Une semaine après le déclenchement des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, et l’intervention militaire d’Israël au Liban, l’archevêque de Washington prend publiquement position. Dans un entretien accordé au Catholic Standard, le journal de son archidiocèse, le cardinal Robert W. McElroy juge que l’entrée en guerre des États-Unis ne répond pas aux critères de la doctrine catholique de la guerre juste et la qualifie d’illégitime sur le plan moral. L’interview, publiée en ligne le 9 mars 2026 avant sa parution dans l’édition papier du 12 mars, expose l’inquiétude grandissante de l’Église américaine face au risque d’embrasement au Moyen-Orient.
Lors de ses récentes visites pastorales, notamment le 11 février à l’occasion d’une messe célébrée en l’église Notre-Dame de Lourdes à Bethesda, dans le Maryland, le prélat a pu mesurer l’anxiété qui traverse les paroisses. De nombreuses familles redoutent de voir le conflit échapper à tout contrôle et craignent pour la vie de leurs enfants engagés dans les forces armées. Le souvenir des deux précédentes guerres en Irak, marquées par de lourdes pertes américaines sans pour autant garantir la paix, reste vif. L’archevêque de Washington souligne que la brutalité du régime de Khamenei et son soutien au terrorisme international suscitent un consensus parmi les fidèles sur la nécessité d’un changement politique à Téhéran. Certains estiment même qu’il est temps de mettre un terme définitif à la théocratie iranienne. Toutefois, l’appréciation morale du déclenchement des hostilités par l’Église obéit à d’autres exigences.
S’appuyant sur la longue tradition magistérielle en matière de paix, le cardinal McElroy rappelle que la non-violence constitue l’attitude première du chrétien. Il s’inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs et de l’enseignement actuel, évoquant l’opposition ferme de Jean-Paul II à la guerre d’Irak en 2003, les appels répétés du pape François à l’abolition des conflits, ainsi que l’inquiétude du pape Léon face à la ferveur belliqueuse qui traverse les nations, une attitude qu’il juge totalement incompatible avec la foi catholique.
Si l’Église autorise historiquement le recours aux armes dans des situations d’urgence extrême, six conditions strictes et simultanées doivent être réunies. Selon le cardinal, la décision américaine d’attaquer l’Iran échoue à remplir au moins trois de ces critères. En premier lieu, la cause juste fait défaut : les États-Unis n’ont pas agi en réponse à une attaque iranienne existante, imminente et objectivement vérifiable. Or, comme l’enseignait catégoriquement Benoît XVI, la morale catholique rejette le concept de guerre préventive qui ferait sauter toutes les limites au déclenchement des conflits. Ensuite, l’intention droite manque cruellement de clarté. Les objectifs de l’administration américaine oscillent de manière floue entre la destruction des capacités nucléaires, le renversement du régime, l’instauration d’une démocratie ou la reddition inconditionnelle. Enfin, le critère de proportionnalité n’est pas assuré. Le Moyen-Orient étant une région hautement imprévisible, les conséquences désastreuses se multiplient déjà : ripostes iraniennes contre ses voisins, pressions sur l’approvisionnement pétrolier mondial, menaces de guerre civile au Liban, et risque d’effondrement total de l’État iranien pouvant entraîner des pertes humaines massives de part et d’autre.
Face à ce constat, le haut prélat exhorte les catholiques de son archidiocèse à la prière pour une fin immédiate des combats. Cette supplication doit s’étendre aux militaires déployés ainsi qu’aux communautés chrétiennes orientales, derniers bastions de la foi dans la région, avec une attention particulière pour l’importante communauté catholique du Liban dont il salue le témoignage spirituel. Il encourage également ses fidèles à apaiser les angoisses de leur entourage en invoquant la consolation de l’Esprit Saint.
L’archevêque appelle par ailleurs les croyants, en tant que citoyens, à interpeller leurs représentants politiques afin d’empêcher la nation de s’enfoncer dans ce qu’il nomme un bourbier iranien. Pour lui, la doctrine catholique impose aux États l’obligation stricte de mettre un terme au plus vite à un conflit, une urgence décuplée lorsque la décision initiale d’entrer en guerre manquait de légitimité morale. Il met en garde contre cette logique militaire d’escalade qui a déjà piégé le pays par le passé au Moyen-Orient.
Au-delà de la seule crise iranienne, la réflexion du cardinal McElroy s’élargit à l’état éthique de son pays. Il observe une détérioration générale des normes morales, tant aux États-Unis que dans le monde. Rappelant que les fondateurs considéraient la solidité morale comme la condition absolue de survie de leur jeune république démocratique — une expérience politique alors inédite depuis plus d’un millénaire —, le prélat forme le vœu que cette année marquant le 250e anniversaire de la nation américaine soit l’occasion d’un profond renouveau moral et d’un dialogue menés avec zèle, unité et grâce.





Conversation des fidèles
0 commentaire(s)Aucun commentaire pour le moment.
Connecte-toi pour participer à la discussion.