Alors que les grandes entreprises technologiques développent des systèmes toujours plus puissants, plusieurs d'entre elles se tournent désormais vers les responsables religieux pour réfléchir à la manière dont leurs machines devraient se comporter. Une enquête de l'Associated Press, publiée ce lundi 26 octobre et reprise par le média catholique Crux, révèle notamment les démarches entreprises par Anthropic, Google, Meta, Microsoft et Amazon auprès de représentants des différentes traditions religieuses. L'objectif affiché est de mieux intégrer des principes moraux dans le développement des intelligences artificielles.
Rappelons les faits ! Le 19 mai dernier, l'entreprise américaine Anthropic, qui développe l'intelligence artificielle Claude, annonçait officiellement avoir organisé plusieurs rencontres avec des membres de plus de quinze traditions religieuses et culturelles. Parmi les personnes consultées figuraient des prêtres et autres responsables religieux, des philosophes, des universitaires et des spécialistes de l'éthique. Ces discussions visaient notamment à comprendre comment former le comportement moral d'une intelligence artificielle, comment lui apprendre à répondre à des situations délicates et quelles valeurs devraient guider ses interactions avec les utilisateurs. Anthropic précise cependant ne pas vouloir imposer une religion particulière à son système, mais recueillir différentes perspectives religieuses, philosophiques et culturelles.
Et le Vatican occupe une place importante dans ces discussions ! Le 25 mai 2026, Chris Olah, cofondateur d'Anthropic, a été invité à intervenir à Rome lors de la présentation de l'encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV, consacrée aux enjeux de l'intelligence artificielle. Devant les représentants de l'Église, il a reconnu que les questions morales soulevées par cette technologie dépassaient largement les compétences des ingénieurs. Selon lui, les traditions religieuses possèdent une expérience de plusieurs siècles concernant la conscience, la dignité humaine, la vertu et la responsabilité. Il a notamment insisté sur trois enjeux : les conséquences de l'IA pour les populations pauvres, la transformation du travail et la nécessité de préserver la place de l'homme face à des machines de plus en plus performantes.
L'enquête de l'Associated Press donne également la parole à Meghan Sullivan, philosophe à l'université catholique Notre-Dame, qui a personnellement participé à l'une des rencontres organisées par Anthropic. Elle raconte que les responsables de l'entreprise ont d'abord expliqué le fonctionnement de leurs modèles aux participants, avant d'organiser une discussion sur plusieurs questions morales. Les échanges ont notamment abordé l'existence de l'âme humaine, la formation de la conscience et l'opportunité de laisser de jeunes élèves utiliser des chatbots pour apprendre à lire. La chercheuse affirme avoir été favorablement impressionnée par le sérieux de ces discussions et par la volonté des ingénieurs de comprendre les différentes traditions religieuses.
Mais ces initiatives suscitent également de véritables interrogations ! Webb Keane, anthropologue à l'université du Michigan, explique qu'une religion ne peut pas être réduite à une simple liste de règles morales que l'on intégrerait dans un programme informatique. La foi implique également des doctrines, des pratiques religieuses, des rites et des relations humaines. De son côté, Paolo Carozza, spécialiste de la pensée sociale catholique et membre du conseil de surveillance indépendant de Meta, craint que le mélange des différentes traditions religieuses ne finisse par effacer leurs particularités. En voulant réunir toutes les croyances dans un même système, les entreprises pourraient finalement produire une morale générale qui ne correspondrait véritablement à aucune religion.
Cette question concerne directement les catholiques ! Dans son encyclique Magnifica humanitas, publiée le 25 mai, Léon XIV rappelait la nécessité de protéger la dignité humaine face au développement de l'intelligence artificielle. Le Pape a notamment mis en garde contre la tentation de déléguer aux algorithmes des décisions qui relèvent de la conscience humaine. Et c'est précisément toute la difficulté du projet des entreprises technologiques : une intelligence artificielle peut consulter les textes de saint Thomas d'Aquin, résumer le Catéchisme ou présenter un raisonnement moral, mais cela ne signifie pas qu'elle possède une conscience, une âme ou une véritable vie spirituelle. La doctrine catholique ne peut pas davantage être réduite à une simple opinion parmi d'autres dans une moyenne de valeurs religieuses.
Pour le moment, ces rencontres restent essentiellement consultatives. Anthropic affirme vouloir poursuivre les échanges avec davantage de traditions, tandis que les autres entreprises explorent différentes formes de coopération. Aucune annonce ne permet cependant d'affirmer que les autorités catholiques participent directement à la rédaction des règles morales de tous ces systèmes. Une chose est certaine : les concepteurs de l'intelligence artificielle cherchent désormais des réponses à des questions que la technique seule ne permet pas de résoudre. Reste à savoir quelle place réelle ils accorderont aux enseignements religieux lorsque ceux-ci entreront en contradiction avec leurs propres choix technologiques ou commerciaux.
Et vous, pensez-vous que l'Église catholique doit participer à ces discussions avec les géants de l'intelligence artificielle pour défendre la dignité humaine et les principes de la morale chrétienne ?
Sources : Associated Press / Crux





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