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Innocent III, Quia maior, 1213, préparation d’une croisade

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En avril 1213, la curie pontificale rédigea trois lettres exposant les plans du pape Innocent III pour une nouvelle croisade et convoquant un concile général qui devait se tenir en 1215.

La plus longue de ces lettres, appelée Quia maior d’après les premiers mots de son texte latin, était consacrée à la planification de la croisade. Une deuxième lettre, Pium et sanctum, publiée à la même époque, nommait des prédicateurs pour travailler au nom de la croisade, tandis que Vineam Domini annonçait le but et la date du concile.

Innocent III consacra beaucoup de soin à la préparation de la croisade. Son expérience antérieure de la quatrième croisade et les problèmes de la croisade des Albigeois en cours rendaient d’autant plus important une planification détaillée et une supervision continue.

Quia maior était un effort pour codifier l’expérience que les différents papes avaient glanée au cours du siècle précédent. Cependant, ce document est resté provisoire dans certaines de ses caractéristiques, laissant des questions importantes à régler au concile. Pour cette raison, il doit être lu en conjonction avec Ad liberandam, canon 71 du quatrième concile du Latran et Post miserabile.

Innocent III : Quia maior :

Parce qu’il est aujourd’hui plus nécessaire que jamais de pourvoir aux besoins de la Terre Sainte, et que l’on espère qu’un bénéfice plus grand que jamais résultera de cette assistance, voici que nous vous crions une nouvelle sommation. Nous crions en faveur de celui qui s’est fait obéissant à Dieu le Père jusqu’à la mort sur la croix et qui, en mourant sur la croix, a crié d’une voix forte pour nous sauver du supplice de la mort éternelle [Mt 27,50 ; Lc 23,46].

Il cria aussi pour lui-même et dit :  » Si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive  » [Mt 16, 24]. C’est comme s’il disait plus clairement : Celui qui veut me suivre jusqu’à la couronne, qu’il se hâte vers la bataille qui est maintenant proposée pour l’épreuve de tous. Car le Dieu tout-puissant pouvait, s’il le voulait, défendre entièrement cette terre pour qu’elle ne soit pas livrée aux mains de l’ennemi.

Il pourrait aussi, s’il le voulait, la libérer assez facilement des mains de l’ennemi, puisque rien ne peut résister à sa volonté [Rm 9, 19]. Mais, comme le mal abonde maintenant [Rm 5,20] et que la charité de beaucoup s’est refroidie [Mt 24,12], pour réveiller ses fidèles du rêve de la mort au désir de la vie, Dieu leur a proposé une tâche dans laquelle il pourra éprouver leur foi comme l’or dans une fournaise [1 Pt 1,7], en leur présentant avec une occasion de salut, voire une raison de salut, afin que ceux qui luttent puissamment pour lui soient heureusement couronnés par lui, et que ceux qui ne veulent pas, à un moment d’une telle nécessité, devenir ses serviteurs, méritent une juste sentence de damnation au jour du jugement dernier.

O combien grand sera le bénéfice de cette cause ; combien, convertis à la pénitence, se sont livrés au service du Crucifié pour la libération de la Terre Sainte, comme si, en souffrant le martyre, ils avaient obtenu la couronne de la gloire [cf. 1 Pt 5, 4 ; 1 Th 2, 19], eux qui auraient peut-être péri dans leurs iniquités, empêtrés dans les désirs charnels et les séductions terrestres.

C’est un vieux procédé de Jésus-Christ qu’il a daigné renouveler en ces jours pour le salut de ses fidèles. En effet, si quelque roi temporel était privé de son royaume par ses ennemis, si ses vassaux sacrifiaient non seulement leurs biens, mais encore leurs personnes, ne les condamnerait-il pas, lorsqu’il recouvrerait son royaume perdu, comme infidèles, et ne concevrait-il pas contre eux des tortures impensables, par lesquelles il pourrait ruiner diaboliquement les méchants ?

