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La magie et les pratiques païennes en Gaule avant le Christ

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Avant que le christianisme eût révélé au monde l’idée et le sentiment sublimes du divin amour, la magie et le culte des dieux se confondaient en une seule et même chose.

Le divin Platon, pour parler le langage de ses disciples, n’appelait pas la magie d’un autre nom que le service divin. C’est Apulée qui en fait la remarque, et il faut voir en quels termes respectueux il en parle lui-même dans son Apologie.

« Vous accusez quelqu’un d’être magicien« , dit-il à son délateur ; « mais songez donc que la magie est le culte des dieux, la science des choses célestes, l’art d’honorer les immortels ; qu’elle tire sa noble origine de Zoroastre et d’Oromase, qui l’enseignèrent aux Perses, chez lesquels il n’est pas permis à tout le monde d’être magicien, pas plus que d’être roi ; car la magie est un royal apanage. C’est aussi, et chez tous les peuples, un apanage du sacerdoce, et si c’est un crime d’être magicien, c’est donc aussi un crime d’être prêtre. »

Les peuples barbares qui détruisirent l’empire romain n’avaient pas de si hauts pensées, ni tant de science, ni l’art de si bien dire ; mais ces idées étaient les leurs. Dans la Gaule et la Germanie, les druides remplissaient le double rôle de magiciens et de ministres des dieux.

« Les druides étaient savants dans l’art des conjectures et dans l’astrologie« , dit Cicéron.

Tertullien ajoute que ces prêtres passaient des nuits auprès des tombeaux des guerriers et des sages, afin d’y recevoir des inspirations pendant le sommeil. Neuf vierges sacrées faisaient leur résidence dans l’ile de Sein, à l’extrémité occidentale de la péninsule armoricaine, suivant le récit de Pomponius Méla, et conjuraient les vents et les flots, afin de procurer aux navigateurs une mer favorable. Elles savaient prendre la forme de divers animaux, guérir les maladies par la vertu des enchantements et prédire l’avenir. On les nommait gallicènes ou barrigènes.

Diodore de Sicile parle de certains prophètes adonnés à l’auscultation et à l’extispicine, qui immolaient des victimes humaines, pour chercher dans leurs entrailles la révélation de l’avenir. Il assure que ces détestables usages remontaient à des temps fort reculés, et que les Cinabres les transportèrent dans la Gallo-Grèce. Les Gaulois avaient encore les bacères, chargés du soin d’interroger les astres, et les eubages, de celui de consulter les entrailles des victimes et le vol des oiseaux.

Nul peuple ne les surpassa dans cette dernière science, dit Justin, excepté peut-être les Basques, non moins crédules et non moins superstitieux, ajoute Lampride.

« Les Gaulois faisaient un si grand cas de l’ornithomancie que les mouvements de leurs armées étaient toujours réglés sur le vol des oiseaux; et c’est ainsi que l’une d’elles se trouva conduite jusqu’en Pannonie.« 

Outre les superstitions qui leur étaient communes avec les Grecs et les Romains sur les préservatifs et les amulettes, ils en avaient de spéciales, telles que celles qui se rattachaient au gui de chêne et aux œufs de serpent. Le gui de chêne était le grand et tout-puissant préservatif contre le tonnerre et contre les épidémies, l’heureuse et efficace bénédiction des champs, des villages et des maisons.

La possession d’un œuf de serpent portait bonheur dans toutes les entreprises. Les peuples de la Germanie ne le cédaient pas à ceux de la Gaule dans les pratiques de la divination : ils cultivaient l’art des auspices et des sorts ainsi que celui de la rabdomancie. Ils n’entreprenaient aucune affaire importante sans avoir interrogé le hennissement de chevaux blancs qu’ils nourrissaient en qualité d’oracles dans des prairies sacrées.

Ils immolaient des victimes humaines dans le but de consulter leurs entrailles, tandis qu’elles palpitaient encore de la chaleur de la vie, sur les chances de la guerre et l’issue des négociations. Tout ceci est déraisonnable, atroce ; mais c’est le règne de Satan, toujours et partout le même : destruction de l’homme, abaissement de l’humanité.

