Alors que l’Assemblée nationale française s’apprête à se prononcer définitivement, le 15 juillet prochain, sur la proposition de loi relative à l’accompagnement des malades et de la fin de vie, l’Église catholique fait entendre sa vive préoccupation. Quelques jours après le troisième rejet consécutif du texte par le Sénat, le 7 juillet 2026, Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, a publié un communiqué détaillé d’une grande gravité. Analysant les contours de ce que le gouvernement nomme « l’aide à mourir », le prélat y dénonce un texte expéditif et permissif, porteur d’une rupture anthropologique majeure pour la société.
Pour l’évêque, la sémantique gouvernementale dissimule une réalité brutale : la légalisation pure et simple du suicide assisté et de l’euthanasie. Loin d’être une loi d’exception réservée à de rares situations de fin de vie, ce texte pourrait, selon les critères d’éligibilité retenus, s’appliquer à des centaines de milliers de patients atteints de pathologies graves telles que la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, ou certains cancers métastatiques. Mgr Aillet rappelle que l’arsenal législatif existant, fondé sur les lois Leonetti de 2005 et Claeys-Leonetti de 2016, proscrit déjà l’obstination déraisonnable et autorise la sédation profonde et continue. Une efficacité d’ailleurs reconnue en septembre 2022 par le Comité Consultatif National d’Éthique, qui admettait que la loi actuelle permet de répondre aux demandes des malades dans la quasi-totalité des cas.
C’est sur le terrain social et médical que le bât blesse le plus profondément. Près de trente ans après la loi censée garantir l’accès aux soins palliatifs, une vingtaine de départements français en sont encore totalement dépourvus. S’appuyant sur les propos du sénateur Alain Milon, Mgr Aillet redoute que la mort administrée ne devienne la réponse par défaut des pouvoirs publics aux défaillances du système de santé. Une inquiétude corroborée par un sondage de l’institut OpinionWay pour la Fondapol datant d’octobre 2025, révélant qu’au moins la moitié des citoyens refusent l’introduction d’un droit à mourir tant que les soins palliatifs ne seront pas garantis partout. Le prélat relaie ainsi le constat amer du député socialiste Dominique Potier, qui qualifie cette mort choisie de « fiction bourgeoise » dont les milieux populaires seront les premières victimes. La pression économique n’est pas absente de cette équation : selon une étude de la Fondapol, l’euthanasie permettrait d’économiser 1,4 milliard d’euros par an, posant la question du fardeau financier que les personnes dépendantes pourraient avoir le sentiment de représenter pour leurs proches et la Sécurité sociale.
Sur le plan institutionnel et éthique, les garde-fous promis par les promoteurs de la loi apparaissent illusoires aux yeux de l’épiscopat. Le délai de réflexion accordé au patient n’est que de quarante-huit heures — contre un à trois mois en Belgique et au Canada —, et la commission chargée de vérifier la procédure ne se réunira qu’après le décès. De plus, les amendements visant à protéger les personnes sous tutelle ou curatelle ont été rejetés. Plus alarmant encore pour les professionnels de la santé, le texte final refuse toute clause de conscience aux pharmaciens appelés à préparer les produits létaux, ainsi qu’aux établissements privés confessionnels. Des institutions historiques dédiées au soin des plus faibles, à l’image des Petites Sœurs des Pauvres, pourraient ainsi être contraintes de fermer leurs portes ou de quitter le pays sous la menace de lourdes sanctions pénales. Ce refus de la liberté de conscience heurte frontalement le serment d’Hippocrate et le Code de déontologie médicale, qui interdisent expressément de provoquer délibérément la mort.
Cette pente glissante, souvent niée par l’exécutif, est d’ailleurs assumée par certains militants historiques. L’évêque cite à ce titre les propos tenus en novembre 2024 par le professeur Jean-Louis Touraine, figure de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, qui invitait ses partisans à obtenir un premier texte pour ensuite, année après année, l’étendre aux mineurs et aux patients atteints d’Alzheimer.
Face à ce qu’il perçoit comme une dérive vertigineuse, Mgr Aillet rappelle avec fermeté l’enseignement constant du magistère, fidèlement soutenu par le pape Léon XVI, selon lequel l’euthanasie, quels qu’en soient les motifs, demeure un meurtre gravement contraire à la dignité humaine (Catéchisme de l’Église Catholique, 2324). Reprenant les mots de Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, l’évêque insiste sur le fait que l’interdit de tuer constitue l’ultime protection pour tous. À la veille du vote final, il exhorte les citoyens à interpeller leurs députés et invite les consciences à se tourner vers la seule véritable alternative digne de la médecine : un investissement massif et prioritaire dans les soins palliatifs. Une supplique qu’il achève en citant le Livre du Deutéronome, appelant solennellement la nation à « choisir la vie ».





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