Le Liban vient de perdre une figure de foi exceptionnelle. Nohad Chami, cette humble mère de famille libanaise à qui saint Charbel avait redonné la santé dans des circonstances clairement miraculeuses, est retournée à Dieu début mai. Jusqu’à son dernier souffle, elle n’aura cessé de témoigner avec ferveur de la puissance d’intercession du grand saint du Liban.
C’est dans la nuit du 21 au 22 janvier 1993 que sa vie a basculé. Alitée, incapable de se mouvoir à cause d’une hémiplégie provoquée par une artériosclérose au niveau du cou, elle était alors âgée de 55 ans et mère de douze enfants. Les médecins, impuissants, l’avaient hospitalisée à Jbeil puis à l’Hôtel-Dieu de Beyrouth. Son état inquiétait toute sa famille, mais un de ses fils, animé d’une foi inébranlable, se rendit au sanctuaire d’Annaya. Il en revint avec un peu de terre et un coton imbibé d’huile provenant de la tombe de saint Charbel.
C’est après ce geste de piété filiale que Nohad retourna chez elle. Dans la nuit, alors qu’elle priait la Sainte Vierge, elle vit apparaître devant elle deux moines enveloppés de lumière. Elle reconnut saint Charbel, accompagné d’un autre religieux qui s’avéra être saint Maron. Puis, entre eux, la Vierge Marie elle-même lui apparut. Le lendemain, elle était debout. Entièrement guérie. Plus aucune trace de paralysie. Les médecins eux-mêmes restèrent sans explication rationnelle.
Nohad Chami, profondément bouleversée par ce qu’elle venait de vivre, ne garda pas cette grâce pour elle. Le jour même, elle se rendit en famille au tombeau du saint à Annaya pour rendre grâce. Là, elle affirme avoir entendu saint Charbel lui dire :
“Je t’ai guérie par la puissance de Dieu pour que les hommes te voient et croient. Beaucoup ont oublié la prière, abandonné l’Église, et tourné le dos aux saints. Mais moi, le père Charbel, je suis toujours présent à l’ermitage. Que ceux qui me cherchent viennent à moi. Et toi, je te demande de venir chaque 22 du mois à l’ermitage et d’assister à la messe toute ta vie durant.”
Ce rendez-vous mensuel, elle l’a respecté fidèlement jusqu’à la fin de sa vie. Chaque 22, elle montait à Annaya, entraînant avec elle des dizaines, puis des centaines de fidèles, attirés par son témoignage et par la puissance de saint Charbel. Ce pèlerinage mensuel est ainsi né, porté par sa fidélité à la parole du saint. Et aujourd’hui encore, chaque mois, les pèlerins se pressent auprès du tombeau du moine libanais pour y prier et confier leurs souffrances.
Mais ce n’est pas tout : au fil des années, Nohad s’est aussi faite apôtre du Rosaire, répondant à une autre demande du saint. Elle a distribué des chapelets, encouragé à la prière, rappelé l’importance des sacrements et du respect de l’Église. Son existence toute simple a été transformée en un véritable apostolat marial et charbélien.
Son témoignage, humble mais solide, a touché des milliers de cœurs. En la perdant, le Liban perd un signe vivant, une trace de la bonté de Dieu à travers ses saints. Elle n’était ni théologienne, ni mystique de salon : juste une mère de famille blessée dans sa chair, guérie, et qui a rendu gloire à Dieu sans chercher la lumière pour elle-même.
Aujourd’hui, elle rejoint celui qu’elle n’a jamais cessé de servir et de faire aimer : saint Charbel. Puisse-t-elle maintenant intercéder pour son pays, pour l’Église, et pour tous ceux qui souffrent et cherchent un signe du Ciel. Sa mission terrestre est achevée, mais son témoignage, lui, demeure.