Ainsi le Roi des rois, notre Seigneur Jésus-Christ, qui vous a apporté le corps et l’âme et d’autres biens, vous condamnera pour le vice de l’ingratitude et le crime de l’infidélité si vous ne lui portez pas secours, de sorte qu’il perde son royaume qu’il a acheté au prix de son sang. Sachez donc que celui qui refuse son aide au Rédempteur en ce temps où il est dans le besoin est coupable et sévèrement coupable. Car aussi, dans la mesure où, selon le commandement divin, il aime son prochain comme lui-même et pour lui [Lv 19, 18 ; Mt 19, 19], il sait que ses frères dans la foi et dans le nom chrétien sont emprisonnés par les Sarrasins infidèles dans une prison cruelle et subissent le dur joug de l’esclavage, il ne déploie pas pour leur libération l’œuvre efficace dont le Seigneur a parlé dans l’Évangile.

 » Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils vous fassent  » [Mt 7, 12].

Ou peut-être ne savez-vous pas que plusieurs milliers de chrétiens sont retenus en prison et en esclavage par eux et qu’ils subissent d’innombrables tourments ? Et, en effet, le peuple chrétien a possédé presque toutes les provinces sarrasines jusqu’à l’époque de saint Grégoire. Mais après cette époque, un certain fils de la perdition, le pseudo-prophète Mahomet, a surgi et il a séduit beaucoup de gens en les éloignant de la vérité par des attraits et des plaisirs charnels. Bien que sa perfidie ait duré jusqu’à aujourd’hui, nous avons confiance dans le Seigneur, qui a maintenant fait un bon signe pour que la fin de cette bête, dont le nom n’est pas encore connu, ait lieu.

Le nombre, selon l’Apocalypse de Jean [Apoc 13, 18], est de 666, dont près de six cents ans sont maintenant écoulés. Certes, outre les grandes et graves blessures infligées précédemment à notre Rédempteur pour nos offenses par les Sarrasins infidèles, récemment, à la confusion du nom chrétien, ils ont construit une forteresse sur le mont Thabor, où le Christ a montré à ses disciples la nature de sa future glorification.

Par là, ils pensent pouvoir occuper assez facilement la ville voisine d’Acre, et ensuite, sans aucune résistance, envahir le reste de cette terre, puisqu’elle est presque dépourvue d’hommes et de richesses.

C’est pourquoi, fils bien-aimés, changeant les dissensions et les jalousies fratricides en traités de paix et de bonne volonté, mettons-nous en devoir de venir en aide au Crucifié, n’hésitant pas à risquer biens et vies pour celui qui a donné sa vie et versé son sang pour nous ; également certains et sûrs que si vous êtes vraiment pénitents, par ce travail temporel, comme par un certain raccourci, vous arriverez à la vie éternelle.

Car nous, forts de la miséricorde du Dieu tout-puissant et des apôtres Pierre et Paul, de ce pouvoir que Dieu nous a donné, bien qu’indignes, de lier et de délier, nous accordons le plein pardon de leurs péchés à tous ceux, au cœur contrit et s’étant confessés oralement, qui entreprennent ce travail en leurs propres personnes et à leurs propres frais, et nous promettons une augmentation du salut éternel en paiement du juste.

Mais, à ceux qui ne font pas le voyage en personne, mais envoient à leurs frais des hommes appropriés selon leurs capacités et leurs revenus, et à ceux aussi qui, même aux frais d’un autre, font le voyage personnellement, nous accordons le plein pardon de leurs péchés. Et nous désirons et concédons que tous ceux qui donnent une somme convenable de leur fortune pour le soutien de la Terre Sainte puissent participer à cette rémission selon le montant de leur soutien et la profondeur de leur dévotion.

Nous recevons également les personnes et les biens de tous ceux qui prennent la croix sous la protection de saint Pierre et la nôtre, et ils sont aussi sous celle des archevêques, des évêques et de tous les prélats de l’Église.

Nous décrétons qu’ils doivent être maintenus entiers et en sécurité, ainsi que leurs biens, jusqu’à ce que l’on ait la certitude de leur retour ou de leur mort. Si quelqu’un devait agir contrairement à cela, un blâme ecclésiastique devrait être prononcé sans appel par les prélats de l’Église. Si quelqu’un, sur le point de partir, doit des prêts, sous serment, avec intérêt, nous ordonnons que ses créanciers soient contraints à la même exigence de remettre les prêts qui leur ont été jurés et de cesser le paiement des intérêts.Mais si quelque créancier les obligeait à payer des intérêts, nous leur ordonnons par la même instruction de les rembourser.

