Dans les familles soucieuses de préserver le dépôt de la foi, il est une épreuve de plus en plus fréquente : voir un proche s’éloigner de l’Église catholique. Lorsque le sujet est abordé, une réponse revient tel un refrain moderne : « Je suis spirituel mais pas religieux ». Cette affirmation, qui semble clore le débat, plonge souvent le fidèle dans le désarroi. Grâce aux analyses du Dr Ray Guarendi dans son ouvrage Family Faith Under Fire, nous pouvons décrypter cette posture et y apporter une réponse charitable et ferme.
L’illusion d’une supériorité morale
Cette déclaration se propage aisément car elle flatte la psyché humaine. Elle donne l’illusion d’une intelligence et d’une profondeur, tout en paraissant supérieure. Celui qui la prononce prétend suivre une voie plus « authentique » et « éclairée » que celle de la pratique religieuse traditionnelle. Elle semble aller de soi, ne nécessitant aucun examen critique.
Pourtant, comme le souligne l’auteur, ces déclarations sont des platitudes. Ce sont des affirmations superficielles, vides de substance réelle. Elles agissent comme des « virus verbaux » qui se multiplient dans le corps culturel parce qu’elles conviennent à l’ego. Elles permettent de s’affranchir des contraintes sans avoir à se justifier.
La méthode socratique : définir les termes
Face à une sœur ou un proche qui affirme : « Je suis spirituel, pas religieux », l’erreur serait d’entrer immédiatement dans la confrontation. Il convient plutôt d’adopter une approche semblable à celle d’un thérapeute cherchant à comprendre le fond de la pensée. Ces deux mots réclament une clarification impérative.
Il faut interroger l’interlocuteur sur sa définition précise. Vous pouvez demander : « Qu’entends-tu par religieux ? » ou « Si tu étais religieux, à quoi ressemblerais-tu ? ». Il est essentiel de demander quelle est son image d’une personne religieuse. De la même manière, il faut questionner le terme opposé : « Qu’est-ce qui rend une personne spirituelle ? » et « Comment le fait d’être spirituel se manifeste-t-il ? ».
L’objectif n’est pas de contester les contradictions, mais d’écouter. En s’expliquant, la personne peut réaliser, en s’entendant parler, si ses propos ont réellement du sens.
La fausse dichotomie entre la règle et le cœur
Si votre interlocuteur définit ces termes comme le fait la majorité de nos contemporains, sa vision sera étroite. Pour lui, être « religieux » signifie simplement « suivre des règles », souvent édictées par des gens qu’il juge hypocrites. Cela implique des actions machinales, sans cœur.
À l’inverse, le mot « spirituel » apparaît comme le terme noble. Il évoque une connexion floue à une puissance supérieure, mais une puissance qui n’exige que peu d’obéissance envers la morale traditionnelle ou le culte divin. Le terme « spirituel » est devenu l’un des mots les plus mous du vocabulaire : il signifie ce que l’on veut qu’il signifie. Le « spirituel » fixe ses propres conditions et les suit à la lettre.
L’analogie du mariage : vouloir l’esprit sans les devoirs
Pour illustrer l’absurdité de dissocier la spiritualité de la religion, le Dr Ray Guarendi utilise une comparaison saisissante sur le mariage. Imaginez un époux déclarant à sa femme : « Chérie, dorénavant, je veux être davantage porté sur le mariage et moins marié. Je pense que les attentes et la structure du mariage sont des obstacles à notre vrai moi. Ne bloquons pas notre relation avec des règles. »
Cet homme déclarerait ainsi s’affranchir des actions, des responsabilités et des sacrifices cruciaux pour un bon mariage, tout en prétendant garder l’esprit du mariage. Il est évident qu’aucune épouse ne serait séduite par cette philosophie qui prétend aimer sans accomplir le labeur concret de l’amour.
La vérité catholique : l’union de la religion et de la spiritualité
L’affirmation « Je suis spirituel, pas religieux » est ce que les logiciens appellent une proposition « ou bien… ou bien » (l’un ou l’autre). Or, pour un croyant fidèle au Dieu de la Bible et à Son plan de salut, ces termes représentent une proposition « et… et ». Ils existent ensemble et font partie de la même Vérité.
La religion donne de la substance au spirituel. Elle définit le culte dû à Dieu et la moralité objective. Les mots se chevauchent tant qu’ils sont presque interchangeables. La prochaine fois que cette objection vous sera faite, la bonne réponse pourra commencer par cette simple question : « Quelqu’un peut-il être à la fois religieux et spirituel ? ».




















