La ville de New Delhi fut le théâtre d’un rassemblement d’une gravité exceptionnelle. Sous la bannière du National Christian Convention, environ 2 000 âmes fidèles, venues des quatre coins de l’Inde, se sont réunies pour élever la voix contre une vague de persécutions qui s’abat sur la minorité chrétienne. Ces confesseurs de la foi, représentant plus de 200 dénominations ainsi que des groupes de la société civile et des défenseurs du droit, ont témoigné d’une fidélité inébranlable à la Constitution indienne tout en réclamant justice, unité et espérance face à l’oppression.
Une montée terrifiante de la violence et de l’impunité
Les rapports présentés lors de cette assemblée dressent un tableau sombre de la réalité vécue par les fidèles. Selon les données rigoureusement compilées par le United Christian Forum, l’un des organisateurs de cet événement, la violence contre les chrétiens a connu une augmentation tragique de 500 % depuis 2014. De 139 cas signalés cette année-là, chiffre marquant le début de la gouvernance fédérale du Bharatiya Janata Party, le nombre d’incidents a grimpé à 834 en 2024. Sur la dernière décennie, ce sont près de 5 000 incidents qui ont été documentés.
Ce qui afflige davantage le cœur des justes est le climat d’impunité qui règne en maître. Les participants ont dénoncé le fait que 93 % des incidents sont restés impunis en raison de l’inaction des forces de l’ordre et des menaces de représailles pesant sur les victimes. Entre janvier et septembre 2025, sur au moins 579 incidents violents, seules 39 plaintes pénales ont été enregistrées.
Le martyrologe contemporain : meurtres et profanations
La haine de la foi a conduit à l’effusion du sang. Entre 2016 et 2020, plus de 21 chrétiens ont été tués, dont un pasteur intentionnellement électrocuté dans l’État du Rajasthan. Bien que les statistiques précises sur les meurtres après 2020 n’aient pas été partagées lors du rassemblement, les faits demeurent accablants. Le 4 mai 2024, un homme nommé Kosa fut tué dans le Chhattisgarh en raison de sa foi, bien que la police ait maquillé ce crime en litige foncier. Dans le Pendjab, Bhagwan Singh a succombé le 19 février 2024, suite à une violente agression subie quelques semaines plus tôt.
La barbarie n’épargne ni les femmes ni les enfants à naître. En janvier 2025, dans la région de Bastar (Chhattisgarh), une femme chrétienne enceinte nommée Kunika fut agressée alors qu’elle était en prière, ce qui provoqua la perte tragique de son enfant.
L’atteinte sacrilège aux droits de sépulture
L’une des douleurs les plus vives exprimées par les fidèles concerne le refus des droits d’inhumation, particulièrement dans les zones tribales. Il est rapporté que des chrétiens se voient interdire l’accès aux cimetières ou sont contraints, dans une abomination sans nom, d’exhumer leurs morts.
Dans un cas survenu en 2025 dans l’État d’Odisha, une foule a bloqué l’enterrement de Saravan Gond, un jeune homme de 20 ans, forçant ensuite sa famille à déterrer le corps. La dépouille a disparu malgré une plainte officielle, et la famille a dû fuir le village. De même, en janvier, la famille de Ramesh Baghel, un chrétien Dalit, s’est vu refuser la permission d’enterrer le défunt. Malgré une intervention de la Cour Suprême, la question plus large de la discrimination religieuse dans ces zones demeure irrésolue.
Harcèlement légal et lois anti-conversion
La persécution prend également une forme juridique insidieuse. Les manifestants ont souligné l’usage abusif des lois anti-conversion dans au moins 12 États, criminalisant la prière pacifique et les œuvres de charité. Dans la région d’Indore (Madhya Pradesh), une religieuse, Sœur Sheela, a été arrêtée sous ces chefs d’accusation lors d’un camp médical.
Une analyse de plus de 100 rapports de police (FIR) a révélé que beaucoup contenaient un langage identique et citaient la simple possession de littérature chrétienne comme preuve de conversion forcée. La Cour Suprême a pourtant statué que de tels cas, sans victimes directes, constituent un abus de procédure pénale. De plus, des lois sur les remèdes magiques sont détournées pour cibler les pratiques de prière, comme ce fut le cas en Assam en 2024.
L’étouffement des œuvres de charité et l’injustice sociale
Les orateurs ont également pointé du doigt les restrictions imposées par le Foreign Contribution Regulation Act (FCRA). Entre 2019 et 2023, plus de 20 000 ONG, dont 1 626 organisations chrétiennes comme World Vision India, ont perdu leur enregistrement, souvent sous prétexte de conversions indirectes.
Enfin, une injustice flagrante perdure envers les Dalits chrétiens, à qui l’on refuse le statut de Caste Répertoriée (Scheduled Caste) en vertu de l’Ordre Présidentiel de 1950, les maintenant ainsi dans la pauvreté en leur refusant l’accès aux quotas d’éducation et d’emploi réservés aux Dalits hindous, sikhs et bouddhistes.
Face à ces périls, les organisateurs, parmi lesquels figuraient l’Archevêque de Delhi Anil J. Couto et le Père Cedric Prakash, ont résolu de rédiger un manifeste national. Ce document, exigeant protection et justice, sera soumis aux plus hautes autorités de l’État, dans l’espoir que la lumière de la vérité dissipe les ténèbres de la persécution.





