Mais nous ordonnons que les Juifs soient contraints de rembourser leurs intérêts par le pouvoir séculier, et que, jusqu’à ce qu’ils les remettent, le contact avec tous les fidèles du Christ, sous peine d’excommunication, tant en biens qu’en choses, leur soit refusé. Mais pour que l’aide à la Terre Sainte soit plus facilement partagée entre plusieurs individus, nous demandons à tous et à chacun, par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, confessant une seule vérité, un seul Dieu éternel, à la place du Christ, pour le Christ, de répartir entre eux, par les archevêques et les évêques, les abbés et les prieurs, et les chapitres des cathédrales et des églises conventuelles, ainsi que des villes, des villas et des bourgs, un certain nombre de combattants avec les dépenses nécessaires pour trois ans, selon leurs capacités.

Et si un seul ne peut s’en acquitter, que plusieurs soient réunis en un seul, car nous espérons que les personnes ne manqueront pas si les fonds sont suffisants. Nous demandons que cela soit fait par des rois et des princes, des comtes et des barons, et d’autres magnats, qui ne peuvent peut-être pas aller personnellement au secours du Crucifié.

Nous demandons l’aide navale des villes maritimes. Afin de ne pas paraître imposer des charges lourdes et insupportables, alors que nous ne faisons rien ou presque, nous protestons devant Dieu en vérité que ce que nous demandons aux autres de faire, nous serons nous-mêmes prêts à le faire. Nous pourvoyons à la satisfaction des besoins du clergé pour cette affaire, afin que, sans opposition, il puisse hypothéquer les revenus de ses bénéfices pendant trois ans au plus.

Comme l’aide à la Terre Sainte serait très entravée et retardée s’il fallait examiner l’aptitude et les moyens suffisants de chaque personne pour assumer personnellement ce genre de vœu avant de prendre la croix, nous accordons que, sauf pour les membres des ordres religieux, quiconque le souhaite puisse recevoir le signe de la croix, de sorte que si une nécessité urgente ou un avantage évident l’exige, le vœu puisse être commué ou racheté ou différé par mandat apostolique.

Et pour la même raison, nous révoquons les remises de péchés et les indulgences que nous avons accordées jusqu’à présent à ceux qui se sont lancés contre les Maures en Espagne ou contre les hérétiques en Provence, d’autant plus qu’elles ont été accordées pour des raisons qui appartiennent désormais entièrement au passé, et pour une raison particulière qui a pour la plupart cessé.

Dans les deux cas, les choses ont maintenant prospéré de sorte qu’il n’y a pas de besoin urgent. En cas de besoin, nous veillerons à agir en cas de nécessité immédiate. Mais nous sommes d’accord pour que les rémissions et les indulgences de ce genre soient encore accessibles aux hommes de Provence et d’Espagne. Parce que les corsaires et les pirates mettent de trop grands obstacles en s’emparant et spoliant les aides qui vont et viennent de la Terre Sainte, nous les lions, ainsi que leurs principaux partisans et protecteurs, par la chaîne de l’excommunication, interdisant sous la menace de l’anathème à quiconque de traiter avec eux dans tout contrat de vente ou d’achat, et ordonnant aux chefs des villes et de leurs possessions de les rappeler et de tenir en échec leur iniquité.

Autrement, puisque ne pas vouloir empêcher les hommes mauvais n’est rien d’autre que les favoriser, et qu’il souffre par le soupçon d’une association secrète qui ne peut s’opposer à la scélératesse ouverte, nous aurons soin d’exercer la sévérité ecclésiastique contre leurs personnes et leurs terres, puisque de tels hommes sont, non moins que les Sarrasins, ennemis du nom chrétien. En outre, nous renouvelons la sentence d’excommunication promulguée au concile de Latran contre ceux qui font avec leurs galères le commerce des armes, du fer et du bois avec les Sarrasins, et ceux qui sont à la tête de navires sarrasins, et nous considérons qu’ils doivent être privés de leurs biens et saisis comme esclaves s’ils sont capturés.

