Face à l’effondrement sécuritaire et à la persécution systématique qui frappent son pays, l’archevêque d’Abuja, Mgr Ignatius Ayau Kaigama, a lancé un appel pressant aux nations occidentales, et singulièrement aux États-Unis, pour qu’elles fournissent un appui stratégique concret au gouvernement nigérian. C’est à l’occasion d’une rencontre organisée à Madrid par la fondation pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), pour la présentation de la campagne de soutien « Guéris le Nigeria », que le prélat a exhorté le président américain Donald Trump à dépasser les déclarations d’intention. Il lui demande de fournir des renseignements militaires et des équipements capables d’éradiquer la menace terroriste, tout en enjoignant l’Occident à ne plus détourner le regard du drame qui se joue en Afrique.
La situation décrite par l’archevêque s’inscrit dans un contexte de violence endémique et prolongée. Entre 2015 et 2025, la nation africaine a vu plus de trois millions de ses citoyens forcés de fuir leurs foyers. L’Église catholique paie un lourd tribut à cette instabilité entretenue par les milices islamistes de Boko Haram, les groupes extrémistes de bergers peuls (fulani) et diverses bandes criminelles. Sur cette décennie, plus de deux cents prêtres ont été enlevés, touchant ainsi soixante-dix pour cent des diocèses du pays. Les chiffres sont accablants : si cent quatre-vingt-trois prêtres ont pu retrouver la liberté, douze ont été assassinés et trois autres ont perdu la vie des suites des conditions extrêmes de leur captivité. Parallèlement, plus de quatre-vingts communautés chrétiennes ont subi des assauts destructeurs.
L’intervention de la communauté internationale, bien que réclamée, a parfois produit des effets paradoxaux sur le terrain. Mgr Kaigama a tenu à saluer la clarté du président des États-Unis, reconnaissant en lui le premier chef d’État d’envergure mondiale à affirmer publiquement que les chrétiens du Nigeria étaient victimes de persécutions, rompant ainsi avec le silence habituel des chancelleries. Cependant, l’approche strictement militaire et ponctuelle s’est révélée contre-productive. Le prélat a fait référence à un bombardement survenu à l’époque de Noël qui, loin d’affaiblir les réseaux terroristes, a enflammé la fureur des islamistes. Depuis cet événement isolé, les rapts et les attaques perpétrés par Boko Haram et d’autres factions armées ont connu une recrudescence inquiétante. Selon l’archevêque, une action unique ne suffit pas ; il faut frapper à la racine du mal par un travail de renseignement approfondi en étroite collaboration avec les autorités locales, plutôt que par des frappes sporadiques qui enhardissent les assaillants.
Le diagnostic posé par l’archevêque d’Abuja va au-delà du simple constat sécuritaire, dénonçant un projet intentionnel d’étouffement de la présence chrétienne. Le but des terroristes est d’instiller une terreur permanente chez les laïcs, en recourant aux explosifs et aux armes à feu pour les empêcher de se rassembler lors de la célébration de la messe. Cette stratégie vise directement à freiner la croissance de l’Église et la dynamique de l’évangélisation. Face à cette violence qui fait saigner une nation détruite par de multiples facteurs, le prélat avertit du risque majeur d’un effondrement pastoral. Il craint que la souffrance continue et l’isolement ne finissent par épuiser spirituellement et psychologiquement les fidèles, menaçant la vigueur de la foi et l’identité même de l’Église locale.
Pour répondre à cette urgence vitale et éviter que la persécution n’ait le dernier mot, la campagne de l’AED, détaillée par le directeur de la branche espagnole José María Garrido, déploie des mesures concrètes. Avec un soutien financier ayant dépassé les trois millions d’euros pour la seule année 2025, la fondation pontificale finance la création de centres d’accompagnement psychologique et spirituel dans les diocèses d’Abuja et de Makurdi. L’aide s’oriente également vers la sécurisation matérielle des paroisses par l’installation de systèmes d’alarme et la fourniture de véhicules adaptés pour les prêtres en zone rurale, afin de réduire les risques d’enlèvement. Enfin, un soutien spécifique est accordé au grand séminaire de Kaduna, situé dans l’une des régions les plus éprouvées par les rapts, garantissant que ce pôle majeur de vocations de l’Église universelle puisse continuer à former, malgré la peur, les futurs pasteurs du pays.





Conversation des fidèles
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