À l’occasion du 80e anniversaire de la suppression de l’Église gréco-catholique ukrainienne par le régime soviétique, l’universitaire George Weigel a esquissé les contours d’un possible renouveau des relations entre Rome et les Églises orthodoxes. Intervenant lors d’une conférence académique, le biographe de saint Jean-Paul II a estimé que le pontificat du Pape Léon XIV pourrait marquer un tournant dans un dialogue œcuménique souvent marqué par l’histoire et les tensions géopolitiques.
Réunis pour un colloque intitulé « Le Pseudo-Sobor, 80 ans plus tard : la persécution continue », des experts se sont penchés sur les traumatismes du passé pour mieux comprendre les défis actuels, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine. L’événement était organisé conjointement par le Centre d’études ukrainiennes de l’Université catholique d’Amérique, l’Université ukrainienne et l’Institut Saint-Gabriel.
Pour George Weigel, l’actuel pontife, bien qu’en fonction depuis moins de onze mois, manifeste une approche pragmatique et lucide des réalités de l’Europe de l’Est. Contrairement à ses prédécesseurs qui portaient parfois un héritage historique complexe dans leurs rapports avec l’Orthodoxie, Léon XIV disposerait d’une liberté d’action nouvelle. « C’est un homme délibéré », a souligné l’auteur, confiant dans la capacité du Saint-Père à reformuler les termes de l’échange avec les Églises d’Orient, tout en appelant à la patience face à une œuvre de réforme nécessairement longue.
Le cœur de cette évolution résiderait, selon M. Weigel, dans un déplacement du curseur diplomatique et théologique. Au lieu de concentrer les efforts sur la question de la primauté, sujet de discorde séculaire, le dialogue gagnerait à s’orienter vers la doctrine sociale et les relations entre l’Église et l’État. L’universitaire soutient que l’Orthodoxie peine aujourd’hui à définir un modèle ecclésial adapté au XXIe siècle, particulièrement face aux défis posés par les conflits nationaux.
La proposition soumise au Saint-Siège consisterait à offrir l’expérience catholique en matière de liberté religieuse comme un terrain d’échange. « Il nous a fallu au moins deux cents ans pour comprendre la période post-constantinienne et intégrer la liberté religieuse dans notre propre cadre théologique comme un droit humain fondamental », a rappelé George Weigel. Cette démarche d’humilité réciproque permettrait à Rome de sortir d’impasses diplomatiques anciennes en proposant une collaboration sur les enjeux de la modernité.
Cette réflexion s’inscrit dans le souvenir douloureux du « Pseudo-Sobor » de mars 1946. Katerina Budz, chercheuse présente lors du panel, a rappelé les circonstances dramatiques de ce synode forcé, orchestré par le régime de Staline après l’annexion de l’Ukraine occidentale. Dès avril 1945, les autorités soviétiques avaient procédé à l’arrestation du métropolite Josyf Slipyj et de l’ensemble de l’épiscopat gréco-catholique.
Privés de leurs pasteurs, les prêtres et les fidèles s’étaient retrouvés sous une pression insupportable. Le « Pseudo-Sobor » avait alors acté la rupture brutale des liens avec le Vatican et l’incorporation forcée de l’Église gréco-catholique au sein du Patriarcat orthodoxe de Moscou. « Imaginez votre évêque emprisonné et la menace constante de subir le même sort si vous n’acceptiez pas de rejoindre le groupe d’initiative », a expliqué Mme Budz, soulignant le dilemme héroïque des clergés locaux, coincés entre la fidélité à Rome, la survie de leurs familles et la charge pastorale de leurs paroissiens.
En rappelant ces heures sombres, les participants ont souligné que la mémoire de la persécution reste un élément moteur de l’identité catholique en Ukraine. Pour George Weigel, c’est précisément en s’appuyant sur une vision claire de cette histoire et sur une doctrine sociale solide que le Pape Léon XIV pourra, avec le temps, ouvrir de nouvelles voies de communication avec le monde orthodoxe.





Conversation des fidèles
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