Nous ordonnons que dans chaque ville maritime cette sentence soit renouvelée les dimanches et jours de fête. Nous ordonnons que, dans chaque ville maritime, cette sentence soit renouvelée les dimanches et jours de fête. Mais comme, à long terme, nous devons nous fier davantage à la miséricorde divine qu’à la puissance humaine, nous devons lutter dans ce conflit non seulement avec des armes physiques, mais aussi avec des armes spirituelles.

C’est pourquoi nous décrétons et ordonnons que, chaque mois, il y ait une procession générale séparée pour les hommes et, si possible, séparée pour les femmes, dans l’humilité de l’esprit et du corps, où la parole de la croix qui apporte le salut est proposée avec une exhortation diligente au peuple, avec une pieuse insistance de prières demandant que le Dieu miséricordieux enlève l’opprobre de cette confusion, libérant des mains des païens cette terre dans laquelle il a établi tous les sacrements de notre rédemption, la restituant au peuple chrétien à la louange et à la gloire de son saint nom.

Le jeûne et les aumônes doivent être joints à la prière, afin que celle-ci parvienne plus facilement et plus rapidement aux oreilles très pieuses de Dieu, qui nous écoute avec miséricorde au moment voulu. Chaque jour, pendant les solennités de la messe, après le baiser de paix, lorsque l’offrande pour les péchés du monde ou l’hostie salvatrice est consommée, tous, hommes et femmes, doivent se prosterner à terre et le psaume suivant doit être chanté à voix haute par les clercs :

 »O Dieu, les gentils sont entrés dans ton héritage… [Ps 78], et à la fin,  »Lève-toi, ô Dieu, et tes ennemis se disperseront, et ceux qui le haïssent fuiront devant sa face » [Ps 68]. Le célébrant chantera cette prière à l’autel :

 » Nous te prions humblement, ô Dieu, qui organises toutes choses avec une merveilleuse Providence, qu’en saisissant des mains des ennemis de la croix la terre que ton fils unique a consacrée de son propre sang, tu la rendes au culte chrétien. Dirigez miséricordieusement les vœux de ses fidèles constants vers sa libération sur la voie du salut éternel. Amen. « 

En outre, dans les Églises où se déroule la procession générale, on placera un tronc concave avec trois clés chacun, à la charge d’un prêtre honnête, d’un laïc pieux et d’un membre d’un ordre religieux, dans lequel clercs et laïcs, hommes et femmes, pourront mettre leurs aumônes qui seront utilisées pour le secours de la Terre Sainte selon la décision de ceux à qui son soin a été confié.

Cependant, il n’est pas nécessaire de prendre une décision sur le processus et le transit habituels et établis ou sur le temps et le lieu appropriés [pour le départ] jusqu’à ce que l’armée du Seigneur soit signée de la croix, mais après avoir considéré toutes les circonstances, nous déciderons ce que nous verrons être approprié d’après le conseil des hommes prudents.

Pour mener à bien ces affaires, nous nommons nos fils bien-aimés, les abbés Eberhard de Salem et Peter, anciennement de Neuburg, et Conrad, le doyen de Spire, et le prévôt d’Augsbourg, hommes généralement reconnus pour leur honnêteté et leur confiance avérées. Et ils pourront, de notre autorité, nommer des hommes acceptables de prévoyance et d’honnêteté et décider tout ce qui semble nécessaire pour cette affaire, en exécutant fidèlement et soigneusement les choses qu’ils décident dans les différents diocèses par l’intermédiaire d’hommes appropriés spécialement nommés à cet effet.

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C’est pourquoi nous vous avertissons en vous demandant à vous tous et nous vous implorons dans le Seigneur, en vous commandant par des lettres apostoliques et en vous enjoignant dans la puissance de l’Esprit Saint de prendre soin de ces hommes jouissant du légat pour le Christ, en répondant à leurs besoins, afin qu’ils produisent le fruit désiré par vous et en vous.

Le livre est en anglais et disponible sur le lien ci-dessous en version papier ou ebook.

Source : Crusade and Christendom: Annotated Documents in Translation from Innocent III to the Fall of Acre, 1187–1291 – Jessalynn Bird, Edward Peters, James M. Powell – 2013 – University of Pennsylvania Press

Publié par Napo

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