Lorsque les peuples d’au-delà du Rhin, Saxons, Bructères, Saliens, Chamaves, Angrivariens, Sicambres et ceux qui formaient la confédération franque, quittèrent les forêts de la Germanie pour venir chercher en Gaule une autre patrie sur une terre plus féconde et sous un ciel plus clément, ils apportèrent donc de nouvelles pratiques de magie, qu’il faut ajouter à celles que les Gaulois avaient reçues des Romains, et à celles qu’ils tenaient d’eux-mêmes.

Ils apportèrent, entre autres, l’art des runes, si cultivé parmi la plus grande partie des nations du Nord. Il y avait les runes victorieuses, qui donnaient la sagesse, l’esprit, le courage, et préparaient tous les genres de triomphes. Les guerriers les gravaient sur la garde et le fourreau de leur épée, tout le monde les portait écrites sur des carrés de parchemin ; elles devaient être accompagnées de la lettre tyr, deux fois reproduite.

Les navigateurs inscrivaient les runes maritimes et fluviales sur la poupe, le gouvernail, les mâts et les voiles des navires, pour préserver l’équipage et les marchandises de tout fâcheux accident. Ceux qui avaient des procès à soutenir, des querelles à venger, des droits à faire prévaloir, cachaient les runes protectrices dans les tentes qui servaient de prétoire à la justice et jusque sous les sièges des magistrats.

Les runes bacchiques, gravées sur l’anse des amphores et sur les gobelets, préservaient les buveurs des surprises qu’on aurait pu leur faire dans l’ivresse; pour plus de sûreté encore, ils se les traçaient sur la main, et écrivaient la lettre naud sur leur ongle. Les médecins faisaient usage des runes auxiliatrices, pour procurer aux femmes des couches heureuses et faciles; mais ce n’était que la moindre partie de la science du véritable médecin : il devait posséder à fond le secret des runes corticales, afin de les inscrire convenablement sur l’écorce des arbres et du côté qu’il fallait, pour guérir les maladies, détourner les sorts, lever les enchantements, arrêter les hémorragies, fermer les blessures.

Les runes cordiales donnaient le courage aux lâches; on les inscrivait sur la poitrine, à la région du cœur. Les runes puissantes se tatouaient sur celui des membres dont on devait faire le principal usage : sur les bras, pour le travail; sur les cuisses, pour la marche. Et ces sortes de peintures soulevèrent de nombreuses et énergiques réclamations de la part des prélats pendant les sixième, septième et huitième siècles, sous prétexte qu’elles constituaient une invocation au démon, déshonoraient des membres consacrés par le baptême, et que l’ostentation qu’en faisait ceux qui les portaient blessait souvent les lois de la modestie.

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Ces pratiques et cent autres pareilles se traînèrent encore misérablement pendant de longs siècles au sein des nations nouvellement converties à la foi chrétienne ; il suffit d’interroger la législation du temps pour en trouver des preuves nombreuses. En effet, la répression des crimes commis par le moyen de la magie fut un des objets les plus constants de la sollicitude des législateurs.

Aussi peu avancés dans les sciences démoniaques que dans la civilisation, les barbares ne connaissaient que la grossière et brutale magie, mais telle quelle, ils la connaissaient et en faisaient usage. L’empoisonnement, les vénéfices et les maléfices, les ligatures et les charmes, les sorts et les enchantements, les assemblées de sorciers et des festins abominables, telles sont les pratiques contre lesquelles des codes de lois, si laconiques sur maints autres points, sévissent avec le plus de détails.

Si une femme empêche par maléfice une autre femme de devenir mère, elle payera deux mille cinquante deniers d’amende, dit la loi salique dans son titre XXIIe. Si le vénéfice est bu par celui-là même qui l’avait préparé pour un autre, le vénéficiateur survivant sera condamné à deux mille deniers. Celui qui aura jeté un maléfice sur autrui, ou qui l’aura déposé avec des ligatures en un lieu quelconque, subira une amende de deux mille deniers. Si une sorcière a dévoré quelqu’un, dit ailleurs la même loi, elle payera deux cents sous d’amende…

Source : Histoire de Satan – Abbé Lecanu – 1861

Publié par Napo

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