Ce 18 avril, tandis que les cloches des églises se taisent en signe de deuil du Jeudi saint au jour de Pâques, le calendrier catholique honore également la mémoire d’un saint trop souvent oublié : Saint Parfait de Cordoue, prêtre et martyr du IXᵉ siècle. Une coïncidence providentielle, en cette année 2025, qui invite les fidèles à méditer sur le sens du sacrifice et la fidélité à la Vérité.
Le Vendredi Saint : l’amour jusqu’au don suprême
La liturgie de ce jour rappelle d’abord l’heure où Notre-Seigneur Jésus-Christ, « ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin » (Jean 13,1). Les offices, dépouillés de tout ornement, font retentir le récit de la Passion selon saint Jean. Les fidèles vénèrent la Croix nue, symbole de la Rédemption, tandis que le jeûne et le silence soulignent la gravité du mystère. « C’est pour nous qu’Il souffre, répète le prêtre lors de la prière universelle. Par ses plaies, nous sommes guéris. »
En ce Vendredi Saint tombant un 18 avril, les âmes pieuses sont invitées à un double recueillement. Car si la Croix du Christ demeure l’unique source de salut, l’Église n’oublie pas ceux qui, à Sa suite, ont versé leur sang pour Lui.
Saint Parfait de Cordoue : « Je suis chrétien, et je ne puis renier mon Dieu »
Au IXᵉ siècle, alors que l’Espagne gémissait sous le joug des infidèles, le prêtre Parfait — ou Perfectus — exerçait pieusement son ministère au sein des fidèles mozarabes, ces chrétiens restés attachés à la sainte foi catholique malgré la domination musulmane. Dans une époque où confesser le Nom du Christ exposait à la persécution, il vivait dans la prudence, mais sans jamais transiger sur la vérité. Il fait partie des cinquante-huit martyrs de Cordoue, mis à mort pour avoir défendu le Seigneur.
En l’an 850, alors qu’il marchait dans les rues de Cordoue, des musulmans l’abordèrent et, dans un dessein pervers, le pressèrent de dire ce qu’il pensait de Mahomet. Le saint prêtre demanda trois jours de délai, qu’il consacra au jeûne et à la prière, afin de se préparer à rendre un témoignage digne du Seigneur. Au terme de ce temps sacré, il déclara avec fermeté :
Le savant prêtre leur démontra alors en arabe que d’après l’évangile Mahomet était un faux prophète, un menteur qui avait séduit un grand nombre d’hommes. Parfait parla longuement des impuretés, des actions honteuses que prescrit la loi de Mahomet, puis il dit en terminant :
« Ainsi donc votre prophète, adonné lui-même à l’impureté et esclave de ses mauvaises passions, vous a tous plongés à jamais dans la fange de la luxure. »
Accusé de blasphème selon la loi islamique, il fut arrêté, cruellement torturé, puis condamné à mort. Le 18 avril, il reçut la couronne du martyre, étant décapité pour l’amour du Christ. Selon les chroniques transmises par saint Euloge, ses dernières paroles furent celles d’un fidèle serviteur :
« Je rends grâce à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui daigne m’appeler à Lui. »
Canonisé dès les premiers siècles qui suivirent sa mort, Saint Parfait demeure un exemple éclatant de fidélité à la Vérité divine. Son témoignage nous rappelle que l’honneur dû à Dieu ne saurait être troqué contre les flatteries du monde ni les menaces des puissants.
Un même combat, une même espérance
En cette journée où le deuil de la Crucifixion rencontre la joie pudique du témoignage héroïque, l’Église offre à ses enfants une leçon de cohérence. Le Christ, en acceptant la Croix, a sanctifié toute souffrance offerte par amour. Saint Parfait, en refusant de taire sa foi, a imité jusqu’au bout Celui qui « n’a pas reculé devant les outrages » (Isaïe 50,6).
À l’heure où les persécutions antichrétiennes se multiplient, de l’Occident à l’Afrique en passant par l’Asie, leur exemple brille comme un appel. « Combien de fils et de filles de l’Église au cours des siècles ont-ils suivi cet exemple ! De la première persécution à Jérusalem à celle des empereurs romains, jusqu’aux multitudes de martyrs de notre époque. Il n’est pas rare, en effet, qu’aujourd’hui aussi nous parviennent des nouvelles de différentes parties du monde de missionnaires, de prêtres, d’évêques, de religieux, de religieuses et de fidèles laïcs persécutés, emprisonnés, torturés, privés de la liberté ou ne pouvant pas l’exercer, car disciples du Christ et des Apôtres de l’Évangile ; parfois, on souffre et on meurt aussi pour la communion avec l’Église universelle et la fidélité au Pape., rappelait Benoît XVI dans son Angélus de 2007 à l’occasion de la Saint Etienne. La violence se transforme ainsi en amour et donc la mort en vie. »
En quittant les vêpres du Vendredi Saint, les mains encore marquées par le baiser donné à la Croix, les fidèles emportent dans leur cœur cette certitude : la mort n’a pas le dernier mot. Comme Saint Parfait, dont le sang a fécondé la terre d’Espagne, le Christ ressuscitera au troisième jour. Et avec Lui, tous ceux qui ont « gardé le dépôt de la Foi » (1 Timothée 6,20).
Priez pour nous, Saint Parfait, vous qui avez vaincu la peur par l’amour du Christ. Et Vous, Seigneur, par Votre Sainte Croix, rachetez le monde.




