
Agence Fides – texte du P. Paul Han, 14 septembre 2026
Saint-Siège – prolongation de l’accord provisoire avec la Chine en 2024
Vatican News – l’accord provisoire prolongé de quatre ans
Concile Vatican II – décret Ad gentes sur l’activité missionnaire de l’Église





Conversation des fidèles
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