Aux États-Unis, une proposition de loi censée combattre l’antisémitisme sur les campus universitaires prend une tournure controversée et même inquiétante pour les chrétiens attachés à la liberté religieuse. Derrière les apparences d’un consensus politique contre la haine, se dessine en réalité une offensive de plus contre les vérités bibliques et les enseignements de l’Évangile.
Portée par le sénateur républicain Bill Cassidy, cette loi — l’Antisemitism Awareness Act — vise à imposer au département de l’Éducation la définition de l’antisémitisme formulée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA). Une définition qui, à première vue, semble bienveillante, mais qui, dans les faits, ouvre la porte à des accusations d’antisémitisme pour des raisons purement religieuses. En particulier, elle inclut comme « potentiellement haineuse » l’affirmation que les Juifs ont été impliqués dans la crucifixion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une vérité pourtant affirmée dans l’Écriture Sainte elle-même.
C’est précisément ce point qui a provoqué une levée de boucliers de la part de plusieurs élus conservateurs, dont les sénateurs Tommy Tuberville (Alabama) et Roger Marshall (Kansas). Ceux-ci ont alerté sur le fait que cette loi, si elle était appliquée sans nuance, pourrait criminaliser la simple prédication évangélique, qui enseigne, depuis les Apôtres, que certains responsables juifs de l’époque ont conspiré avec les autorités romaines pour tuer le Christ.
Face à ces inquiétudes, un amendement a été introduit à la dernière minute, juste avant un vote décisif en commission sénatoriale (la commission de la Santé, de l’Éducation, du Travail et des Retraites, dite HELP). Cet ajout vise à garantir que la loi ne porte pas atteinte au Premier Amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression et la libre pratique de la religion.
L’affaire ne s’arrête pas là. Le projet de loi, qui avait déjà été adopté par la Chambre des représentants en mai 2024 avec une large majorité (320 voix contre 91), avait été bloqué au Sénat l’an dernier, précisément à cause des craintes qu’il serve à restreindre la liberté d’expression. Son retour sur le devant de la scène politique cette année a réveillé de vives tensions, tant chez les Républicains que chez certains groupes juifs progressistes.
Parmi les opposants notables figurent 21 représentants républicains, dont Marjorie Taylor Greene et l’ancien député Matt Gaetz. Ils ont vivement dénoncé une dérive liberticide et souligné que cette loi, en prétendant lutter contre l’antisémitisme, risquait surtout de criminaliser les croyances chrétiennes traditionnelles. Mme Greene a notamment affirmé que cela revenait à « condamner les chrétiens pour croire en l’Évangile ».
Plus surprenant encore : des organisations juives elles-mêmes, situées à gauche de l’échiquier politique comme J Street ou le New Israel Fund, ont rejeté cette loi. Dans une déclaration commune, elles ont dénoncé une instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme à des fins politiques, parlant même d’un cheval de Troie servant les desseins de l’administration Trump. Pour elles, cette loi ne protège pas réellement les Juifs, mais renforce au contraire un climat de division et d’autoritarisme.
Reste à savoir si cet amendement suffira à préserver les droits fondamentaux des chrétiens, ou s’il ne s’agit que d’un leurre temporaire. Une chose est certaine : on ne peut pas servir la paix en persécutant la vérité.






