Pour la première fois depuis la réforme anglaise anglicane déclenchée par Henri VIII au XVIe siècle, le Royaume-Uni pourrait bientôt compter davantage de catholiques pratiquants que d’anglicans. C’est ce que révèle un récent rapport de la Bible Society, qui met en lumière une croissance silencieuse mais significative du catholicisme, particulièrement portée par les jeunes générations.
Alors que la sécularisation progresse à grands pas – les derniers chiffres du recensement de 2021 indiquent que les chrétiens représentent désormais moins de la moitié de la population britannique, une première historique – un autre phénomène, plus discret, semble à l’œuvre : un renouveau dans la pratique religieuse, surtout chez les moins de 25 ans. En effet, ces jeunes, souvent issus de milieux diversifiés et parfois immigrés, sont aujourd’hui plus nombreux à fréquenter les églises, notamment catholiques et pentecôtistes.
Le rapport, fondé sur des enquêtes menées par YouGov auprès de plus de 13 000 personnes en 2024 (et 19 000 en 2018), révèle une progression notable de la pratique religieuse. Ainsi, le nombre de Britanniques déclarant assister à la messe ou à un office religieux au moins une fois par mois est passé de 8 % en 2018 (soit 3,7 millions de personnes) à 12 % en 2024 (5,8 millions). Cette augmentation est principalement portée par la tranche d’âge des 18-24 ans, chez qui la pratique mensuelle est passée de 4 % à 16 % en six ans.
Les jeunes catholiques, en particulier, se montrent bien plus présents que leurs homologues anglicans. En 2018, les 18-34 ans se répartissaient ainsi : 30 % étaient anglicans, 22 % catholiques et 10 % pentecôtistes. Mais en 2024, les proportions ont profondément changé : les catholiques dominent désormais à 41 %, les anglicans chutent à 20 %, et les pentecôtistes grimpent à 18 %. Une tendance qui pourrait, si elle se poursuit, reléguer l’anglicanisme à la troisième place chez les jeunes adultes.
Ce basculement générationnel est d’autant plus marquant qu’il s’accompagne d’un retour à une foi vécue et non simplement déclarée. Comme l’explique la directrice de la recherche à la Bible Society, le Dr Rhiannon McAleer, cette étude ne s’attarde pas sur les identités culturelles ou nominales, mais sur la pratique réelle du culte. Elle parle même d’un “renouveau tranquille” de la foi chrétienne, loin des grandes proclamations, mais bien réel dans la vie des paroisses.
Ce regain de ferveur n’est pas seulement visible dans les statistiques globales, mais aussi dans les chiffres fournis par l’Église catholique elle-même : la participation à la messe dominicale en Angleterre et au pays de Galles, bien que toujours inférieure à celle d’avant la pandémie (702 000 en 2019), a fortement rebondi, passant de 390 000 fidèles en 2021 à 555 000 en 2023. Cette dynamique est également observable en Irlande du Nord, où les catholiques ont désormais dépassé les protestants en nombre, selon les données du recensement de 2021.
Le professeur Stephen Bullivant, spécialiste de théologie et de sociologie religieuse à l’université St Mary’s de Londres, souligne que l’Église catholique s’en sort mieux que les autres grandes confessions chrétiennes, notamment grâce à l’apport constant de fidèles issus de l’immigration, souvent plus pratiquants.
Enfin, à l’échelle nationale, la composition des fidèles réguliers a elle aussi évolué. En 2018, parmi ceux qui allaient à l’église au moins une fois par mois, 41 % étaient anglicans, 23 % catholiques, et 4 % pentecôtistes. En 2024, la part anglicane tombe à 34 %, tandis que les catholiques atteignent 31 %, presque à égalité, et les pentecôtistes grimpent à 10 %.
En dépit d’un environnement largement déchristianisé, il semblerait donc que ceux qui demeurent fidèles au Christ choisissent désormais de vivre leur foi avec davantage de conviction et de régularité. Un signe encourageant dans un monde qui en a tant besoin.






