Alors que les tensions persistent en Ukraine, où les violences sexuelles demeurent une arme de guerre, l’Église catholique ravive la mémoire d’un prêtre polonais tombé sous les balles soviétiques pour avoir défendu la pureté de deux jeunes filles. Le père Pawel Kontny, mort en martyr il y a près de 80 ans, pourrait bientôt être élevé aux autels.
Né dans la ferveur de la foi silésienne, ce religieux de la congrégation du Christ fut assassiné le 1ᵉʳ février 1945 à Ledziny, en Haute-Silésie. Alors que l’Armée rouge déferlait sur la région, il s’interposa devant des soldats russes prêts à violer deux adolescentes. « Vous vous prétendez libérateurs ? », leur lança-t-il, selon le témoignage du père Boguslaw Koziol, postulateur de sa cause en béatification. Vêtu de sa soutane, le prêtre ne laissa aucun doute sur son identité. Il tomba sous les balles, « tel le Bon Pasteur donnant sa vie pour ses brebis », souligne son hagiographe.
Un martyre qui résonne aujourd’hui
Le père Koziol, actuellement à Rome pour préparer le dossier, insiste sur l’actualité brûlante de ce sacrifice :
« Comme en Ukraine aujourd’hui, la violence envers les femmes fut alors un instrument de terreur. »
Les circonstances de la mort du père Kontny frappent par leur symbolisme biblique : abattu dans une bergerie, son corps fut d’abord enseveli sur place, avant d’être transféré dans l’église Saint-Clément.
Ses funérailles, le 8 février 1945, se transformèrent en manifestation de foi. Malgré la guerre, dix prêtres et une foule nombreuse accompagnèrent celui que l’évêque Stanislaw Adamski qualifia dès mars 1945 de « martyr de la chasteté féminine ». Dans une lettre à son supérieur religieux, le prélat rapporta qu’un des agresseurs avait même été fusillé par ses propres compagnons.
Avant son ultime sacrifice, le père Kontny s’était déjà illustré par son courage. Missionnaire en Estonie occupée, il avait obtenu la libération de 70 prisonniers après une audacieuse négociation avec les Soviétiques. Ses paroissiens se souviennent d’un pasteur « joyeux, dévoué, d’une bonté sans affectation », précise le père Koziol.
Vers les autels
La procédure de béatification, approuvée par la Conférence épiscopale polonaise et le Dicastère pour les Causes des Saints, attend désormais la nomination du nouvel archevêque de Katowice pour constituer le tribunal ecclésiastique. Dans son édit du 1ᵉʳ novembre 2023, l’archevêque émérite Adrian Galbas soulignait que « dès sa mort, les fidèles ont vu en lui un martyr », attirant notamment des jeunes sur sa tombe.
Le pape François, dans sa bulle Spes non confundit préparant le Jubilé de 2025, rappelle que « les martyrs offrent le témoignage le plus crédible de l’espérance ». Le père Kontny incarne cette espérance indestructible : celle d’un prêtre qui, jusqu’à la mort, choisit de défendre l’innocence plutôt que de plier devant la tyrannie.
Alors que l’Église en Pologne se prépare à inscrire un nouveau nom au martyrologe du XXᵉ siècle, la figure du père Kontny rappelle que le combat pour la dignité humaine reste, en tout temps, un chemin de sainteté.






